Conversation avec Peter Peter autour de la Super Comédie de la vie

Super Comédie, quatrième longue haleine de l’écurie Peter Peter, sort aujourd’hui. N’y cherchez aucun titre bankable. Juste l’œuvre sincère, mélancolique mais sereine, d’un artiste assez libre de toutes contraintes… et visiblement très en paix avec ses vieux démons de notoriété.

2 images
4e album pour Peter Peter, Super Comédie, sorti le 25 septembre 2020. © Peter Peter

J’aurais aimé poser ces questions en face à face. Guetter les failles, les secrets, les confidences au gré de ses habituelles fulgurances lexicales, habilement nichées dans des mots d’une apparente banalité. Peut-être même aurais-je pu apercevoir l’un ou l’autre de ses silences. N’eût été les contraintes sanitaires ! L’entrevue a finalement été conduite par FaceTime Audio interposé, soyons modernes, l’imagination en plus, ce vendredi 25 septembre 2020.

C'est qui Peter Peter ?

Peter Peter est le nom d'artiste de Peter Roy. Ce Canadien est né en février 1984 à Jonquière. Il est auteur-compositeur et intreprète. L'artiste compte 4 albums à ce jour: "Peter Peter" (2011), "Une version améliorée de la tristesse" (2012), "Noir Eden" (2017) et "Super Comédie" (2020). Il vit aujourd'hui à Paris, en France.

L'interview de Peter Peter par Jam

Vous dites vous faire à l’idée "de ne faire partie que du paysage". Qu’est-ce qu’il dit de vous, cet album, qu’on devrait absolument savoir ?

Un truc assez banal : que j’aime la vie. Super Comédie, c’est avant tout un hommage à la vie. Arrivé un certain âge (Ndlr : 36 ans), on peut se dire que ce qui fait ce que nous sommes, ce sont aussi nos mauvais choix, pas que nos réussites. Que les pires périodes de tristesse de l’existence, on pourrait les revivre à l’infini. J’ai arrêté la compétition de la vingtaine. Vous savez, cette période où on vise à tout prix la réussite, parfois simplement poussé par l’entourage en direction du podium. Je n’ai pas été la prochaine star. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire de la part de marché, mais des trucs à ma manière, singulière.

D’ailleurs, j’ai une mauvaise nouvelle, aucun titre ne va figurer dans le Hit NRJ. Cet album, c’est un ensemble, cohérent, pas un assemblage de "hits". Il ne demande finalement qu’à… être dit, joué, magnifié sur scène.

C’est vrai. J’avais envie de créer une trame narrative. Quelque chose de non criant. Une beauté silencieuse. C’est ce cheminement-là qui gagne du terrain dans ma vie et que je poursuis, avec une certaine confiance. Vous avez raison, je l’ai aussi écrit pour la scène. Peut-être à cause de la frustration que j’ai ressentie en défendant Noir Éden (2017) en public. Cet album-là était encore un peu trop axé sur la production par ordinateur. Super Comédie a été pensé différemment. Pour qu’il (me) fasse vibrer sur scène. Je le sais, car j’ai eu l’occasion de jouer quelques titres à France Inter. Je gage qu’une fois cette pandémie derrière nous, il sera possible de l’expérimenter. C’est une album de groupe. Quelque chose de plus organique.

Vous êtes nerveux aujourd’hui, jour de sortie ?

Non, pas vraiment. Moins qu’il y a quelques semaines, où le doute s’est installé. Depuis lors, le carnet de rendez-vous s’est rempli. Je suis assez serein.

 

Paris est devenue votre ville d’adoption. Cela vous a altéré, détruit, dynamisé, ralenti ? Y a-t-il eu "amélioration de la tristesse"?

J’ai changé, c’est sûr. J’ai du mal à mesurer comment, en quoi. Partir de chez soi, l’air de rien, cela fait évoluer. J’ai appris beaucoup de ce qu’est l’Europe, c’était un concept encore abstrait pour moi avant d’y habiter. J’ai pourtant reçu une éducation plutôt européenne dans les valeurs. Je me sens bien ici, à Paris. Curieusement, ma solitude y trouve davantage de place.

Une ville de grande solitude, vous n’êtes pas le premier à le penser. Donc, cela n’aurait pas pu être Los Angeles ou New York, si ?

Pourquoi pas ? Los Angeles, peut-être avant, dans la vingtaine. Tant d’écrivains y ont vécu. New York, j’y ai pensé. Cette ville aurait pu s’imposer si j’avais chanté en anglais. J’ai commencé par là, d’ailleurs, quand j’étais ado et débutant. J’étais dans cette énergie des années 90, du grunge. Je chantais dans un anglais approximatif, avec un accent qui l’était tout autant. C’est en arrivant à Montréal que j’ai compris qu’il faudrait beaucoup de travail pour arriver à un résultat, dans cette langue qui n’était pas la mienne.

Nous aurions tellement perdu au change. Puisque dans le français, il y a les tréfonds de votre âme.

J’ai toujours écrit beaucoup de poésie en français, même quand j’avais 16 ans. Mes cahiers étaient remplis de poèmes. Il a fallu ensuite trouver une voix, une sonorité, mais c’est dans la langue française que mon expression est la plus capable. Je peux aller sonder la complexité de mon être. En anglais, tout cela serait sans doute bien plus naïf. Ce serait différent.

2 images
Peter Peter interviewé par Cédric Godart de Jam (RTBF) à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Super Comédie. © Christophe Waeytens

 

En observant votre compte Instagram, j’ai vu qu’un autre Canadien vous suivait, qui me fascine, c’est Jean-Michel Blais. Et je me suis dit : pourquoi pas Peter Peter dans un registre néoclassique, au fond ?

C’est marrant. Jean-Michel est quelqu’un que j’admire beaucoup. Je m’en voudrais de parler de choses qui ne sont pas encore faites, mais je peux vous dire qu’un autre pianiste que lui, dans le même univers néoclassique, m’a contacté récemment pour participer à projet collectif. Et c’est la première fois que j’ai dit oui. Très honnêtement, je n’aime pas beaucoup – vous l’avez deviné – l’idée de me mélanger artistiquement, mais je me suis dit, cette fois-ci, il faut peut-être essayer. Sans garantie de résultat.

La solitude, reparlons-en ! Il me souvient une entrevue, il y a quelques années, où vous disiez que vous aviez trouvé un sport à votre mesure, la course à pied. Cela n’aurait pas pu être un sport collectif, vous connaissant un peu (artistiquement, je précise). D’ailleurs, après quoi tout le monde court aujourd’hui ?

Après la performance ? Je sais pas, je crois. La société est ainsi. Alors on court. Oui, vous avez bonne mémoire. Je cours encore, je cours plusieurs fois par semaine mes 13 kilomètres, dans un parc du 18e arrondissement de Paris, où je réside. C’est une forme de médicament. Cela m’apaise. C’est un sport individuel, c’est complètement moi. En musique aussi. J’ai étudié le cinéma, plus jeune, mais je me suis rapidement rendu compte qu’il me serait difficile de vivre et de travailler en groupe. J’ai essayé, mais c’était sans issue.

 

 

Super Comédie, 4e album de Peter Peter, est disponible via ce lien. Écoutez-le sur Jam, la radio. Découvrez son site web (toujours en .ca et tant mieux).

Comment écouter Jam

Jam est une radio de la RTBF disponible sur le DAB + et sur internet avec RadioPlayer, dont la nouvelle version vient de sortir sur iPhone, Android, Carplay et Android Auto. Jam se déguste sans modération, sans interruption, sans discours ou pub envahissante. Jam est la chaîne de l’inattendu et de l’inentendu. Elle est faite par des êtres humains pour des êtres humains.

Découvrez comment écouter Jam sur votre radio DAB +, votre enceinte connectée ou votre smartphone.