Esinam, à la croisée des genres

La multi-instrumentiste bruxelloise a dévoilé au début de ce mois-ci son premier album, Shapes in Twilights of Infinity. Celle qui nous avait bluffés lors de son passage dans notre capsule Jamophone nous a accordé une interview pour en découvrir un peu plus sur son univers, avant qu’on ne la retrouve aux Nuits Botanique (17/09) ainsi qu’au Jazz à Liège (23/09) très prochainement.

Shapes in Twilights of Infinity

"J’ai essayé que si les gens écoutent du début à la fin, ils passent par énormément d’émotions différentes. S’ils se posent et qu’ils écoutent, ils se font emporter, enfin j’espère." Sorti le 3 septembre, le premier album d’Esinam emprunte les codes du jazz, est rempli de flûte traversière, de percussions et de groove, tout en explorant les nombreuses influences de l’artiste. Erykah Badu, D’Angelo, mais aussi de l’afrobeat ou la musique ghanéenne de Pat Thomas ou Ebo Taylor figurent parmi les noms qu’elle aime citer. Sans oublier les Australiens d’Hiatus Kaiyote et leur musique hybride, mélangeant les genres à l’instar de la belgo-ghanéenne. "Je ne fais pas ce genre de musique, mais ce sont des choses qui partent dans tous les sens avec des choses qu’on ne comprend parfois pas forcément. Il y a une touche de moderne en même temps profond et sonique."

Je ne me dis jamais “je vais faire tel truc, avec tel son, avec telle influence”, je le fais juste.

Le résultat donne onze titres singuliers, tous taillés avec l’éclectisme et la palette d’inspirations diverses d’Esinam. Loin des canevas et des étiquettes, sa musique est le résultat d’une recherche esthétique spontanée. "Je ne réfléchis jamais à un morceau en termes stratégiques ou méthodiques. C’est vraiment au feeling, en fonction de ce que j’entends et de comment ça sonne, de l’inspiration et de ce que j’ai envie de commenter dans la vie. Je ne me dis jamais “je vais faire tel truc, avec tel son, avec telle influence”, je le fais juste. "

Des guests sur l’album

Ce n’est pas souvent qu’Esinam propose des featurings sur ses titres. Ça ne lui est d’ailleurs arrivé qu’une seule fois, sur son premier EP où elle a travaillé avec un producteur sénégalais. Ici, elle s’est entourée de deux artistes, "des coups de coeur artistiques et humains" selon la musicienne, le Londonien Nadeem Din-Gabisi sur New Dawn et le Sud-Africain Sibusile Xaba sur Flowing River. Le premier a ajouté un poème en spoken-word à la fin du morceau et le second des chants zoulou, apportant une couche de spiritualité et de mysticité. "C’est chouette d’avoir des invités pour un album. Ça connecte mes influences africaines et ça donne du sens en plus à l’album."

Une approche autodidacte

Si les artistes jazz sortent pour la plupart d’un bon conservatoire avec des connaissances musicales très poussées, Esinam a préféré s’éloigner de ces établissements pour se concentrer sur sa vision propre de la musique"J’ai appris la musique assez jeune avec le piano classique. Ensuite, lors de mes voyages en Afrique, j’ai appris les percussions de manière assez autodidacte. Au fur et à mesure de mes expériences, de mes rencontres avec plein de gens différents, je me suis formée."

Car l’essence même de sa musique, c’est la recherche et le développement personnel. Esinam, c’est un univers vaste, travaillé et en constante évolution. On pourrait d’ailleurs y trouver le sens du titre de son album, des formes dans les crépuscules de l’infini. Et même si elle trouve difficile de se projeter dans le futur, elle est certaine de continuer à se créer des expériences pour enrichir son art. "Je vais peut-être aller encore plus loin dans mes expérimentations, tout en gardant cette ligne de mélanges et d’influences riches."

Seule, mais bien accompagnée

Si elle était seule maitre à bord de son projet pendant la majeure partie de son aventure, elle s’est dernièrement bien entourée. D’Axel Gilain à la basse, Pablo Casella à la guitare et Martin Méreau aux percussions. Des musiciens connus de la Bruxelloise et dont elle connaissait le background et les compétences. Et qui ont pu l’inspirer de leurs influences personnelles. "Ce sont des gens que j’avais déjà entendu jouer en live avec leurs groupes et je savais ce qu’ils pouvaient ramener comme son. Je savais que cette association allait fonctionner."

De quoi proposer deux formules live différentes, l’une en solo et l’autre en quartet, pouvant s’adapter aux endroits où elle joue. "C’était pour faire évoluer mon projet, avoir d’autres inputs pour ma musique et avoir un côté plus acoustique, avec des instruments joués. Mais aussi pour avoir une couleur et une énergie un peu différentes. Pour moi, c’est le même projet mais avec deux formules en parallèle. Parfois je vais jouer dans des clubs un peu intimistes, parfois sur des grosses scènes, donc c’est chouette de pouvoir avoir différentes options.Sur son album, on retrouve d’ailleurs des pistes taillées pour ses représentations seule sur scène et d’autres conçues pour être jouées en band.

À ne surtout pas manquer lors de son passage aux Nuits Botanique, mais aussi au festival Jazz à Liège !

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