Baw Baw Black Sheep : Rejjie Snow plus apaisé que jamais

Quelques semaines après être devenu papa d’une petite fille, Rejjie Snow met au monde une tout autre création : son deuxième album studio Baw Baw Black Sheep. Trois ans après Dear Annie, l’Irlandais reprend sa formule de beats légers et ensoleillés mais s’est affairé à cadrer la profusion d’émotions qui semblait lui torturer l’esprit.

On a tous connu un mouton noir, une personne dont on a eu du mal à comprendre le fonctionnement, qui semblait marginal par rapport à nous-même. Certains philosophes pourraient d’ailleurs s’employer à dire qu’on est tous le mouton noir de quelqu’un d’autre. Rejjie Snow, lui, s’est toujours considéré comme celui des autres. Sentiment forcément accentué par son trouble de l’attention et son hyperactivité. Ce qui l’a poussé à nommer son album Baw Baw Black Sheep. Mais s’il se sent marginal dans la vie, il l’est assurément moins dans sa musique. En effet, son flow rauque et grave posé sur des instrus planantes fait inévitablement écho à un certain Tyler, The Creator, parfois à l’excès. Cookie Chips aurait pu apparaître sur Flower Boy de l’américain qu’on y aurait vu que du feu.

Bye Bye Annie

Plus sérieusement, bien que Rejjie Snow reste sur cet album bloqué derrière cette influence d’Odd Future, le disque n’en reste pas moins très réussi. D’un calme assumé et agrémenté de mélodies estivales, on se sent bien en écoutant Baw Baw Black Sheep, mais surtout, on constate que Rejjie Snow a enterré ses démons, du moins une partie, avec cet album. Annie a été oubliée, Alexander Anyaegbunam a tracé sa route, choisissant un positivisme à la De La Soul ou A Tribe Called Quest.

J’ai abordé cet album avec légèreté au niveau de la réalisation d’un court-métrage à travers la musique. J’ai toujours aimé Charlie et la Chocolaterie. Je le regarde tout le temps. J’ai pensé “Baw Baw Black Sheep” comme une BO de ce film. J’ai vu le film en jouant mon album, et ils se synchronisent parfaitement. J’ai essayé de puiser dans tous ces sentiments. La musique est vraiment colorée, et les paroles sont souvent joyeuses, parce que c’était mon état d’esprit.

Cam O’Bi, producteur de rêve

Enregistré en seulement un mois à Los Angeles, où Rejjie s’est installé en 2019, l’album a été produit avec autant de légèreté qu’il en dégage. Celui qui a assuré la première partie de Madonna a réussi à se vider la tête complètement avant de se pencher sur le projet (aidé toutefois par quelques champignons, comme il le raconte).

Mais ce qui a bien servi l’album, c’est surtout l’étroite collaboration avec le producteur Cam O’Bi (Chance The Rapper, Mick Jenkins, J. Cole…), avec qui il travaille depuis 2015. L’Américain a marqué l’album au niveau des productions, mais également sur les refrains sur lesquels on peut entendre sa voix. Il a vraiment apporté cette dimension solaire à Baw Baw Black Sheep, nous entraînant sur un petit nuage dès la première écoute. La diversité sonore, allant du jazz rap d’Obrigado à la trap de Relax, porte cette nouvelle plaquette de l’Irlandais sur une autre dimension.

Des featurings plus que cohérents

Sur la page Wikipedia de Rejjie Snow, on peut apercevoir un seul artiste dans la catégorie “Influences” : MF Doom. Ce dernier représente tellement pour l’Irlandais qu’il s’est fait tatouer le casque de spartiate du regretté MC londonien sur le mollet. C’est donc une belle histoire de le voir en featuring sur Cookie Chips, sorti déjà l’année passée et comptabilisant tout de même 13 millions d’écoutes sur Spotify. Et plus qu’un featuring, c’est une transmission de témoin entre un vétéran qui nous a malheureusement quittés bien trop tôt et le natif de Dublin, qui vient tout juste de fêter ses 28 ans.

Parmi les autres invités de l’album, on retrouve notamment Snoh Aalegra, la Suédoise ayant émigré à Los Angeles, qui ajoute sa voix soul sur l’excellent Mirrors. Mais aussi une grosse collaboration avec le collectif grouptherapy, également issu de la cité des anges. Les quatre jeunes californiens (Jadagrace, KOI, TJW et RHEA) posent sur Relax et Disco Pantz, mais aussi par extension sur Star In The Making, même si on y entend seulement RHEA. Ce n’est d’ailleurs pas innocent d’appeler ce dernier morceau de la sorte, car les quatre sont assurément bien partis pour une fantastique carrière au vu de leur talent (le couplet de TJW sur Relax en dit long).

Avec Baw Baw Black Sheep, Rejjie Snow nous offre donc un album thérapeutique, pour lui comme pour ses auditeurs. Il sent bon l’été, le soleil et le bonheur, tout simplement.

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