Cette œuvre numérique d'Aphex Twin a rapporté plus de 100 mille euros en NFT

À quelques jours d'intervalle, Aphex Twin et Kings of Leon ont défrayé la chronique avec la vente aux enchères d'œuvres numériques et de produits de collection via la technologie NFT. Quel intérêt pour les artistes ? Et pourquoi y a-t-il polémique ?

Un artwork à... 72 Ether

Dimanche soir, Richard David James (Aphex Twin) a vendu aux enchères sa première œuvre graphique sous forme de NFT pour 72,00 ETH.  Pour les néophytes, ETH fait référence à Ethereum, un système blockchain décentralisé et open source qui dispose de sa cryptomonnaie, l'Ether. Traduction probablement plus parlante en euros sonnants et trébuchants, avec la valeur à l'heure où nous écrivons ces lignes : 109,276 €.

Cette entrée en force dans le monde encore des NFT et des cryptomonnaies s'est accompagnée d'un geste fort de l'artiste, qui entend consacrer "une partie de l'argent pour planter des arbres et faire des dons à des projets de permaculture". Et pour cause : la popularité grandissante du Bitcoin et des autres cryptoactifs - le terme monnaie est contesté - est étroitement liée à de nouvelles formes de spéculation.

La vente organisée par Aphex Twin s'est déroulée via la place de marché Foundation - qui se présente comme la "new creative economy" - avec une mise de départ de 1,00 ETH. L'enchère a été remportée par @artoninternet, qui n'en est pas à son coup d'essai, mais dont c'est l'acquisition la plus importante en valeur à ce jour, soit 72,00 ETH.

 

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Conversion ETH (Ether) en EUR (euro) © Capture d'écran Google

NFT, de quoi parle-t-on exactement ?

NFT est l'abréviation de l'expression "non-fungible tokens". Ces jetons non fongibles (traduction littérale) sont virtuels. Ils permettent de vendre ou de mettre aux enchères des œuvres art, de la musique et même des tweets. Les NFT se vendent via la blockchain et sont valorisés (ici) en Ether.

Au-delà de sa valeur, le NFT est une sorte de titre de propriété numérique. Il est infalsifiable. L'œuvre est en effet protégée par des informations stockées, transmises et cryptées dans la chaîne de bloc, qui fait office d'organe de contrôle décentralisé. Une fois acquis, le jeton permet de revendiquer la propriété d'une œuvre, qui peut continuer de circuler et d'être reproduite, mais dont la propriété numérique reste traçable.  

Problème de conscience pour certains : outre la spéculation, c'est l'impact énergétique de la blockchain qui est souvent pointé du doigt par ses détracteurs. D'où la décision prise par Richard D. James de "verdir" son initiative et cette première incursion plutôt réussie dans l'univers des NFT.

 

 

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NFT Yourself, une version NFT de l'album de Kings of Leon (mars 2021) aux enchères sur OpenSea © Capture d'écran OpenSea

Une clé pour monétiser la musique en 2021 ?

Aphex Twin n'est pas précurseur dans le domaine. Après nombre de DJ, les Kings of Leon auront été le premier groupe à lancer un album en misant sur les NFT. When You See Yourself est en effet sorti début mars avec 3 jetons : une version spéciale de l'album, des sièges face à la scène à vie pour leurs concerts, ainsi qu'une œuvre audiovisuelles exclusive.

Ce pari, quoique controversé, vise également à créer de nouvelles formes de revenus pour les artistes, en misant d'abord clairement sur l'attrait des NFT pour les collectionneurs. Nous en parlions à l'occasion du rachat de Tidal par Square : les NFT pourraient bien jouer un rôle crucial dans la monétisation de la musique, dans les années à venir. Une habile carte à jouer dans un écosystème où les revenus des artistes ont été affectés par le montée en puissance du streaming et par la diminution de la vente de musique à l'unité.

En attendant, le sujet intéresse beaucoup le fisc américain : l'IRS se verrait bien imposer les plus-values des NFT, comme elle le fait pour n'importe quel autre actif boursier ou financier.