DJ Sets et droits d'auteur : Apple Music agit, Twitch réfléchit

La récréation est terminée pour les DJ, qui ont pu bénéficier d'une grande autonomie - pour ne pas dire impunité - tant en club que dans la confection de leurs mixes. Shazam entend régler le problème des droits d'auteur, alors que la pression s'accentue autour de Twitch.

Comment rétribuer les ayants droit dans un DJ Set ? La question a longtemps taraudé le secteur et elle se pose avec d'autant plus de férocité que les clubs ont fermé leurs portes, laissant place à des rassemblements virtuels. Les montants en jeux sont loin d'être anecdotiques. L'Association for Electronic Music publiait il y a quelques années un rapport selon lequel les producteurs perdent chaque année près de 99 millions d'euros. 

Apple Music semble avoir trouvé une solution assez radicale : utiliser la technologie Shazam - qui est sa propriété depuis 2018 - pour déterminer avec une précision redoutable chaque élément d'un set. Objectif : pouvoir verser les droits d'auteur sur une base purement objective. L'information est révélée par Dan Rys dans Billboard : Shazam travaille sur base de séquences des mixes très courtes pour déterminer avec les  éléments soumis au droit d'auteur. Le taux de réussite atteindrait 70%. L'an dernier, 2 millions de dollars US (1,64M €) auraient déjà pu être récupérés grâce à la reconnaissance automatisée. Des accords sont intervenus avec Sony, Warner et Universal Music, ainsi qu'avec Merlin, un label indépendant.
 
Ce n'est pas la première fois que la technologie de reconnaissance est utilisée. KUVO de Pioneer permet déjà de déterminer la composition exacte des DJ Sets. Elle se base pour cela sur une application développée par DJ Monitor, une entreprise basée à Amsterdam.

Apple veut aller plus loin encore, en mettant la main sur des sets fédérateurs. Interrogé par Billboard, Michiel Beers, co-fondateur de Tomorrowland, a confirmé à Billboard qu'une accord avait été signé avec Apple Music portant sur la licence des sets du festival virtuel qui a eu lieu en juillet 2020, ainsi que d'autres sets des éditions précédentes (Guetta, Steve Angello, Galantis et Chainsmoker).

Le dilemme de Twitch

La pandémie a généré une explosion des DJ Sets diffusés sur Twitch, qui ne pouvaient se tenir dans des clubs. La plateforme - qui appartient à Amazon - a rapidement saisi l'occasion qui se présentait à elle en signant elle aussi des accord avec les principaux artistes et labels. Les sommes en jeu se comptaient en dizaine de milliers d'euros par semestre pour certains. Et pour cause : il s'agissait de couper l'herbe sous le pied à YouTube et à Facebook dans le domaine.

En novembre dernier, Twitch a toutefois dû faire amende honorable auprès des ayant-droits face à ce qui s'était transformé en casse-tête en matière de versement des royalties, après une multiplication de plaintes. L'entreprise annonçait alors travailler avec les représentants de l'industrie autour d'un accord équilibré.

Depuis ? Toujours pas de fumée blanche à l'horizon. Twitch ne semble pas encore avoir trouvé la formule idéale, six mois plus tard. Le site a donc choisi, dès le mois de mars, de reléguer les événements DJ loin de sa page d'accueil et de ses recommandations. En attendant qu'un accord satisfaisant soit trouvé entre les ayants droit d'une part, et la pression de ses propres utilisateurs, massivement rassemblés autour de DJ Sets virtuels, devenus un véritable phénomène durant le confinement.

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