Faye Webster : La meilleure blague de l'année ?

Joueuse de yo-yo, photographe de mode, folkeuse catapultée dans la capitale de la trap, l'impayable Faye Webster s'invente un monde à part. Entre country, pop seventies et les personnalités rap de sa communauté d'Atlanta, la chanteuse délivre "I Know I'm Funny haha" : un disque qui plaît déjà à Barack Obama.

Faye Webster n'a que 23 ans. La chanteuse vient pourtant de publier son quatrième album : un cocktail folk-pop à la fois rustique et sophistiqué, classique et étrangement dévergondé. C'est que, depuis sa plus tendre enfance, l'artiste combine les extrêmes et attire les contraires. Éduquée par une famille rompue aux traditions country et bluegrass, Faye Webster se lie très vite d'amitié avec ses camarades de classe: les futurs Lil Yachty, Ethereal ou Playboi Carti. Ouverte d'esprit, Faye Webster apprend bien vite à se faufiler entre les genres et à combattre les clichés. Une attitude qui l'amène bientôt à enregistrer un album pour le compte de la maison de disques Awful Records (Abra, Father, Slug Christ, Tommy Genesis), une tanière à musiques urbaines située à des années-lumière de ses mélodies lunaires, mais totalement raccord avec son mode de vie extraterrestre...

Yo-yo rapido

Artiste aux multiples facettes, Faye Webster est également photographe à succès. Responsable d'une campagne publicitaire pour Nike, mais aussi de photos de presse pour l'ami Killer Mike, moitié du groupe Run The Jewels, la guitariste autodidacte est aussi mannequin à ses heures perdues et joueuse de yo-yo à plein-temps. Un programme déjà bien chargé qui ne l'empêche pas d'enregistrer des chansons de plus en plus aventureuses et expansives. À cet égard, son quatrième essai vaut assurément le détour.

Casser Barack et plier le game

Entamé dans un studio d'enregistrement, finalisé pour de vrai dans la chambre de son appartement, le nouveau disque de Faye Webster a surmonté la crise du Coronavirus avec un supplément d'âme et une forte valeur ajoutée : un sentiment d'intimité qui s'immisce d'un bout à l'autre de l'album. Le confinement, justement, s'invite subtilement dès les premières secondes de ‘Better Distractions’, un morceau qui évoque l'enfermement, l'éloignement, le manque de l'autre, de l'être aimé. Il n'en fallait pas plus pour séduire Barack Obama. Sous le charme, l'ancien président des États-Unis place même la chanson de Faye Webster au sommet de sa playlist de fin d'année, juste à côté de titres signés Dua Lipa, Bob Dylan ou Megan Thee Stallion. Le genre de pub qui accélère sensiblement une carrière...

Une langueur d'avance

Capable de subjuguer de purs instants de tristesse ou de transformer des pleurs en véritables larmes de joie, Faye Webster se permet ici quelques miracles. À commencer par 'Cheers', une envolée psychédélique à ranger quelque part entre les meilleures chansons de St. Vincent et d'Angel Olsen. Somptueuse ritournelle mélancolique, 'In A Good Way' touche également au sublime avec de beaux arrangements de cordes et un groove néo-soul profilé pour satisfaire les fans de Natalie Prass. Ailleurs, le duo avec la Japonaise Mei Ehara ('Overslept') sent la nostalgie de fin d'été : une trêve fugace et chaleureuse comme un air de bossa nova revu et corrigé face au soleil levant. Enfin, pour concurrencer Aldous Harding dans un registre élégamment désabusé et étrangement romantique, un titre comme 'Both All the Time' vaut également le détour. Avec une langueur d'avance et un brin d'ironie, l'album "I Know I'm Funny haha" élève ainsi le spleen en valeur refuge. Soit un excellent investissement pour passer du bon temps.

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