Et Dieu créa Jorja Smith…

Jorja Smith
Jorja Smith - © Justin Higuchi

Si elle n’a encore qu’un – excellent – album à son actif et n’affiche que vingt-deux printemps, l’envoûtante Jorja Smith trône au sommet de la soul britannique.

‘‘Georgia, Georgia /The whole day through /Just an old sweet song /Keeps Georgia on my mind…’’ Feu-le gigantesque Ray Charles aurait sans doute troqué sans résistance Georgia pour Jorja s’il avait croisé à l’époque l’arrogance de ses yeux métissés dans les volutes d’un troquet enfumé. Il y a deux ans déjà, d’aucuns voyaient en ces traits-là le visage de la future soul made in U.K. et, aujourd’hui, la prophétie semble s’être opérée.

Jorja Smith est originaire des Midlands. Un pedigree qu'elle partage avec sa non moins talentueuse consœur Mahalia, ce qui amène à s’interroger sur ce que l’on sert à la cantine dans les écoles de ce coin-là. Née ’97 d’une maman joaillière anglaise et d’un papa musicien jamaïcain (jadis membre du groupe 2nd Naicha, pour l’anecdote), Jorja est une fille de juin. A la maison, son berceau déjà balançait au rythme des artistes du label Trojan, de Curtis Mayfield ou Damian Marley, et elle poussa au milieu des notes. Dès 8 ans, elle apprend le piano, puis le haut-bois, le chant classique et commence à noircir le papier de chansons.

Muse de Drake, Kendrick Lamar et Burna Boy

Adolescente, elle poste sur la toile "A Prince" et ne tarde pas se faire remarquer. Vers 16 ans, elle fait ainsi ses premiers pas dans l’arène artistique... A 18 elle déménage vers Londres pour tenter sa chance et bosse à temps partiel comme barista… Et les choses s’accélèrent. En 2016, Jorja Smith poste le morceau "Blue Lights", balade nu-soul aérienne où elle sample le "Sirens" du rappeur Dizzee Rascal, autre figure britannique émérite. Sa voix serpente entre les infrabasses, ses yeux fusillent et le charme est puissant. Séduit, le roi de la pop Drake himself  l’invite sur sa tournée et sur deux titres de sa mixtape ‘‘More Life’’. Quelques semaines plus tard sort "Where did I go ?", avant un EP bardé de quatre titres, ‘‘Projet 11’’, en toute fin d’année.
 

La rumeur enfle, les hits s’enchaînent et le succès s’installe dans la vie de Miss Smith. Il y aura d’abord "Teenage Fantasy", "Tyrant" avec sa copine Kali Uchis (elles s’offraient une tournée américaine en tandem en avril/mai dernier), puis "On My Mind" avec l’artiste électronique Preditah,"Let Me Down" en compagnie du génial MC Stormzy, ou encore "I am", coécrit et interprété avec Kendrick Lamar pour la B.O. du film Black Panther… Jusqu’à la sortie tant attendue d’un premier album en bonne et due forme, "Lost & Found", qui ne tardera pas à se hisser n°3 des ventes en Angleterre.

Six ans d’écriture pour douze pistes parmi lesquelles on retrouve quelques anciens morceaux et plusieurs nouvelles perles, qui chacune vienne se lover dans le creux de l'oreille, tantôt fragiles, tantôt sensuelles, tantôt fâchées, parfois intime, mais toujours magnétiques. Sa voix naturellement braisée, elle la maîtrise sans forcer et multiplie les loopings haut-perchés, quelque part entre le groove de Lauryn Hill et le grain d’Alicia Keys. Un disque qui goûte le miel, et qui n’a pas manqué d’inspirer. Cet été, c’est la superstar Burna Boy qui succombait… Le géant africain invitait Jorja à jouer la muse au casting du tubesque "Be Honest" et dans un clip vidéo qui aura probablement contribué au réchauffement de la planète. Puis remettait le couvert avec "Gum Body" à la rentrée. Avant peut-être plus, puisqu’affinités.