Hervé : « Je devais faire ça de ma vie. C’était écrit ! »

Il y a des journées dans votre vie que vous attendez avec une impatience non dissimulée. Pour Hervé, la date est fixée depuis plusieurs semaines : le 12 février 2021. D’abord, parce qu’il sort Prolongations, la réédition de son premier opus Hyper avec 5 nouveaux titres en bonus. Et puis parce que ce jour-là, il pourrait bien briller aux Victoires de la musique. Hervé fait partie des nominés dans la catégorie "révélation masculine" aux côtés de Noé Preszow et de Hatik.

Coronavirus oblige, c’est dans son appartement parisien qu’Hervé passe pour l’instant le plus clair de son temps. Moins de 20 mètres carré, pas de terrasse, le logement est minuscule. " Je sors juste pour aller chercher à manger ! En ce moment, c’est beaucoup de promo à domicile, aucun concert, aucune tournée. ", soupire Hervé.

Quand il n’est pas sur Skype avec des journalistes, ce français originaire des Yvelines s’installe sous son lit en mezzanine avec une idée en tête : faire du son ! Face à lui, son matériel de compositeur plutôt minimaliste : un clavier, un pc et 2 enceintes. Son studio, c’est sa cuisine ! Et quand il s’y met, Hervé semble inarrêtable. " Je tords, je tords et je tords encore les sons. Je travaille toujours avec Cubase 5, un vieux programme informatique. Tant qu’il y a de place sur le disque dur, j’y vais ", s’exclame-t-il.

Solitude créatrice

Sous les yeux de son chat Poutchie, Hervé s’oublie, entre en transe et laisse échapper toute sa créativité. " Je commence très souvent par le clap, un bruit ou des percussions et puis je branche mon clavier. Ensuite, je fais du yoghourt ou je mets des bouts de texte ". C’est alors que son inconscient prend le dessus sans qu’il puisse le canaliser. " Parfois, je peux être super heureux, content et faire la chanson la plus triste jamais écrite. J’ai l’impression qu’il y a des choses qui sortent de moi et que je ne maîtrise pas ".

Seul chez lui, Hervé aime virevolter entre rythmes soutenus, mélancolie et clavier eighties. Sur les titres Addenda, Si bien du mal, Cœur poids plume et la plupart des autres, " je jongle entre le sentiment heureux de la danse, l’exaltation et certaines blessures ". Il suffit de discuter quelques instants avec Hervé pour comprendre que son vécu, ses galères ont façonné sa grande sensibilité. " La musique m’aide à vivre mais pas à comprendre mes failles. Peut-être les accepter, oui ", confie-t-il.

Hervé, c’est un compositeur solitaire.  Ses morceaux que vous streamez ou écoutez à la radio passent à peine par un studio professionnel. " Hormis quelques enregistrements de batteries et de voix, je fais tout chez moi. Quand j’enregistre, on entend le bruit du frigo, des gens qui parlent dans l’allée, un chariot sur les pavés, la ventilation de ma salle de bain ", souligne Hervé avec le sourire.

Le nouveau prince de la french pop ne se voit pas partager son processus de création avec d’autres.
" Je ne sais pas encore si j’ai envie de passer ce moment d’intimité avec un producteur. J’ai vraiment appris à faire comme ça ", explique-t-il. " En général, mes structures de chanson sont très longues au départ. Ça peut être désertique. Et puis je coupe, j’édite comme un DJ ". Et ça, il préfère le faire à l’abri des regards.

Une vocation ?

A la base, Hervé n’était absolument pas prédestiné à devenir artiste. Gamin, quand j’entendais du piano, j’étais transcendé ! Mais il n’y avait pas de piano à la maison, aucun musicien dans la famille, et puis finalement, ma mère a trouvé un piano et tout a commencé ", se souvient l’artiste.

Ado, Hervé est très " foot " et pourtant, c’est progressivement vers la musique qu’il va se diriger. " Au départ, j’ai un synthé genre de " chez Leclerc ". Et quand je découvre la boucle, c’est la révélation ! ".
Tout en se perfectionnant, Hervé comprend que s’il veut tenter de percer, il va devoir " monter " à Paris. Mais qu’importe, pour réaliser son rêve, il est prêt à tout.

Je devais faire ça de ma vie. La place que prend la musique en moi, c’était écrit. C’est comme ça. Je viens peut-être de nulle part mais je donne tout ". Lorsqu’il rencontre le musicien anglais Dennis Brown, sa carrière va prendre un tournant. Ensemble, en 2015, ils créent le groupe Postaal. Avec des kicks et subs bien lourds, il ne faudra pas longtemps au duo électro-pop pour conquérir le public de clubs anglais ou allemands. " Chez les britanniques, ça cartonnait ", se félicite Hervé.

Mais il y a 3 ans, Hervé est en Bretagne, chez son père, et décide de composer quelques chansons en français, des mélodies moins tape à l’œil. Il va alors repousser ses propres limites : " Je ne suis pas chanteur à la base, je suis producteur ". Hervé met au monde 6 titres sur lesquels il pose sa voix. Il fait écouter à ses proches et les avis sont unanimes : Hervé doit se lancer en solo ! 2 des 6 titres créés à ce moment-là se retrouvent d’ailleurs sur son album Hyper.

Hervé se lance alors dans un marathon pour apprendre le chant. " J’ai du tout reprendre à zéro. Il fallait que je découvre comment chanter sur scène ", raconte-t-il. Son premier album sort finalement en juin 2020, en pleine crise sanitaire. Il était pourtant prêt depuis des mois. " J’aurais pu sortir le disque plus tôt mais il fallait que j’apprenne mon métier de chanteur, que je me trompe ", dit-il avec une certaine clairvoyance.

L’Olympia

Lever la tête et découvrir son nom en lettres rouges sur la façade de l’Olympia, c’est un rêve pour bon nombre d’artistes. Et Hervé peut vous en parler ! Le 16 novembre 2020, il foulait les planches de cette mythique salle de concert mais ce n’était pas du tout comme il l’avait imaginé.

Petit flash-back quelques mois plus tôt pour comprendre. Début septembre de l’an dernier, Hervé annonce l’annulation de ses concerts parisiens à la Maroquinerie et à la Cigale à cause du Covid19. Solution trouvée : il jouera finalement à l’Olympia. " J’y avais joué en première partie d’Eddy de Pretto mais être la tête d’affiche, c’est autre chose ", confie-t-il. Très vite, il ne reste plus un seul ticket.

Mais plus la date de l’événement approche, plus le nombre de cas positifs au coronavirus en France augmentent, plus les mesures restrictives liées à la pandémie s’intensifient. Et puis, le matin de la prestation, la nouvelle tombe dans la presse : Hervé jouera sans public et sera diffusé en streaming. " C’était le kiff total même s’il n’y avait personne dans la salle. J’ai compris en voyant les audiences après qu’il y avait énormément de monde en streaming. Je ne me souviens plus exactement combien mais c’était beaucoup à mon échelle ".

Garder le lien

Ces derniers jours, Hervé ne manque pas d’idées originales pour donner l’envie à ses fans d’acquérir la réédition de son premier album. Ainsi, on peut lire sur ses pages RS : " Si tu précommandes mon album sur mon site et que tu es tiré au sort, je viendrai faire des crêpes chez toi ". Et même si vous n’êtes pas sélectionné mais que vous commandez Hyper, vous recevrez de lui une carte postale !

Sans tournée, ni concert, le breton a dû trouver la parade pour rester en contact avec son public. Dès le début de la crise sanitaire, il enchaîne les vidéos " made in confinement ". Il va même jusqu’à danser dans la cuisine de la maison de son père pour le clip Si bien du mal. Il lance aussi des challenges à ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux. " Mon album allait sortir et il fallait que je sois visible, que l’on parle de moi ", explique-t-il.

Depuis, Hervé joue à fond la carte des RS et pourtant, ce ne serait pas du tout son réflexe premier. " Je préfère faire du son plutôt que d’enchaîner 25 stories sur ce que j’ai mangé à midi quoi… ", ironise-t-il. En réalité, il n’a pas vraiment le choix. En ces temps de pandémie, la présence virtuelle est la façon la plus efficace de garder le lien avec ses fans tout en allant en chercher des nouveaux.

Sa crainte principale : que son album Hyper soit dépassé le jour où les concerts reprendront.  " Est-ce que tu as envie de voir en concert l’album que tu as écouté, il y a un an ? C’est la question que je me pose mais de toute façon, on s’adaptera ".

Ce boulimique de travail à l’énergie XXL est sans aucun doute l’artiste francophone à tenir à l’œil dans les prochains mois. Ce 12 février, il sera peut-être la révélation masculine des Victoires de la musique. En tout cas, il est clairement donné favori !

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