Floating Points & Pharoah Sanders : Les promesses de Londres

Le légendaire saxophoniste Pharoah Sanders s’associe aux productions introspectives de Floating points sur un disque miraculeux. Pour couronner cette rencontre au sommet, les arrangements du London Symphony Orchestra soulignent l’ampleur d’une œuvre faste et majestueuse. Intemporelle. Aux confins du jazz, de l’électro et de la musique classique, l’album "Promises" apaise les consciences et libère les chakras. C’est ce qu’on appelle un énorme karma.

Électron libre, Sam Shepherd répond à la moindre de ses intuitions dès qu’il endosse le costume de Floating Points. Détenteur d’un doctorat, spécialisé dans la neurogénétique de la douleur, l’Anglais a délaissé la souffrance et sa blouse de scientifique, dès 2008, pour satisfaire ses envies musicales. Loin des beats chirurgicaux et des normes en vigueur sur le dancefloor, l’électronicien s’exprime à sa manière, à travers une passion pour les œuvres de Claude Debussy, Bill Evans ou Olivier Messiaen. La musique classique, le jazz et les références méditatives s’immiscent ainsi dans les compositions de cet insatiable collectionneur de disques (près de 15.000 vinyles aux dernières nouvelles). Entre ambient, jazz spirituel, techno, envolées cosmiques et orchestrations sophistiquées, les deux disques signés par l’artiste sous la casquette de Floating Points ("Elaenia" en 2015 et "Crush" en 2019) ont toujours proposé d’autres façons d’appréhender les sons. Le nouveau "Promises" ne fait pas exception à la règle. La seule différence réside ici dans la personnification des influences. En s’entourant du saxophoniste Pharoah Sanders et des instruments du London Symphony Orchestra, l’Anglais fait corps avec ses principales sources d’inspiration.

Que le karma polisse

À 80 ans, Pharoah Sanders n’a plus rien à prouver au monde. Venu à "Promises" pour la beauté du geste, le musicien américain échappe depuis longtemps aux lois de la gravitation universelle. Influence majeure de Kamasi Washington ou de Shabaka Hutchings (The Comet is Coming, Sons Of Kemet, Shabaka and the Ancestors), le vieil homme a joué avec John Coltrane, collaboré avec Sun Ra, Cecil Taylor ou Don Cherry. Sous son nom, surtout, il a écrit une page entière de l’histoire : celle consacrée au free jazz. Sorti en 1969, son album "Karma" reste d'ailleurs une référence ultime, un objet à part, hors du temps. Après quinze ans passés à l’écart des studios d’enregistrement, Pharoah Sanders accepte aujourd’hui l’invitation de Floating Points. Dans une partie de ping-pong lunaire, entre revers cosmiques et satellites synthétiques, les deux hommes imaginent une fusion des genres : une rencontre parfaite entre un jazz méditatif et une musique électronique en lévitation.

45 minutes, 100 micros

Découpé en neuf mouvements, l’unique morceau enregistré sur "Promises" dévoile la richesse de ses textures sur près de 45 minutes. L’album bénéficie en outre d’un traitement de faveur du London Symphony Orchestra. Des masques, des litres de gel hydroalcoolique et plus de 100 micros ont été nécessaires pour apposer leurs somptueux arrangements de cordes à la composition imaginée par Floating Points et Pharoah Sanders. Organisée à Londres, dans des conditions dantesques, cette session orchestrale est la cerise sur le gâteau, la clé de voûte d’un disque doté d’une véritable dimension cinématographique. Onirique, incantatoire, la bande-son déroulée sur "Promises" pourrait très bien figurer à l'affiche d'un film de Terrence Malick ou dans une superproduction signée Martin Scorsese. En attendant son rendez-vous avec le cinéma, l'album jouera forcément un rôle dans les tops de fin d'année. C'est déjà ça.

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