Juan Wauters : Bienvenue chez les jetés

Hériter de Jonathan Richman et Daniel Johnston, l'impayable Juan Wauters joue de la musique avec les moyens du bord. Fabricant de mélodies artisanales, adepte d'un folk bancal, le New Yorkais s'essaie aujourd'hui aux musiques urbaines en compagnie de Mac DeMarco, Cola Boyy ou Nick Hakim. Toujours aussi décalée, sa vision du monde accouche d'un disque complètement freak : un bidule à aimer pour la vie, un truc pour chanter tout l'été. Yeah yeah.

Que celles et ceux qui n'ont jamais rêvé de pimper une Citroën 2 CV avec Xzibit lui jettent la première pierre. Juan Wauters fait ce qui lui plaît. Depuis ses débuts en solo, l'Uruguayen de New York met tout son cœur à l'ouvrage, tissant ses rêves de gloire dans des chansons rafistolées à l'aide de bons sentiments et de quelques mélodies qui, franchement, valent toujours le déplacement.

Un peu de traviole et héroïque

Cool, détendue et un peu fauchée, la musique de Juan Wauters est le fruit d'un mode de vie. Troubadour éclairé, le musicien s'est toujours senti capable de faire beaucoup avec trois fois rien. Cette façon d'appréhender le quotidien est le moteur de son processus créatif. Inondé d'idées étranges et d'effluves sud-américaines, ses chansons mettent du soleil dans la sono et un peu de poil à gratter dans les rouages d'une industrie musicale obsédée par le rendement et les vues sur YouTube. Tout ça, a priori, Juan Wauters s'en tape. Son truc à lui, c'est de chanter des ritournelles, de charmer nos oreilles. Imaginés sur les cordes d'une guitare acoustique, les premiers albums du gaillard revisitaient des traditions établies par Harry Nilsson, Jonathan Richman, Ween ou Daniel Johnston, mais avec un truc en plus : une touche exotique, un peu de traviole et héroïque.

Freaks à casquette ou en survêt

Les choses auraient pu en rester là. Mais un voyage en Amérique latine va bouleverser les habitudes de Juan Wauters. En invitant des musiciens locaux à contribuer aux chansons sur lesquelles il travaillait, l'artiste s'est inventé deux disques foutraques et folkloriques ("La Onda De Juan Pablo" et "Introducing Juan Pablo") : des efforts collectifs et je-m'en-foutiste, le plus souvent chantés en espagnol, parfaits pour griller des merguez en sifflant des mojitos au bord d'une piscine gonflable. A l'heure d'attaquer l'enregistrement de son cinquième album, Juan Wauters s’est mis en quête de nouveaux compagnons d'aventures au pays de l'Oncle Sam. Assez naturellement, il s’est tourné vers quelques freaks - à casquette ou en survêt -, des gens nommés Mac DeMarco, Cola Boyy, Nick Hakim, Peter Sagar (alias Homeshake) ou El David Aguilar.

Joyeux & parfaitement foireux

Entouré par ses bonnes fréquentations, Juan Wauters se met en tête d'enregistrer un album inspiré par sa passion pour OutKast et la haute voltige R&B. Totalement à côté de la plaque, "Real Life Situations" est pourtant un album à chérir tendrement. En cherchant à produire le tube ultime sans studio d'enregistrement, en voulant briller au firmament, Juan Wauters collent des sourires dans les tympans avec des morceaux joyeux et parfaitement foireux. Pour ça, il faut écouter ses fabuleux "yeah yeah" sur le R&B de "Monsoon" ou l'entendre refaire "yeah yeah" sur le rap éclopé de "Unity". Le grand moment, c'est évidemment la rencontre avec Mac DeMarco. Sur "Real", les deux trublions se la jouent The Weeknd en finale du Super Bowl, avec vocodeur, mais sans effets pyrotechniques ni gants en velours. Ailleurs, les petites mélodies comme "Estás Escuchando" et "Lion Dome" touchent encore la cible. En plein cœur et sans forcer.  Un vrai bonheur. 

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