Festivals : Un été plein d'espoir mais en suspens

Le dernier comité de concertation a apporté son lot de réponses pour le secteur événementiel et plus particulièrement pour les festivals. Pour certains, l'été est placé sous le signe de l'espoir, pour d'autres, c'est une désillusion. Et malgré les réponses, beaucoup de questions restent en suspens. On a sondé quelques organisateurs de festivals pour obtenir des réactions. 

Le 13 aout comme tournant

"Je pense que nous avons tous été surpris par ce codeco qui avance beaucoup plus vite que ce que l’on pouvait imaginer. C’est une super nouvelle pour les événements en extérieur", explique Lorenzo Serra, organisateur du Listen! Festival. Son événement habituel ayant été annulé, son équipe et lui réfléchissent à une formule pour l'été suite à l'annonce des nouvelles mesures. Ces dernières qui font le bonheur des uns tout en soulevant un tas de question pour d'autres. "Si Tomorrowland ou Pukkelpop peuvent avoir lieu, alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas non plus, car nous sommes beaucoup plus petits", indique Jochem Daelman, organisateur du festival Horst (10-12 septembre), "On avait l’idée de faire un programme alternatif pour l’été, mais avec l’annonce, on est certains de faire le festival. On doit encore décider si on fait quand même des petits événements pendant l’été ou pas". Avec une jauge qui autorise 5000 personnes en extérieur dès le 30 juillet, puis l'apparition des "Covid Safe Ticket" (liés à la vaccination et à la présentation d'un test négatif) qui permettront de dépasser cette limite le 13 aout, on a la certitude que la période des festivals ne démarrera qu'en seconde partie d'été, ce qui fait la part belle à des grandes institutions comme Tomorrowland ou Pukkelpop. 

Mais pour d'autres festivals plus petits ayant lieu avant le 13 août, comme le Supervue, c'est une fausse bonne nouvelle tant qu'on ne parle pas des protocoles. Un événement avec masques et distances sociales serait impensable pour eux. Sans réponses concrètes du gouvernement, peu d'alternatives s'offrent à eux : une annulation ou un report, voire un jumelage avec un autre festival ayant lieu plus tard, le Micro Festival par exemple ? "Un des effets positifs de la dure période, c’est qu’entre petits festivals, on s’écoute, on échange des idéesTous les modèles de petite taille sont connus pour faire preuve d’inventivité ", précise Hugo Klinkenbergorganisateur du Supervue (30-31 juillet), "on est prêts à partager un lieu, partager les équipes, partager le bar, programmer les mêmes artistes. Mais il n’y a rien qui nous permet de nous mettre à table maintenant et de prendre les décisions." 

Organisé mais sans garanties

Le problème avec les mesures du comité de concertation, c'est qu'elles se basent sur deux jauges. L'une étant l'avancée de la vaccination et l'autre le nombre de lits occupés en soins intensifs. Si ces jauges ne sont pas en dessous de la limite avant un évènement, ce dernier pourrait tout bonnement être annulé. "On est dans une situation assez illusoire", raconte Hugo Klinkenberg, "On a laissé penser aux gens que des événements sont possibles, or, ce n’est pas encore le cas. C’est conditionné à toute une série de paramètres et on attend d’avoir plus de précisions. Et plus le temps passe, plus ça va être compliqué de mettre un truc satisfaisant en place". Des conditions qui ne freinent cependant pas les organisateurs, en attente de réponses, certes, mais toujours déterminés à offrir la meilleure expérience à leur public, comme c'est le cas de Julien Baratto, de La Nature Festival (2-5 septembre) : "Autant on se pose plein de questions sur les protocoles qui seront à mettre en place et la manière de fonctionner pour l’aspect testing des festivaliers, autant on est prêts à faire le maximum d’efforts pour profiter de ces assouplissements pour bien organiser le festival". Il ajoute également : "On ne relâche pas l’ensemble de la machine dès maintenant, on attend d’avoir aussi certaines certitudes avant de définitivement faire le contour du projet". 

Pour ces petits festivals, il n'est cependant pas question de travailler avec un "pass corona". "On n’a pas envie de pousser qui que ce soit à faire un choix de vaccin pour participer à n’importe quel type d’événement cet été. S’ils n’avaient mentionné que la possibilité de participer à un événement sur présentation d’un passeport vaccinal, on ne l’aurait pas fait. Pour nous, ça aurait été trop contraignant et sûrement pas équitable", conclut l'organisateur du festival salmien. 

Une difference majeure pour la Wallonie

Contrairement aux festivals wallons, on a pu voir beaucoup d'initiatives mûrir en un rien de temps au nord de la frontière linguistique. Si Tomorrowland et Pukkelpop ont directement annoncé que leur festival aurait lieu, Rock Werchter par exemple, a directement remplacé son festival par une série de concerts (quatre par semaine pendant un mois). Une initiative qui montre qu'ils étaient préparés à de telles annonces. Pour Didier Gosset, représentant de la Fédération des Festivals de Musique Wallonie-Bruxelles, le risque pour les organisateurs, côté francophone, "c'est un peu le sujet qui fâche". "C'est de notoriété publique que la Flandre, dès le tout début de l'année, a mis en place un fond de garanties. Le principe de ce fond était très simple, de dire aux festivals - vous continuez à travailler et si on vous annule en dernière minute on vous couvre, engagez-vous avec vos fournisseurs, artistes,... - C'est ce qui a permis au Pukkelpop et à Tomorrowland de continuer à bosser et qui fait qu'ils peuvent maintenant dire "ok on va faire notre festival normalement". Il n'y a malheureusement jamais eu d'équivalent en Wallonie et ce n'est pas faute de l'avoir demandé."

Une différence ressentie également par Jean-François Jaspers, du Micro Festival : "En Flandre, des moyens énormes ont été mis en oeuvre. Alors qu'en Wallonie, ce n'est pas très clair". 

Un été plus local

Une chose est sûre, l'été sera local. Surtout dans la programmation des festivals. Didier Gosset le confirme, "D'un point de vue artistique, c'est très clair que, si festival il y a, il va y avoir un resserrement autour des artistes Belges et des artistes Européens. Par exemple les Francofolies ont déjà annoncé qu'elles allaient faire un évènement 100% Belge à jauge réduite. Je sais que Couleur Café travaille sur quelque chose de similaire pour fin août. Et je pense que pour les festivals de septembre-octobre, l'idée est d'aller de l'avant même s'il n'y a pas ces headliners."

Ce que confirme Julien Baratto : "On a misé sur un lien fort avec les artistes programmés l'année passée pour essayer de les faire venir cette année. Pour compléter le programme, on fera appel à des artistes plus locaux."

 

"D'habitude c'est un travail à l'année et là on leur demande d'organiser tout en 3 mois"

Outre l'incertitude qui plane toujours sur beaucoup d'organisateurs, c'est un travail énorme à abattre dans un temps record pour sauver notre été musical. Didier Gosset le chiffre, "Les gens qui organisent des festivals sont des spécialistes de la logistique donc rien n'est impossible mais c'est clair que d'habitude c'est un travail à l'année et là on leur demande de tout faire en virtuellement 3 mois."

Malgré tout, la majorité des organisateurs restent déterminés de se mobiliser pour cet été. "On en a tellement ras-le-bol de ne plus faire notre métier, on a vraiment l'envie de reprendre la vie d'avant. Même si on doit travailler comme des acharnés, on veut bien tenter d'organiser le festival en deux mois et demi", raconte Jean-François Jaspers. "Les festivals de petite taille ont beaucoup plus de flexibilité. On n'est pas dépendants des têtes d’affiche. On travaille beaucoup plus sur un ADN, sur une identité et sur un état d’esprit. Ce qu’on veut offrir comme expérience de joie et de liberté aux gens", surenchérit Hugo Klinkenberg. "Là, actuellement, il n’y a rien qui permet de penser avec certitude de l’offrir. On est dans les starting-blocks, on attend, l’oreille tendue mais c’est une position super fatigante. On a juste envie de recommencer le métier pour lequel on est passionnés". Avant de conclure : "On dit que l’espoir fait vivre, mais moi depuis un petit temps j’ai l’impression aussi que l’espoir fatigue."  

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