Charlotte Adigéry en trois morceaux

Charlotte Adigéry
Charlotte Adigéry - © Tous droits réservés

Gantoise anonyme jusqu’à ce que les frères Dewaele jettent leur dévolu sur elle, l’artiste s’est tracée depuis 2016 une route aux multiples embranchements, mais où tous les chemins mènent à Charlotte.

C’est dabord sous son seul prénom quon a entendu parler d'elle. Puis son alter ego a émergé des flots sous la forme de WWWater, sirène electronica, avant de reprendre la forme de Charlotte Adigéry, tout simplement. Après de multiples transformations, pas toujours simple de cerner cette Belge qui sexporte jusquen Angleterre, où elle donnait cet été un concert à l’occasion de la première édition du nouveau festival prometteur de Gilles Peterson, le We Out Here. Petite carte du monde de Charlotte Adigéry, en trois titres emblématiques.

« The Best Thing »

En 2016, Belgica débarque sur les écrans. Tant pour les cinéphiles que les mélomanes belges, le film fait évènement : une nouvelle pellicule de Felix Van Groeningen (La merditude des choses, Alabama Monroe), doublée d’une bande originale concoctée par les producteurs de Soulwax. Soit pas moins de seize groupes inventés de toute pièce par les frères Dewaele à l’occasion du film. Parmi les tracks, une mystérieuse Charlotte clôture lhistoire de deux autres frères : les sulfureux tenanciers du Belgica.

Adigéry avait originellement été sollicitée pour faire du playback à l’écran, mais finalement cest sa voix plus encore que son jeu qui leur tape dans loreille. Charlotte est éclipsée du film par un coup de théâtre scénaristique, mais pas de la bande son, et certainement pas des projets de David et Stephen Dewaele. Le coup de foudre marque le début de sa collaboration avec le label DEEWEE, qui sortira trois ans plus tard son EP Zandoli.

« WWWater »

2017. Bien que sous laile bienfaitrice des Dewaele, Charlotte Adigéry ne s’interdit rien, et se permet même une petite fugue musicale. Cest ainsi que nait WWWater, double mystique de la chanteuse, à la suite dun voyage en Martinique. L’EP La Falaise est enregistré dans la foulée et, bingo, marque lui aussi les esprits notamment ceux de la presse française, qui se jette sur ce nouveau talent exotique venu dOutre-Quiévrain. Son titre WWWater " tourne notamment en boucle. Il fait infuser une electronica en transe, à la fois chant millénaire et bonne electro de soirée. En soi, un accord parfait.

« Paténipat »

" Zandoli-pa-té-ni-pat ". Le slogan scandé s’installe immédiatement en tête et devient vite une obsession. Une phrase magique, qui donne envie de sagiter tout en convulsions, comme Charlotte Adigéry et ses longs cheveux blonds dans le clip de Paténipat ", morceau de son EP Zandoli sorti en 2019. Le formule signifie en créole le lézard navait pas de pattes ", mais reprend surtout à la perfection le rythme du Gwoka, un genre musical guadeloupéen dansantet proche parent du Bèlè martiniquais. Le Zandoli ", lui, est justement un lézard accroché aux murs caribéens. C’est l’un des talents de Charlotte Adigéry : parvenir à raconter une histoire personnelle en quelques mots d’abord insignifiants, puis entêtants. Un bon présage pour son album à venir, qui s’enregistre en ce moment-même en studio.