Colver : la relève de la Belpop

C’est toujours avec un certain plaisir et non sans une certaine nostalgie qu’on aime à mettre en avant des formations émergentes mais dont les sonorités pop catchy ne sont pas sans rappeler nos groupes belges préférés des débuts 2000. En bons descendants d’Absynth Minded, Great Mountain Fire, Ghinzu et autres Balthazar, les quatre partenaires de scène qui composent le groupe Colver vous donnent des nouvelles toutes fraîches d’une Belpop qui continue à se frayer un chemin dans nos oreilles.

Vendredi 24 septembre, ils sortaient leur premier EP Walk Swim Fly presque entièrement écrit, bidouillé et composé durant la pandémie. Jam les a rencontrés autour d’une bière par une fin d’après-midi d'été de la même couleur.

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© Tous droits réservés

Ça ne s’invente pas : la danse de ces heureux canards a commencé il y a environ quatre cinq ans, autour d’un étang : Hugo (batteur et seconde voix) déjà membre d’un premier groupe mais avec des envies d’ailleurs, retrouve Thomas (chanteur, guitariste et tête pensante) pour une jam autour des étangs de Flagey. Potes de potes, habitués des mêmes fêtes et salles obscures, les deux gaillards sont familiers et sont vite rejoints par Sacha (guitare, synthé, voix).

A la base on s’appelait "Ugly ducklings" mais un vieux groupe de rock québécois des années septante du même nom nous a contactés en nous expliquant qu’on n’avait pas les droits… du coup on a changé de nom !

Biberonnés depuis leur plus tendre adolescence au rock indé anglais, américain et à la scène belge florissante de l’époque, les membres de Colver tentent de reproduire le son de leurs aînés. De façon certes plus dilettante dans un premier temps, il faudra attendre la venue de Bastien (bassiste, percu, voix) et d’une bonne vieille pandémie pour voir s’émanciper les envies de gloire et de succès du quatuor : "On existe depuis un petit temps c’est vrai, mais il y a eu de départs à l’étranger, des Erasmus. Là ça fait un an et demi qu’il y a la volonté de rendre le groupe plus pro, de s’affirmer. On en avait envie, on était à même de savoir ce que l’on voulait, de le concrétiser."

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Thomas, chant © Colver

Comme pour bon nombre de musiciens donc, si la pandémie leur coupe net l’accès à la scène, elle leur offre cependant un terrain fertile au développement de leur créativité : "La pandémie… elle nous à limite aidée !", confirme le batteur. "Avant, on travaillait les compos de Thom en répèt et les paroles s’improvisaient. Avec la pandémie et la frustration engendrée de ne pas pouvoir se voir pour jouer, on s’est décidé à sortir un track. Thom enregistrait des démos chez lui, nous les envoyait et du coup, en répèt, on avait l’avantage de s’être déjà imprégné des morceaux, ce qui les rendait beaucoup plus facile à jouer. " Idem pour les textes "avant, ça s’improvisait et dans un anglais approximatif, ici on a pris beaucoup de recul et la volonté de les retravailler", ajoute le chanteur. "On a beaucoup travaillé de chez nous mais on a toujours essayé de garder le côté instrument et pas les sons sortis de l’ordi ".

C’est hyper satisfaisant et gratifiant de voir qu’en live tout sonne et que c’est du son qui émane de nos dix doigts – Bastien

Le duvet coloré du Colver

Des sonorités douces, mélancoliques mais engageantes et qui invitent presque à esquisser quelques pas de danses repérés sur Doing wrong, des synthés aériens et planants de West coast, Colver dévoile sur cet EP toute l’étendue de sa palette de sonorités sophistiquées.

Sans prétention aucune et armés des codes des groupes de rock indé, ils revisitent notre Belpop bien aimée en y intégrant les thèmes et enjeux de notre époque. Sur Welcome back to sunny ghost city, le chanteur pose le décor d’une ville désertée de toutes parts en pleine pandémie et s’interroge "tu es dans une capitale où tous les avantages d’y être disparaissent et où tu te demandes finalement ce que tu fous là?!". Sur Bitcoin Billionaire, le titre assez explicite "fait écho ici à la période où de nombreux jeunes comme nous investissent dans les cryptomonnaies et leur charabia technologique et où, au fond, leur seule volonté est de gagner très vite beaucoup d’argent en espérant écouler des jours heureux."

La magie du collectif

Fort du background de ses quatre lascars et de l’appui de leur communauté, Colver prend plaisir à accompagner ses chansons de clips léchés, pensés et réalisés par ses soins comme l'explique Hugo "Pour le clip West Coast, c’est une équipe de vingt bénévoles qui a taffé deux jours non-stop [….] Pareil pour l’artwork de l’album, il a été fait avec zéro budget ! Au final, c’est juste des potes avec du talent qui nous offrent un peu de temps. C’est une sacrée chance et une aubaine pour un groupe comme nous."

Déjà repéré en Flandre par la chaîne flamande VTM séduite par l’un de ses premier titre Thinking out loud pour illustrer musicalement l’une de ses émissions, l’oiseau tente également de faire petit à petit son nid dans le paysage pop indé rock de notre plat pays : "Nos sons ont surtout été repris par des blogs flamands. C’est intéressant et en même temps pas si étonnant car je pense que dans le paysage flamand ils ont un peu plus cette culture du pop rock […] D’où l’importance de toujours mettre en avant le fait qu’on est bilingue et ça commence par des postes en trois langues sur nos réseaux. Pour nous c’est ça la Belpop, c’est la Belgique et j’ai la conviction que ça n’a pas vraiment de frontière."

On vous laisse jeter une oreille attentive sur leur premier bébé...

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