"Nous avons un public de passionnés et ça se ressent par l'ambiance "

La collaboration entre Buda BXL et Mentality

L'interview du Buda BXL et Mentality pour Club Resistance sur Jam. © Lucas Galiganni

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Pour ce cinquième numéro de notre série Club Résistance, nous avons rendu visite au Buda BXL. Trois ans de rénovation pour cette salle qui n’attend plus qu’à rouvrir pour laisser les clubbers venir se déhancher sur son tout nouveau dancefloor sonorisé en 3D par Aku Soundsystem. Timing parfait pour notre visite puisque le crew Mentality était en train d’y organiser un livestream, mêlant différentes disciplines artistiques. L’occasion rêvée pour discuter musique, coronavirus et clubbing tous ensemble.

Salut les gars, tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

Philippe : Bonjour, moi c’est Philippe Vercauteren et je suis le responsable de L’ASBL Buda BXL.

Benjamin : Salut, moi c’est Benjamin Verdin. Je suis un des administrateur de l’ASBL Mentality. Je m’occupe généralement de tout ce qui est production et  événementiel mais aussi par moment d'autres points tels que la communication, la programmation et la logistique.

Kevin : Je suis Kevin Binnemans et je suis responsable de toute la technique audiovisuelle pour Mentality. Je m’occupe aussi de certains bookings pour nos events.

Comment ont démarré les projets Buda BXL et Mentality ?

Philippe : Nous occupons ces lieux depuis décembre 1999. C’est une ancienne usine du groupe Eternit datant de 1905. L’entreprise déménage en 1923 à cause du succès de leur produit. Au cours des années, il y a eu d’autres activités industrielles qui ont occupé le lieu. Au départ, nous louions cet espace à un ancien professeur de La Cambre.

Avant de devenir le Buda BXL, l’endroit s’appelait le Black BuddaH. Ça a toujours été un atelier partagé d’artistes. Pour pouvoir équiper le bâtiment avec des machines, nous organisions des soirées de temps en temps. Elles ont eu un certain succès. Il y en avait pour tous les goûts: des fêtes drum & bass, techno, acid… On a même organisé des concerts punk et métal. Et il y a trois ans, nous avons eu l’occasion de rénover la grande salle grâce à des subsides de la Commission Communautaire Flamande (VGC).

Benjamin : Le projet Mentality est né en 2012. À la base, c’est un collectif néerlandophone de Tervuren qui organisait, notamment, des soirées au Recyclart et au KultuurKaffe. Mentality a ensuite fusionné avec un autre crew francophone de Bruxelles. C’est donc très vite devenu une association bi communautaire avec la même passion pour la musique électronique (Drum & Bass, Breakbeat, Jungle…) et la promotion de cette dernière. On a beaucoup travaillé avec des salles différentes et finalement nous avons créé la nôtre dans le centre de Bruxelles, Saintklet, en partenariat avec huisvandeMens. Mentality aujourd’hui c’est un melting-pot de jeunes passionnés par la culture et la musique underground.


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Comment a débuté votre collaboration ?

Philippe : Grâce à des primes d’activité octroyées par la Flandre. Vu la situation sanitaire actuelle, nous avons eu l’opportunité de monter un projet entremêlant les disciplines. Nous nous sommes donc réunis avec trois ASBL. Mentality pour le côté visuel et musical, Buda BXL et Aku Soundsystem pour la salle et le son en 3D (en 13.1).

Benjamin : Il faut dire aussi qu’on se connaissait avant ce projet de stream puisque nous organisions des soirées ici. La culture est à l’arrêt mais les projets audiovisuels sont les seuls à avoir pu continuer d’exister. L’idée du concept est de mettre en avant des artistes via un format audiovisuel original. Tout cela grâce à un fond du gouvernement flamand. De cette façon, nous pouvons continuer à aider la culture. Nous souhaitions proposer autre chose qu’un DJ Stream classique tout en soutenant des artistes locaux.

Kevin : Nous savions en tant qu’ASBL que nous étions partis pour un long moment sans événement. Au lieu de s’apitoyer sur notre sort, nous avons profité du fait que nous avions des aides de la Flandre pour lancer ce projet de Stream. Comme Ben le disait, nous voulions proposer autre chose au public qu’un DJ stream classique. Nous avons tout d’abord fait un appel à projet grâce auquel nous avons repéré quatre artistes d’horizons différents. Le premier groupe, c’était ALEAS, une formation compose d’un illustrateur dessinant au fusain, un graphiste capturant ces croquis en stop motion et un musicien. Ensuite, nous avons eu le deuxième projet appelé LEESE, de la techno tribale accompagnée d’un duo de danseurs performant en live. Nous sommes maintenant au troisième projet, on accueille Slow Lands et GuiQ, c’est un mélange entre de l’ambient et du live coding.

Nous voulions proposer autre chose qu’un DJ Stream classique

C’était quoi vos critères de sélections pour le choix des artistes ?

Kevin : La sélection a été difficile. Nous avons reçu beaucoup de candidatures. Je dirais que nous nous sommes pas spécialement fiés à nos envies et à ce que Mentality propose d’habitude, au niveau de sa programmation. Avec le côté visuel du projet, c’était vraiment l’occasion pour l’équipe de sortir de sa zone de confort. Grâce à l’association de nos trois ASBL, toutes les étoiles se sont alignées pour proposer un stream vraiment qualitatif.

D’où vous est venue l’envie de créer un club  ?

Philippe : J’ai toujours été attiré par le son, la musique et les événements. Je suis diplômé d’architecture et d’archéologie industrielle. La création fait partie de ma vie. À l’époque, le Black BuddaH avait déjà une certaine renommée mais avec ces rénovations, c’était l’occasion de rendre le lieu plus officiel. Nous avions l’envie de nous ouvrir plus à l’extérieur. Il est important de préciser qu’en plus de la dimension clubbing du lieu, c’est également un lieu de travail fréquenté par différents artistes durant la semaine. Nous travaillons tous ensemble avec la possibilité de montrer nos projets au public ici même.

Selon vous, qu’est ce qui donne le charme de ce lieu ? Qu’est-ce qui le différencie des autres clubs ?

Kevin : Pour moi, le côté warehouse du Buda BXL est vraiment cool. Cela renforce son image underground et alternative. Il y a aussi le fait que nous ne sommes pas en plein centre de Bruxelles mais Le lieu se trouve le long du Canal sur la commune de la Ville de Bruxelles et à 10 minutes en bus du centre-ville. Du coup, gros avantage, le lieu peut fermer plus tard et pas de problème de voisinage..

Philippe : Il y a aussi le fait que la salle est neuve avec tous les nouveaux moyens technologiques que ça inclut. On devait ouvrir en mars l’année passée mais avec le coronavirus, nous n’avons pas pu. J’espère que très vite nous pourrons mettre la machine en route et organiser, dans un premier temps, des installations sonores par exemple. Les soirées, je ne pense pas que ce soit pour tout de suite. Je voudrais également pouvoir organiser des résidences d’artistes avec comme finalité, une exposition au public.

Benjamin : Nous sommes dans une zone industrielle historique de Bruxelles avec comme repère emblématique le pont du Buda. Cela donne vraiment du cachet à ce spot. Il faut également préciser que le canal est un symbole de la vie culturelle de la capitale. Quand on y pense le long de celui-ci on retrouve le Kanal - centre Pompidou, notre salle SaintKlet, le Recyclart… C’est tout le plan d’urbanisme de la ville de Bruxelles qui place la culture le long de celui-ci. Le Buda BXL fait partie de ce plan d’expansion.


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Pour moi, le côté warehouse du Buda BXL est vraiment cool. Cela renforce son image underground et alternative.

 

Quels sont vos meilleurs souvenirs de soirées et quels sont les artistes que vous êtes les plus fiers d’avoir programmés ?

Benjamin : Nous avons eu l’occasion de booker des légendes dans notre domaine dont Paradox. C’est un des piliers de la scène Breakbeat/Jungle anglaise. La dernière fois qu’il est venu, il nous expliquait qu'Aphex Twin lui demandait de lui fournir des breaks. Il va chercher des samples originaux et les retravaille comme un malade. C’est un gars qui mange et qui dort à la maison quand il vient. Bref, quelqu’un de super humain malgré le fait qu’il soit une légende.

Avec le crew, on peut également être assez fier d’avoir lancé les soirées R&S en Belgique, label gantois emblématique. Nous avons booké des artistes comme Paula Temple ou Djrum qui à l’époque n’étaient pas encore aussi connus que maintenant. Je pense que ce dont on peut être le plus fier, c’est toujours d’avoir été avant-gardistes dans la programmation et d’avoir collaboré avec plein d’acteurs culturels différents. Nous sommes vraiment contents de pouvoir bosser avec Philippe, j’ai des très bons souvenirs des soirées organisées au Buda BXL. L’ambiance de cette salle est vraiment électrique et le public qui vient est vraiment bon esprit. Tout le monde s’y sent safe et c’est le plus important.

Philippe : Comme la salle est située dans un endroit où il n’y a pas beaucoup de passage, les gens viennent ici spécifiquement pour la musique. On ne rentre pas ici par hasard, parce qu’on traîne dans le coin. Nous avons un public de passionnés et ça se ressent par l’ambiance. C’est un énorme avantage.

Kevin : J’ai découvert Mentality, il y a 6 ou 7 ans, en allant à leurs soirées. C’était un plaisir de retrouver une programmation musicale axée Drum & Bass. On ne trouvait plus ce genre de soirée à Bruxelles. C’était vraiment cool car l’ambiance était hyper familiale, ce n’était pas des fêtes de 10.000 personnes. Nous réussissons aussi à faire venir un public de l'étranger et ça, c’est vraiment une fierté.

Comme la salle est située dans un endroit où il n’y a pas beaucoup de passage, les gens viennent ici spécifiquement pour la musique.

Rassurez-nous, est-ce que les clubs sont toujours là ?

Kevin : Je pense que la situation actuelle est vraiment compliquée. Les clubs essaient d’être présents comme ils le peuvent, en organisant des petits événements durant l’été par exemple ou des workshops. Nous avons la chance de savoir toucher à tout et de ne pas faire que du clubbing. De cette façon, nous pouvons montrer que nous sommes toujours présents notamment via ce projet de streams et notre projet Saintklet en plein air sur le quai des péniches où on espère pouvoir acceuillir du public à nouveau cet été.

Le clubbing, ce n’est pas que la musique. Il y a toute la dimension sociale à prendre en compte. Quand tu vas en soirée, c’est l’occasion parfaite pour rencontrer de nouvelles personnes. C’est ce qui nous manque le plus.

"Le public, c'est la magie de la fête"

Buda BXL, Mentaliy et le coronavirus

La nouvelle salle du Buda BXL © Buda BXL

Comment avez-vous accueilli l’annonce des confinements ?

Philippe : Durant l'été, nous avons seulement pu organiser un petit événement avec un public assis autour d’une table, et à partir d’octobre, c’était de nouveau interdit. Nous avions également prévu des workshops pour travailler sur le son en 3D. Mais encore une fois, nous avons dû annuler car un membre de l’équipe s’est retrouvé en quarantaine. Nous avons postposé d’autres dates vers fin août, en espérant qu’on pourra avoir du public. Il faut être honnête, c’est très dur.

Benjamin : Le public, c’est la magie de la fête. C’est le partage entre l’artiste et son audience. Cette espèce de moment qui fait que le temps s’arrête l’espace d’une soirée et ça malheureusement, le virtuel ne le permettra jamais.

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Soirée organisée par Mentality au Recyclart © Mentality

Si vous aviez une chose positive à retirer de ces confinements successifs ?

Benjamin : Je trouve que le fait qu’on n’ait pas pu travailler de façon habituelle, ça a permis aux acteurs culturels de se réinventer. C’est un secteur qui a plus d’un tour dans son sac. De plus, il y a une unité qui s’est créée avec cette situation. Par exemple, avec Brussels by Night, Lorenzo Serra a réussi à rassembler les clubs pour qu’ils se fassent entendre auprès du gouvernement. Cela a permis de faire comprendre à nos dirigeants que le clubbing, c’est de la culture et pas seulement la fête.

C’est toujours lorsque quelque chose disparaît dans la pièce qu’on s’en rend compte. Les gens ont besoin de ces endroits, ils ont besoin de s’évader et d’évacuer leurs leur stress. Même ceux.elles qui ne sortaient pas beaucoup auparavant vont faire la fête comme jamais quand on verra la fin de cette situation.

Kevin : Je suis d’accord avec Ben. Le point positif, c’est cette union qui s’est recréée. Ça nous a permis également de nous retrouver entre nous. Comme pour notre concept de stream, nous nous sommes tous réunis autour d’un seul et même projet. Au lieu, d’être chacun dans notre coin à attendre que la situation passe, nous sommes ensemble. Nous avons créé des liens qui vont perdurer même après le retour de la normale.

C’est un secteur qui a plus d’un tour dans son sac. De plus, il y a une unité qui s’est créée avec cette situation.

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Événement organisé au Buda BXL © Buda BXL

Pour vous, c’est quoi votre vision du club/de la fête postcovid ?

Philippe : Nous voulons créer une mixité de différentes disciplines dans les soirées qui seront organisées. Cela rassemble le public et construit des moments de rencontres très intéressants. Avec le Buda BXL, c’est notre philosophie depuis toujours. C’est ce qu’on va continuer à mettre en œuvre quand tout cela sera derrière nous.

Benjamin : Selon moi, la situation sanitaire actuelle va provoquer un retour au côté humain du clubbing. C’est à dire parler moins de business et plus de rencontres. Nous ne nous attendons pas à une réouverture permettant des rassemblements de 2000 personnes dans un club. Je pense qu’il va y avoir des protocoles assez stricts à suivre. À cause de cela, on se dirige clairement vers des événements plus petits avec une programmation locale. Pour Mentality, ça n’a jamais été le business le plus important mais bien le côté culturel et social.

Kevin : Le clubbing de demain sera pour nous positif. En Belgique, nous avons la chance d’être un pays très ouvert musicalement. Ça va être l’occasion de mettre la scène locale et les artistes qui ne sont pas en tête d’affiche en temps normal plus en avant. Nous n’allons peut-être pas retrouver le clubbing comme il était avant l’arrivée de ce virus dès la réouverture, mais je pense que ça va ne faire qu’évoluer de façon positive.

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Stream de ALEAS au Buda BXL © Buda BXL

Vous êtes-vous senti soutenu par l’État ?

Philippe : Oui clairement, le lieu est subventionné en grande partie par la commission communautaire flamande (VGC). Ils étaient à la recherche d’une salle de fête, facilement accessible, pour les jeunes. C’est comme ça qu’on a pu collaborer avec eux et que le Buda BXL a vu le jour. Nous avons également reçu des primes d’activités de la Flandre. Toutes ces aides nous permettent de tenir bon face au coronavirus. Dans le cas où la situation sanitaire n’évolue pas positivement, nous espérons toujours avoir leur aide pour continuer à organiser des activités culturelles comme ce stream. C’est nécessaire pour survivre.

Kevin : Nous avons la chance d’avoir été aidés par la Flandre où le budget alloué à la culture est plus élevé qu’ailleurs. Nous sommes aussi organisés en tant qu’ASBL bi communautaire, ce qui nous aide aussi. Ceci dit, on espère que cela ne va pas trop durer car les réserves financières ne sont pas sans fin. Je croise les doigts pour que cet été on puisse continuer à exister avec un minimum de présentiel. Cela nous permettra d’avoir un petit apport économique en plus.

Dernière question, vous avez un petit mot de fin positif pour votre public qui attend votre retour ?

Benjamin : Je pense que cet été nous nous dirigeons déjà vers des petits événements où on va pouvoir danser. C’est déjà un premier pas et ça va faire du bien. On garde espoir. Ça reviendra au meilleur moment. Il ne faut pas se précipiter mais on est bouillant !