C12 : le club bruxellois est toujours là et prêt à mettre le feu pour la réouverture

L'équipe du C12 pour son interview avec Jam. © Renaud Verstraete

Temps de lecture...

À la mi-mars, cela fera un an que les soundsystems des clubs n’auront pas retenti dans les oreilles des fans de musique électronique. L’absence de l’effervescence et de l’ambiance électrique des dancefloors manque à nombreux d’entre nous. Pourtant, ce n’est pas fini, les clubs sont encore là ! Ils luttent à leur manière contre cette situation sanitaire et ont trouvé des alternatives pour continuer à exister. Jam. a voulu leur rendre honneur avec sa série d’articles intitulée Club Resistance. Les boîtes, ce n’est pas juste un endroit où danser et boire un coup, le clubbing c’est une culture à part entière. Des lieux de découvertes et d’échanges.

Pour le premier numéro, nous sommes partis à la rencontre de l’équipe du C12, club bruxellois qui s’est forgé une solide réputation sur la scène électronique grâce à sa programmation de qualité et à sa localisation atypique. Le lieu est situé dans la galerie Horta, sous la gare centrale et revendique un esprit libre pour les passionnés de musique et d’art.

Le rendez-vous était pris avec Tom Brus et Mathieu Serra, deux des membres fondateurs du C12 et des soirées Deep in House, qui nous ont accueillis chaleureusement. Après les quelques échanges de banalités d’usage, on se rend très vite compte que les gars sont deux passionnés. Ils sont amoureux de la musique, de la fête et de leur travail. L’ambiance est décontractée et transpire la bonne humeur. "On va bien, on a bien dormi" lancent les deux potes en rigolant à la question : "Comment ça va aujourd’hui les gars ?" Ils ont gardé l’esprit positif et n’ont pas dit leur dernier mot.

"On est surtout des accrocs à la bonne vibe qu’une foule de personnes peut générer."

Les origines du C12 et de Deep In House

L'équipe du C12 pour son interview avec Jam. © Renaud Verstraete

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

Tom : Moi c’est Tom, j’ai 29 ans. Ça fait presque 8 ans que j’organise les soirées Deep in House avec Mathieu et depuis février 2018, on a monté le C12 en partenariat avec la Galerie Horta. Je suis responsable de la programmation et la communication.

Mathieu : Je m’appelle Mathieu, j’ai 28 ans. J’ai commencé mon parcours dans l’événementiel avec Tom en 2012. Je suis responsable de tout ce qui touche à la logistique et les ressources humaines.

Comment ça a commencé le projet Deep in House ?

Tom : On est beaucoup sorti à Bruxelles et à l’étranger. Il y avait des sons là-bas qu’on aimait et qu’on ne retrouvait pas dans les soirées dans lesquelles nous nous rendions en Belgique. Tout est parti de là. L’objectif était de transposer les expériences qu’on a vécues dans d’autres pays, dans nos soirées à Bruxelles. Il faut aussi souligner que ni Mathieu ni moi sommes artistes, ça nous a vraiment permis de penser nos concepts avec un regard de visiteur. Je pense que c’est ce qu’apprécient les gens qui viennent à nos événements.

Mathieu : On est surtout des accrocs à la bonne vibe qu’une foule de personnes peut générer. En plus de la musique, on voulait aussi mettre l’aspect social en avant. Nos soirées n’ont jamais été organisées dans le but de nous promouvoir sur la scène électronique. L’objectif est vraiment de faire kiffer les gens au maximum.

8 images
Deep In House avec Brüxsel Jardin pour leur soirée à Tour et Taxis © Deep In House

Vous vous souvenez de la première soirée que vous avez organisée ?

Tom : C’était dans la cave des Halles Saint-Géry. J’avais un pote du collège qui gérait le lieu. Je lui ai demandé si je pouvais organiser une soirée et il a dit : "OK". Je me suis lancé comme ça à l’époque. Mathieu m’a rejoint à son retour d’Australie pour l’organisation des suivantes. La première soirée était assez stressante, il y a plein de trucs qu’on a découverts sur le moment même. Au final, tout s’est bien déroulé, il y a eu le monde qu’il fallait. Toutes les personnes qu’on connaissait de nos sorties en Belgique et à Bruxelles étaient au rendez-vous. C’était une bonne expérience !


►►► À lire aussi : DC Salas débarque sur Jam. avec DIG


D’où vous est venue l’envie de créer un club ?

Mathieu : Pas mal d’années se sont déroulées entre les premières soirées et le C12. On a toujours organisé des événements pour le kif et on ne s’est jamais projeté plus que ça. Nous suivions toujours nos intuitions et après 3 ou 4 ans de Deep in House, on a commencé à se dire qu’il fallait qu’on s’installe. On voulait un lieu fixe. Nous en avons visité beaucoup à Bruxelles. On marchait dans la ville, on utilisait beaucoup Google Map. Ensuite, nous prenions contact avec les gérants ou les propriétaires des lieux qui nous intéressaient. Des fois, ça ne menait à rien mais parfois, ça aboutissait à des trucs cools. C’est de cette façon qu’on a eu des lieux cools comme le Canal Wharf, Key West ou même des péniches. Toutes ces recherches ont abouti à la visite de la Galerie Horta.

Pas mal d’années se sont déroulées entre les premières soirées et le C12. On a toujours organisé des événements pour le kif et on ne s’est jamais projeté plus que ça.

Tom : Nous avions contacté la galerie pour y organiser une soirée de nouvel an. Les anciens propriétaires n’étaient pas chauds. Ensuite, la gestion du bâtiment a changé et ce sont eux qui nous ont recontactés. Avec Mathieu, on a d’abord organisé un nouvel an puis plusieurs événements ponctuels. Vu le succès, le nouveau propriétaire était partant pour qu’on organise un concept plus récurrent. Au départ, ça ne devaitça devait durer que quelques mois, car l’endroit devait être réaffecté, mais ce projet prenant du retard dans les autorisations, on a pu pérenniser l’activité. entre 6 mois et 1 an puis comme ça a bien fonctionné, on a pu s’y installer.

Mathieu : C’est aussi grâce à l’entente avec les nouveaux propriétaires qui sont devenus des amis proches. Si humainement, ça n’avait pas fonctionné aussi bien entre nous deux et Kevin Huerta qui est devenu notre meilleur ami et notre associé, le projet C12 n’aurait jamais abouti à ce qu’il est aujourd’hui. Durant ces années d’organisations d’événements, on a pris des grosses claques dans la gueule. Ici, il y a eu une vraie connexion humaine et pour nous c’est très important.

8 images
Le logo du club C12 © C12

Qu’est-ce qui différencie le C12 des autres clubs ?

Mathieu : Le C12, nous l’avons pensé pour nous et il s’avère que ça a parlé à beaucoup de gens. Nous avons également fait beaucoup d’allers-retours en Allemagne, en France, en Hollande. On rapporte ce qu’on voit, ce qui ressort de nos échanges avec les gens sur place. Nous essayons d’éduquer le public belge et pas que bruxellois. Chez nous, une personne sur deux est néerlandophone, il y a beaucoup d’anglophones également parmi nos visiteurs. Tout est mis en place pour que les personnes qui viennent danser chez nous se sentent à l’aise.

Notre but c’était de mélanger les communautés et que tout le monde passe un bon moment. Plus de segmentation, c’est le mot d’ordre. On voulait que tout le monde danse ensemble, gays et hétéros. Tout cela ça fonctionne aussi grâce au briefing de la sécurité. Le physionomiste est capable de sélectionner les bonnes personnes. Les gens doivent se sentir à l’aise de venir parler à la sécurité quand ils ont un souci. Le seul critère d’entrée, c’est le respect des autres. Que tu sois en chemise ou en training, ça ne compte pas pour nous.

Tom : En allant à Berlin, on a vu que tout le monde se mélangeait sans souci. Mathieu, Kevin et moi, on a vraiment trouvé ça génial. L’idée, c’était de ramener ça au C12. Un autre exemple, est aussi que les gens ne peuvent pas acheter leurs places à l’avance. Ça nous permet de garder le contrôle pour que les soirées se passent bien et faire le filtre à l’entrée. Je pense qu’on a aussi compris que tout le monde ne sort pas que pour la musique mais que le club est aussi un endroit où on sociabilise.

C’est pourquoi, chez nous, il y a des zones "chill out". Nous voulons que les gens puissent clubber mais aussi se retrouver pour pouvoir discuter pendant trois heures s’ils en ont envie. Je pense que c’est un des éléments principaux qui nous différencie des autres clubs bruxellois. La programmation aussi a un rôle important, on essaye qu’elle soit vraiment variée. Cela permet de ramener différents publics, différentes tranches d’âge. Selon moi, nos visiteurs ont senti que tout ce qu’on mettait en œuvre était sincère et c’est pour cela que ça fonctionne.

Nous voulons que les gens puissent clubber mais aussi se retrouver pour pouvoir discuter pendant trois heures s’ils en ont envie.

8 images
L’ambiance au sein des soirées du C12 © Jérémy Gérard

Quels sont vos meilleurs souvenirs de soirées et quels sont les artistes dont vous êtes les plus fiers d’avoir programmés ?

Mathieu : Le Canal Wharf, c’était une soirée de dingue. On en parlait encore avec Tom il y a deux jours. Le lieu est maintenant détruit, c’était un bâtiment près du canal. Gros kif, c’était un entrepôt énorme, très indus, un coup de cœur. La soirée a fini à 14h !

Tom : Tous les gens présents à cette soirée en parlent toujours et disent que c’était un truc de fou. Le premier nouvel an au C12 aussi, c’était génial. La première soirée qu’on a organisée ici c’était un jeudi. Ce n’était pas une soirée club. C’étaient des lives expérimentaux. Nos potes pouvaient voir le lieu pour la première fois et la façon dont on l’avait pensé. Vraiment un excellent souvenir.

Tous les gens présents à cette soirée en parlent toujours et disent que c’était un truc de fou.

Mathieu : Le canal Wharf est peut-être au top de cette liste mais on a organisé des soirées aussi sur une péniche avec un toit ouvrant qui rendait une atmosphère géniale. Comme c’était loin sur le canal, on ne dérangeait personne. L’Atomium, c’était top aussi. C’est un site incroyable. Nous avons rencontré des supers personnes avec qui travailler. Au C12, les meilleurs moments c’est quand je suis sur le dancefloor entouré de mes amis. Je regarde à ma droite je vois Tom puis je regarde à ma gauche et je vois Kevin puis je regarde de nouveau Tom et je me dis : "Putain, tu te souviens il y a 8 ans ? On était nulle part. Nous avons galéré, on s’est fait niquer dans ce milieu et regarde où on en est aujourd’hui !". Vivre ce moment, c’est une sensation inimaginable.

Je regarde à ma droite je vois Tom puis je regarde à ma gauche et je vois Kevin puis je regarde de nouveau Tom et je me dis : Putain, tu te souviens il y a 8 ans ? On était nulle part. Nous avons galéré, on s’est fait niquer dans ce milieu et regarde où on en est aujourd’hui !

Tom : Un autre souvenir me revient. Nous avons pour une soirée C12 invité Marcel Detmann. Cela faisait 10 ans qu’on le voyait en festival ou en boîte. On était très impressionné, c’est une légende. Nous ne savions pas s’il était sympa ou pas. En fait, il était vraiment cool, il a fait la fête avec nous dans sa chambre d’hôtel. C’était démentiel. Nous voulions le programmer depuis des années, son agent disait que ce n’était pas possible car en gros on était trop "petits". Grâce au C12, nous avons eu accès à des musiciens comme lui. Nous avons également programmé des artistes comme Théo Parrish ou encore Doppler Effect, il ne s’était pas produit à Bruxelles depuis des années.

Mathieu : Nous avons vécu une tonne d’histoires géniales. Claro Intelecto, un des piliers de la musique électro house nous a montré un message qu’il venait d’envoyer à sa femme. Ça disait : "Chérie, je suis en boîte avec une bande de jeunes, je passe le meilleur moment de ma vie depuis 15 ans de mixing ". Le fait que des légendes de la scène électronique nous supportent, ça fait vraiment plaisir et ça rebooste.

 

Chérie, je suis en boîte avec une bande de jeunes, je passe le meilleur moment de ma vie depuis 15 ans de mixing.

8 images
Photo du booth DJ au C12 © Jérémy Gérard

Rassurez-nous, est-ce que les clubs sont toujours là ?

Tom : Nous ne sommes pas dans l’organisation des autres clubs mais on communique toujours un peu entre nous. On se parle de plus en plus avec le temps. Dès que tu as quelque chose à demander, tu peux le faire sans souci. Nous sommes assez transparents entre nous. Puis, il y a la fédération, Brussels By Night, qui s’est créée. C’est un groupe comportant différents acteurs du monde la nuit. Il n’y a pas que des clubs house ou techno. Ce groupement nous permet de faire remonter nos revendications. Grâce à ce mouvement, cela va peut-être nous permettre d’avoir une aide dont les critères d’attribution sont encore en train d’être discutés.

8 images
Photo d’ambiance lors d’une des soirées du C12 © Jérémy Gérard

Quelle est votre vision du " clubbing " ?

Tom : C’est une expérience sociale et musicale. À la différence des théâtres, des musées et des cinémas, dans un club, les gens ne restent pas seulement dans leurs groupes d’amis et partent quand le spectacle est fini. Ici, tu es dans un lieu immense, tout le monde est sans arrêt en mouvement. À tous moments, il peut se passer un truc. Tu peux discuter avec une personne avec laquelle tu n’aurais peut-être jamais parlé durant la semaine ou le reste de ta vie. Toutes les conditions sont réunies pour que les visiteurs se rencontrent et échangent.

Mathieu : Je rajouterais aussi que le clubbing a un effet thérapeutique et psychologique de dingue sur les gens. Toute la semaine, les gens vivent des trucs, ils bossent, le week-end, ils se retrouvent ici avec leurs amis pour oublier le stress accumulé. Nous le voyons en ce moment, les personnes sont coupées de cela, ils ne décompressent plus. Le manque est là, c’est indéniable.

 

"La première soirée, nous l’imaginons avec des DJs locaux et tous nos potes. Nous sommes certains que ça va être le feu !"

Le C12 et la situation sanitaire actuelle

L'équipe du C12 pour son interview avec Jam. © Renaud Verstraete

Comment avez-vous accueilli l’annonce du premier et du second confinement ?

Mathieu : Personnellement à ce moment-là, je suis tombé en grosse dépression/burn-out et j'ai réalisé que j'avais une mononucléose. Cela faisait plusieurs mois que je ne me sentais pas bien. Quelque part, ça m’ arrangeait. J’ai pu rester à la maison, je ne devais pas être présent au C12 tous les week-ends. Ce repos forcé, m’a permis de me sortir de cette situation et de retrouver de l’énergie. Après ce mauvais passage, j’avais vraiment envie de revenir. J’avais retrouvé la pêche mais les clubs n’ont pas rouvert. On a donc mis des trucs en place pour continuer à exister.

Tom : Au début, on ne savait pas combien de temps ça allait durer mais on était tous d’accord pour dire que ça allait nous faire du bien de pouvoir souffler. Ça faisait deux ans qu’on se donnait à fond. On se disait que c’était pour un ou deux mois et finalement on est toujours fermé, ça c’est moins cool. Comme l’a dit Mathieu, on a mis plein de trucs en place avec l’équipe pour continuer à bosser et pas se laisser abattre.

 

Qu’avez-vous mis en place pour " survivre ?

Tom : Nous avons créé le label digital "Social Distancing". Tous les 15 jours, on sortait une compilation avec des artistes bruxellois. Elles étaient gratuites d’accès mais les gens pouvaient donner de l’argent s’ils le souhaitaient. Le projet a bien fonctionné et nous étions vraiment contents. Ensuite, nous avons mis sur pied un crowdfunding car nous avions reçu aucune aide de l’état et nous devions continuer à payer les factures. Avec cette action, nous proposions des produits réalisés par des artistes comme un livre photos, des t-shirts, des affiches de nos premières soirées… C’était vraiment génial de voir que ça fonctionnait et que le public nous soutenait.

Ensuite, l’été est arrivé et on a eu l’impression que la situation s’améliorait. Notre moral en a pris un coup quand on a vu que ce n’était pas le cas. Nous nous sommes dit qu’on n’allait rien lâcher et qu’on allait continuer à développer notre webshop. D’ailleurs, nous proposons de nouveaux articles comme des écharpes et des gourdes. On se lance également dans la création d’une gamme de produits avec une marque bruxelloise appelée Nightshift. C’est une équipe géniale, tout est fabriqué par leurs soins avec des matériaux responsables. De cette collaboration, une sacoche C12 va voir le jour. Elle devrait être disponible d’ici un mois.

Dans nos autres plans, il y a aussi la création d’un label vinyle, C12 recording et la création d’une agence qui aide les artistes à se développer. Nous organisons aussi des résidences d’artistes dans le club. Avec Rinse France, nous avons organisé des streamings. On voulait montrer les artistes bruxellois aux Français. Nous avons également bossé avec Kiosk Radio pour le projet "Support Your Local Scene". C’était une diffusion streaming dans différents lieux de la capitale. Toujours avec eux, nous lançons un club virtuel qui aura lieu tous les samedis de 12h à 4h du matin. Les gens pourront écouter 4 DJ sets différents sur lesquels on a monté des archives vidéos de nos soirées. Malgré le confinement, nous travaillons tous les jours du lundi au vendredi en télétravail.

Mathieu : Nous voulons vraiment mettre la salle à la disposition d’artistes pour qu’ils puissent sortir de leurs appartements. Créer dans un autre espace que chez eux car comme beaucoup de personnes, ils deviennent fous. L’idée est de leur permettre de travailler dans une autre atmosphère. Le confinement ça nous a aussi permis de rattraper toute la paperasse en retard. Le C12, nous l’avons ouvert en 2 mois en 2018. Tout le temps libre qu’on a avec le confinement, nous pouvons le mettre à profit pour bien retravailler les bases de notre projet. En fait, c’est une grande chance de pouvoir avoir un break comme celui-ci. En temps normal, la cadence est infernale. Tous les week-ends on taffe du jeudi au dimanche. C’est très éprouvant. D’ailleurs, on a arrêté les jeudis pour cette raison.

La période est très difficile mais on relativise beaucoup. On prend le temps qui nous est donné pour remédier à nos points faibles. Quand toute cette situation sera derrière nous, ce sera comme si nous rouvrons un club avec l’expérience d’avoir déjà eu un club. On se met aussi à jour administrativement et au niveau de la logistique. Nous faisons les travaux que nous n’avions pas le temps de faire. C’est une chance unique, nous étions présents tous les week-ends. On est des passionnés de la fête. Dans la team, chacun a déjà souffert de burn-out générés par le stress et la fatigue. Maintenant, nous avons la chance de pouvoir prendre du temps pour nous. Bien sûr, la vie d’avant nous manque, mais toute cette situation sanitaire va nous permettre de retrouver un équilibre plus sain pour le futur. Ce rythme n’était pas viable sur le long terme.

Lorsque le deuxième confinement a été annoncé, c’était quoi votre état d’esprit ?

Tom : Depuis quelque temps, on bossait sur un concept de bar. Nous avions commencé à faire des investissements. La programmation avançait bien. L’idée était d’inviter des DJs. Nous avions même fait un premier test avec Goûte Mes Disques. Puis, le gouvernement a annoncé le deuxième confinement, donc c’est tombé à l’eau. Heureusement, on n’a pas été trop loin dans les frais mais on était déçu.

Mathieu : Le projet est toujours dans nos esprits. Dès qu’on peut ouvrir à nouveau, on le lance. Le nom c’est le C19, un petit clin d’œil au coronavirus. Toutes les normes sanitaires seront respectées. Le concept, c’est d’ouvrir un bar mais toujours avec un côté clubbing. On va voir si cela fonctionne, un bar c’est totalement un autre game qu’un club.

Si vous aviez une chose positive à retirer de ces confinements successifs ?

Tom : Quand tu as envie de percer dans ce business, tu es obligé d’inviter des artistes internationaux et de payer des gros cachets. Grâce au projet "Social Distancing", nous avons découvert des artistes qu’on ne connaissait pas. Cela nous a permis d’acquérir une meilleure connaissance de la scène électronique belge. Dorénavant, nous allons penser notre programmation autrement.

Mathieu : Le covid nous a ouvert les yeux sur le nombre d’artiste locaux de qualité qu’il existe. Nous allons clairement programmer beaucoup de ces derniers. Il y a aussi une prise de conscience du public qui vient faire la fête. Pour moi, il n’y a pas eu d’interruption dans le milieu de la fête depuis la deuxième guerre mondiale. La situation sanitaire marque vraiment la première pause. Rien n’avait jamais enlevé ce moment de plaisir aux gens et ça leur manque énormément. Avant, nos visiteurs arrivaient à l’entrée et ils essayaient de négocier le prix. Ils n’avaient aucune conscience de ce que cela impliquait au niveau des risques financiers et de l’énergie investie. Certains pensent qu’on est millionnaire mais pas du tout. Pour nous, le public va se rendre compte que le milieu culturel jouait énormément sur leur mental et les risques que les organisateurs prennent pour pouvoir leur permettre de décompresser.


►►► À lire aussi : Écoutez comment Soulwax a remixé ‘A Hero’s Death’de Fontaines D.C.


 

Pour vous, c’est quoi votre vision du club postcovid ?

Mathieu : Pour moi, il y aura plusieurs étapes. Je pense que premièrement, on va arriver à un truc hybride, peut-être en 2021 ou pas. Si ça dure trop longtemps, l’état va finir par se prendre le mécontentement du peuple en pleine face. Le covid ne va peut-être jamais disparaître et il va falloir apprendre à vivre avec comme on vit avec plein d’autres virus.

Tom : Nous, on aime la fête à l’ancienne, pas de fioritures. Ce qui nous importe c’est de retrouver la connexion entre les gens et le DJ !

Vous êtes-vous senti soutenu par l’État ?

Mathieu : Pour nous rien ne relève du complot. L’État n’a jamais voulu tuer la culture. Je pense qu’ils avaient une liste de priorités et les clubs devaient être en dernière position sur celle-ci. Il n’y avait pas non plus de fédération pour nous représenter. Grâce à cette dernière, de l’argent va être débloqué pour aider le secteur.

Pour nous rien ne relève du complot. L’état n’a jamais voulu tuer la culture.

Tom : La fédération a été créée juste avant la crise, c’est un heureux hasard. Nous sentons que le gouvernement commence à se bouger. Ce n’est peut-être pas encore suffisant mais c’est un super bon début. Nous commençons à être entendus. En plus, des millions d’euros annoncés, l’état va débloquer de l’argent supplémentaire pour aider les artistes et nos droits passerelles sont également reconfirmés.

Un petit mot de fin positif pour ceux qui attendent votre réouverture avec impatience ?

Mathieu : Nous serons là à la réouverture quoi qu’il arrive. Nous, c’est ça et rien d’autre, c’est certain. Nous sommes bouillants ! On veut retrouver tout le monde et faire la fête tous ensemble. L’important c’est qu’il y ait une bonne vive. C’était déjà comme cela avant, il n’y a pas de raison que ça change. Cependant, il faut que la fête reprenne sur le long terme. Je pense que c’est ce qui va arriver avec la prise de conscience du public. Nous avons plein d’idées en tête pour l’ouverture, ça ne peut que bien se passer.

Tom : On garde la foi et on reste positif. La soirée de réouverture, nous l’imaginons avec des DJs locaux et tous nos potes. Nous sommes certains que ça va être le feu !