Frànçois and The Atlas Mountains, un projet à plusieurs dimensions

Naviguant entre chanson française, folk planante et pop anglo-saxonne, Frànçois and The Atlas Mountains ne cessent de nous envoûter avec leur musique plurielle, à la fois douce, euphorique, légère et profonde. Le mois dernier, on a profité de leur passage aux Nuits Botaniques pour échanger quelques mots avec François Marry, le fondateur du groupe.

Frànçois and The Atlas Mountains, un band en constante évolution

Bristol, 2004. François Marry, jeune musicien, compositeur-chanteur-interprète et peintre à ses heures perdues, donne le coup d’envoi de sa carrière musicale avec son premier album solo, Les Anciennes Falaises. Quelques années plus tard, il lance le groupe de rock indépendant Frànçois and The Atlas Mountains avec quelques potes rencontrés sur le tas, dans les pubs de sa ville d’accueil. Leur premier album, The People To Forget, sort en 2005. 

La suite, elle se passe entre Bristol et Paris, où l’artiste passe beaucoup de temps à développer son identité sonique. Véritable electron libre, il collabore avec des musiciens locaux et balance quelques projets tout en continuant son aventure avec ses Atlas Mountains. Se jouant des codes et de toute trace de conformisme, le groupe connait plusieurs changements et mutations, notamment au niveau des musiciens : en 2011, il accueille Pierre Loustaunau (Petit Fantôme) et Gérard Black (Babe) aux claviers, Amaury Ranger (Archipel) à la basse et aux percussions, et Jean Thévenin (Jaune) à la batterie. Ensemble, les musiciens sortent E Volo Love sur le label Domino Records, et c'est la consécration. Les disques L’Homme Tranquille et Piano Ombre suivent quelques années plus tard. Black et Loustaunau quittent le groupe et laissent la place à David Nzeyimana, alors membre du band bruxellois Le Colisée. Composé de Marry, Ranger, Thévenin et Nzeyimana, Frànçois and The Atlas Mountains enregistre l’album Solide Mirage à Molenbeek en 2017. 

Banane Bleue, une invitation au voyage

Aujourd'hui, François Marry développe son projet avec de nouveaux musiciens, qui l’accompagnent sur scène depuis quelques semaines pour la tournée de Banane Bleue, l'album solaire et presque magique qu'ils ont sorti cette année. 

Enregistré entre Paris, Athènes et Berlin, ce collage de douze titres tant polyglottes que poétiques nous donne accès à quelques fragments de vie de Marry, l’éternel globe-trotteur. “C’est un album qui compile des morceaux que j’ai écrits à Bruxelles, et des chansons que j’avais composées il y a plusieurs années à Bristol, en Angleterre,” explique Marry. “On l’a enregistré à deux avec Jaakko Eino Kalevi, un producteur finlandais qui est sur le même label que moi.” Grâce à Banane Bleue, l’artiste français a pu redonner vie à certains morceaux plus anciens, tout en y ajoutant de nouvelles couleurs : “Commencer un morceau à Bristol il y a 15 ans, le jouer un peu partout et finalement l’enregistrer à Athènes, ça lui donne plein de saveur et de parfum. Je ne sais pas si le public ressent ça quand il écoute l’album, mais c’est ce qu’il m’évoque dans sa conception”.

Un album personnel et intime, qui met également en lumière l’Europe et ses différents viviers artistiques : “C’est un projet qui célèbre le fait de pouvoir être dans une espèce de contemplation, de flânerie européenne entre Berlin, Athènes et Paris. De par cette flânerie-là, j’avais envie d’évoquer l’Europe, parce que je trouvais ça très confortable de pouvoir circuler en tant que jeune artiste entre ces différents pays remplis de personnes créatives.”

Sur cet album, Marry chante en français, en anglais, en italien, et parfois même en grec, ce qui accentue le côté “carte postale” de l’album, comme il aime à le dire. Cela dit, chanter dans plusieurs langues est une pratique très courante dans le processus créatif de l’artiste : “Ces dernières années, j’étais souvent au Maroc, et il m’est arrivé de chanter des reprises de morceaux en arabe. Je ne parle pas arabe, mais le fait de l’apprendre phonétiquement sur le peu de mots qui m’étaient nécessaires pour chanter le morceau, ça m’a mis dans un état mental très intéressant,” explique-t-il.

Pour ses prochains albums, Marry compte bien incorporer ses nouveaux musiciens au processus d'écriture : “J’ai très envie d'écrire les prochains albums en intégrant cette nouvelle équipe. La personne qui chante en live avec nous est sur tous mes albums précédents mais elle n’avait encore jamais fait de tournée. Désormais, j’aimerais impliquer l’entièreté du groupe dans la composition.”

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© Anne Laure Etienne

“Coucou”, le remix de Yelle inattendu et réussi

Une chose est sûre : François Marry déborde de créativité, et ne rate jamais une occasion de sortir des sentiers battus. Pour se faire, il échange, travaille et collabore volontiers avec des artistes venants d’horizons différents, tels que le groupe français électro-pop Yelle : il y a quelques semaines, la chanteuse homonyme et son acolyte Grand Marnier sortaient un remix de “Coucou”, l’un des morceaux phares de Banane Bleue. “En plus de remixer la chanson, ils en ont fait une réponse. Yelle a complémenté le morceau, qui était un point de vue très masculin d’un homme qui s’est fait larguer,” explique notre interlocuteur. Une réponse féminine au morceau, donc, qui permet de lui donner plus de globalité, de rondeur et d’universalité. “Je savais qu’ils allaient faire un remix, mais je ne m’attendais pas du tout à ce que Yelle chante avec d’autres paroles. Ça a été une sacrée surprise !”

Au-delà de créer quelque chose de nouveau, ce genre de collaboration permet à l’artiste d’accéder à des terrains soniques plus variés, et d’étendre son répertoire musical. “C’est le genre de musique que je ne m’autorise jamais à faire, je ne trouve généralement pas l’efficacité dans les textures digitales et synthétiques comme celles-ci, c’est un peu trop bubblegum. Mais quand je l’écoute, ça me fait tripper. Je crois que ça me décomplexe.” En plus de celui de Yelle, d’autres remixes de morceaux de Banane Bleue seront disponibles d’ici quelques mois : “Il y a Petit Fantôme qui en a fait un, ainsi que AJA, l’ex-chanteuse de La Femme.”

PARK, un projet tout frais avec Lysistrata

En plus de sa tournée avec les Atlas Mountains, Marry s’est récemment lancé dans une toute autre aventure musicale : il y a quelques semaines, il annonçait le lancement de PARK, un nouveau projet en collaboration avec les gars de Lysistrata, un trio noise rock au pédigrée impressionnant. “On est de la même ville, on vient tous de Saintes en Charente Maritime. Mais on a 14 ans d’écart, presqu’une génération,” dit-it en se marrant. “Parfois, j’ai l’impression que c’est moi le plus puérile du groupe : se lancer dans un projet comme ça à mon âge, c’est peut-être pas raisonnable, mais j’y trouve beaucoup de satisfaction. Encore une fois, ça complète énormément la manière dont je vis la musique et ce que je ressens.”

“J’avais quelques morceaux qui étaient un peu plus dans cette vibe là, une vibe plus rock. Je leur ai envoyé ce que j’avais en demandant si ça les bottait qu’on les enregistre ensemble, mais sans vraiment se dire qu’on allait faire un projet,” explique Marry. Cette collaboration a très vite pris une autre envergure, pour le plus grand bonheur des intéressés : “Plus on passait de temps ensemble, plus on se revoyait, et plus on avait des idées. C’est passé d’un EP à un album, d’un album à un projet, et d’un live à une tournée. C’est en train de prendre une autre dimension juste parce que respectivement on trouve chacun une nouvelle force dans ce nouveau projet." Musicalement parlant ? "C’est quelque part entre Jacques Prévert et Sonic Youth !"

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© Doug Guillot

Au travers de PARK, Marry se donne l’opportunité d’explorer de nouvelles contrées, et de pousser le curseur dans le rouge. “J’ai tout le temps envie de pousser les morceaux plus loin, surtout sur le live. Les morceaux de Frànçois and The Atlas Mountains je les pousse jamais trop parce que je me dis que les gens ont envie de les écouter posés dans leur cuisine, et qu’ils n’ont pas forcément envie qu’on leur hurle dans les oreilles."

Le premier album de PARK sera disponible début 2022, et on va pas vous le cacher, on a très hate de découvrir ça.

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