Cabane : ceci n'est pas un album mais un miracle

Février 2018. Une amie me confie avoir vu "quelque chose d'étrange et vertigineux" dans une petite galerie de la capitale, une exposition de photos sur le thème des amours passées : "Qu'as-tu gardé de notre amour ?". Elle m'incite à la rejoindre mais le rendez-vous est (comme trop souvent) manqué.

 

Un an plus tard - presque jour pour jour - arrive à mes oreilles "Grande est la maison", premier album de Cabane, projet créé en 2015. Toujours aucun lien, a priori. Toujours aucune connexion. La recommandation (un homme cette fois) est claire : "Avant d'écouter, tu regardes le documentaire que Thomas Jean Henri a posté sur YouTube. Il m'a bouleversé."

Quatre jours passent avant que, seul à la maison, assis sur un zafu au beau milieu d’une soirée sans but, je lance "A Document by Cabane" dans le salon et j'observe. Le décor est encore vague, mais planté : "Après 5 années d'enregistrements, mon disque sous le bras, je rencontrais des aimés et leur posais trois questions." L’emploi de l’imparfait a déjà des manières d’artisan.

 

Sans jamais se présenter à la caméra, l'artiste belge interroge musiciens, journalistes et d'autres proches (parfois sans aucun lien avec le monde de la musique), sur l'une des questions les plus fondamentales que tout créateur de musique se pose en 2020 : celle de l'objet album dans un monde dominé par les listes de lecture et l’abondance. Et c'est profond.

Le documentaire - une vingtaine de minutes d'un univers dont on a peine à décrocher - se termine par l'écoute du renversant "Take Me Home Pt. 2", titre auquel prête sa voix Will Oldham (le délicat Bonnie 'Prince' Billy dont les collaborations sont toujours triées sur le volet). Le temps se fige. B. avait raison. L'album doit ensuite être écouté dans sa longueur, de toute urgence.

 

Au hasard,"Take Me Home Pt.1" et la voix Kate Stables cette fois. Les deux titres se parlent, sans se rencontrer sur l'album. Explication de Thomas Jean Henri lui-même : "Pendant le processus de travail, une image vibrante de Will et Kate marchant à travers les eaux de la rivière, se croisant comme des bateaux dans la nuit, ne m'a jamais quitté. Chacun partant de la rive opposée, un peu mal à l'aise et leur rencontre au milieu. Le chœur est au bord de la rivière, en gardant ses distances."

Le reste est une collection de huit autres titres posés là, au petit bonheur la chance, malgré cinq années d'un travail sans cesse remis sur le métier. Couleur folk, rayon fragile, étage introspection.

 

Le toujours bien inspiré Geoffroy Klompkes (Pure) observait le 1er mars dernier avec justesse sur les réseaux sociaux : "Sa musique est à la fois hors de ce monde et pourtant complètement en nous". Avec Cabane, "en nous" devient un genre en soi.

 

Rien ne dit pourtant que le concept n'a pas trouvé son aboutissement avec ce seul album, les photos (celles de ma fameuse exposition manquée) et les vidéos qui l'entourent. Les eaux de "Grande est la maison" sont profondes, n'oubliez pas de revenir à la surface, de temps en temps. Ne serait-ce que pour approcher cette atmosphère délicate sur scène : les Nuits Botanique, le vendredi 8 mai à 19h30.

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