Soundcloud veut revenir la référence pour les créateurs indépendants

Il entendait, à sa naissance, devenir le principal diffuseur des artistes émergents. Sans renier sa plateforme de streaming, l'européen Soundcloud revient depuis quelques mois à ses fondamentaux, avec une suite d’outils de création et de diffusion à destination des musiciens, des podcasteurs et des DJ. Il va également mieux rémunérer les artistes indépendants.

 

Sauvé de justesse

Et dire que Soundcloud a failli disparaître début 2020 ! Au bord de la faillite, le service a pu être sauvé grâce à un injection de 62 millions d’euros par SiriusXM et John Malone, déjà propriétaire de Pandora, l’un des principaux services de streaming en Amérique du Nord.

Si la majorité de ses revenus et de ses activités se concentrent aujourd’hui aux États-Unis, Soundcloud est pourtant bien né en Suède, à Stockholm, non loin de Spotify. Fondé en 2007 par Alex Ljung et Eric Wahlforss, le site a rapidement fait ses valises pour Berlin, qui reste aujourd’hui encore son quartier général, aux côtés de New York et Los Angeles.

L’objectif initial était de permettre aux musiciens de partager leurs enregistrements, un terrain jusqu’alors occupé par Myspace. Au fil du temps, Soundcloud a tenté de grignoter des parts de marché à Apple, Amazon et Spotify. En vain.

La levée de fonds réalisée l’an dernier doit permettre à Soundcloud de retrouver des couleurs, mais surtout… son ADN. Ce qui faisait son attrait auprès des artistes redevient la matière première.

Soundcloud tire désormais l’essentiel de ses revenus de la vente de services auprès des créateurs. D’où la mise en place, mois après mois, de nouveaux outils à destination des artistes et musiciens indépendants, domaine où le californien Bandcamp excelle.

 

Devenir la plateforme où commence une carrière

L’une des stratégies adoptées consiste à mettre en valeur des artistes émergents qui choisissent le service pour leurs débuts, un terrain où seule une poignée d’acteurs sont actifs (Bandcamp, Mixcloud). Ces derniers mois, "First on Soundcloud" a ainsi permis à de nombreux nouveaux noms de trouver écho auprès d’un plus large public : Cuppy, Shenseea, Christelle Bofale ou encore Baby Rose.

Deux "compilations" ont également été mises en ligne, avec le concours de Pharrell Williams et de son collectif i am OTHER. Le premier volume visait à soutenir les artistes touchés par la COVID-19. Le second, publié en décembre, s’inscrit cette fois dans le mouvement de lutte pour la justice raciale.

Des outils en ligne pour les créateurs

La pandémie a été l’occasion pour l’entreprise de publier des ressources en ligne pour aider les musiciens à traverser cette période. Notamment une série de podcasts baptisés "The Art of Self Care”, rassemblant créateurs, experts et autres thérapeutes.

Cet effort n’est pas anodin : Soundcloud nourrit aujourd’hui de plus en plus clairement l’ambition de se poser en alternative aux labels pour lancer et monétiser la carrière des artistes indépendants.

Une rémunération plus équitable pour les artistes

Aujourd'hui, la rémunération des artistes sur les plateformes de streaming fonctionne sur un modèle simple : votre abonnement (de 9,99 € ou davantage) va aux artistes les plus diffusés par l'ensemble des abonnés. Le PDG de Soundcloud veut changer de paradigme : Michael Weissman a annoncé début mars la mise en place d'un système basé sur l'utilisateur et non plus le "marché" (écoutes globales).

Concrètement, le modèle de rémunération va s'appuyer sur les écoutes individuelles des abonnés (sur la durée d'écoute), ce qui devrait favoriser les artistes indépendants. Selon des calculs effectués par Soundcloud et publiés par l'AFP, la rémunération "user centric" profiterait aux artistes locaux (francophones notamment), qui verraient leur rémunération augmenter de 25 %. La progression serait équivalente pour la musique classique (+ 24 %), le blues (+ 18 %) et le hard rock (+ 22 %). Hip hop et pop seraient les "grands perdants" : - 21 %.

Ce nouveau système concerne les abonnés aux services SoundCloud Premier, Repost by SoundCloud et Repost Select. Le coup d'envoi de cette réévaluation a été fixé au 1er avril 2021. Un rééquilibrage bienvenu et souvent réclamé par les premiers intéressés, les artistes.

3 images
Une rémunération plus équitable pour les artistes dès le 1er avril 2021 © Capture d'écran Soundcloud.com

Le service Repost, lancé en avril dernier, permet de distribuer sa musique auprès des radios, mais aussi sur d’autres plateformes comme Spotify, Apple Music, Youtube, Tidal, Deezer, TikTok et même Instagram. Des outils de promotion s’ajoutent à l’arsenal, tout comme la possibilité de partager les revenus entre les collaborateurs.

Cette ouverture n’est pas anodine : s’il existe une offre de streaming – Soundcloud Go – introduite en Belgique en 2019, celle-ci peine à trouver son public, face à l’omniprésence de Spotify et Apple Music.

Soundcloud peut toutefois se targuer de réunir le nombre impressionnant de 175 millions d’utilisateurs (en version gratuite, financée par la publicité). Seuls Spotify, Tencent Music et Youtube se classent au-dessus.

Un service de mastering

Toujours au profit des artistes, Soundcloud a garni sa suite d’outils d’une option de mastering, en collaboration avec Dolby. Jusqu’ici, seul Landr occupait le terrain du mastering automatisé. L’idée est de remplacer l’oreille d’un ingénieur par une intelligence artificielle qui va permettre de masteriser le titre.

Des comparatifs permettent d’ailleurs d’entendre une différence notable. Exemple avec 'Games' de Baby Jane. La version masterisée par Dolby donne ceci. L’abonnement professionnel à Soundcloud donne accès à 3 titres masterisables par mois. Il faut ensuite compter 3,99$ pour les suivants, soit environ 3,30 €.

Podcasteurs et DJ aussi concernés

Parmi les créateurs visés par la plateforme figurent les podcasteurs indépendants, qui peuvent aujourd’hui à la fois héberger et distribuer leurs podcasts auprès des principaux agrégateurs, y compris… les concurrents.
 

 

3 images
© Capture d’écran Soundcloud.com

Quant aux DJ, affectés par l’inattendue décision de Spotify de couper l’accès des applications au catalogue de musique le 1er juillet 2020, ils peuvent désormais eux aussi compter sur… une offre dédiée. DJay Pro de l’éditeur Algoriddim a été l’un des premiers acteurs à réagir en nouant un partenariat avec Tidal, Soundcloud, Beatsource et Beatport.

Un simple abonnement à Soundcloud Go + donne accès à un catalogue de 200 millions de titres, en ligne ou hors ligne. Une offre aujourd’hui étendue à l’ensemble des logiciels spécialisés, dont Traktor, Edjing, Denon DJ, Sera et Cross DJ 4.

 

Article publié le 12 février et mis à jour le 3 mars 2021.

Newsletter Jam.

Recevez chaque semaine toutes les actualités musicales proposées par Jam., la radio "faite par des êtres humains pour des êtres humains"

OK