Augustin Fievet : rencontre avec l’artiste qui fait danser les imaginations

Tensions électroniques et mélodies rassurantes au piano, c’est la spéciale touch d’Augustin Fievet. Il sortait en avril dernier son excellent premier EP intitulé "Lens Flare for the Dead Astronaut" et partage en exclusivité avec Jam. son premier clip éponyme. À cette occasion nous avons pu discuter quelques instants avec l’artiste namurois. Rencontre avec un futur poids lourd de la scène néo-classique à l’imagination débordante.

 

Salut Augustin, peux-tu présenter en quelques mots et nous expliquer un peu ton parcours ?

Alors, je suis Augustin Fievet et j’ai commencé la musique il y a bien quinze ans maintenant en jouant sur la guitare d’un pote. Il me l'a fait essayer et j’ai trouvé ça magique de pouvoir produire du son et d’organiser l’espace avec un instrument. Ça a été un coup de foudre. Après cela, j’ai bidouillé sur plein de logiciels et touché un peu à tout. J’ai démarré avec la basse que j’ai rapidement abandonnée. J’habitais dans un petit village et je n’avais personne pour jouer avec moi (rires). Le piano quant à lui est venu naturellement. J’écoutais beaucoup Superpoze à l’époque. Il avait sorti un album mélangeant musique électronique et piano et ça m’a fort marqué. À partir de ce moment précis, je n’ai rien lâché et j’ai joué du piano tous les jours pendant 6 ans. Voilà comment tout a débuté.


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Quels sont les artistes qui t’inspirent ?

Il y a beaucoup d’artistes classiques qui m’inspirent comme Chopin, De Bussy, Ravel, Schuman, Schubert… Leur musique m’apporte vraiment une quantité astronomique d’idées. Je mélange ces dernières avec des influences plus électroniques comme Superpoze que j’ai déjà cité. Il travaille énormément sur les textures et les espaces sonores, ce qui m’intéresse beaucoup. Je suis aussi très friand de classiques de l’ambient comme Tim Hecker ou William Basinski.

Comment tu es venu l’idée d’associer la musique classique à l’électronique ?

Ce qui m’intéresse dans la musique classique, c’est la profondeur du langage et de la grammaire. L’excellence que cela entraîne et j’adore la texture de la musique électronique. À l’époque, j’avais lu un article qui m’avait marqué. Ce dernier disait que la musique classique et électronique était incompatible. J’ai toujours trouvé que c’était faux. Théoriquement, tout est possible ! Il faut juste trouver la bonne recette. Je me suis dis que j'allais relever le défi et c’est ce qui m’a poussé à mélanger les deux styles.

Ce qui m’intéresse dans la musique classique, c’est la profondeur du langage et de la grammaire. L’excellence que cela entraîne.

Tu as sorti fin avril ton EP intitulé Lens Flare for the Dead Astronaut ? Peux-tu nous donner plus d’explications à propos de ce nom mystérieux et spatial ?

En fait, j’adore raconter des histoires. Ici, ça parle d’un astronaute qui part dans l’espace et tout au long de l'EP, un processus de réflexion aux dimensions philosophiques s’installe. Il finit par trouver la mort. C’est une espèce de voyage métaphysique sans aucune notion de bien et de mal. "Lens Flare", c’est ce qu’il se passe lorsque tu projettes de la lumière directement dans un objectif. Le tout appelle à un imaginaire fort cinématographique.

Tu me parles de cinéma, est-ce que la création de musique de films, c’est quelque chose vers quoi tu voudrais aller ?

Oui bien sûr ! J’ai fait des études de cinéma et c’est un univers qui m’a toujours attiré. Tu sais, cette forme d’art qui regroupe toutes les disciplines. J’ai toujours trouvé que la musique pouvait soulever un film. Je pense par exemple à Victoria dont Nils Frahm a fait la bande originale et qui amène le film à un autre niveau.


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Dans ton communiqué, il est dit que dans ta musique, les tensions vivent et meurent par elles-mêmes. Est-ce que la musique te sert de thérapie pour décharger les tensions enfermées en toi ?

Non pas du tout. Je compose vraiment instinctivement, je réfléchis le moins possible. J’y vais à fond. Dès qu’il y a un blocage, cela veut dire qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Il faut plutôt voir les tensions dont je parle comme des montagnes russes. Elles sont abruptes et ne se résolvent pas directement. Ce sont des montées et des descentes. On est plus dans un sentiment de réel où il est rare que les choses se passent d’un seul coup.

Je compose vraiment instinctivement, je réfléchis le moins possible.

Tu sors également bientôt le clip. Peux-tu nous en dire un peu plus sur celui-ci ? Comment tu l’as imaginé ? On passe de plans dans la nature à des plans plus sombres pour terminer à nouveau dans la nature. Quel est le message du clip ?

Ce n’est pas moi qui aie imaginé le clip mais j’ai travaillé avec une super équipe. Jérémy Adonis est le réalisateur, Thomas Wilski a fait les images en drone. Nathanaël Havez s’est chargé du montage et Mael Fertin Jung était responsable pour tout ce qui était électro. Le morceau est en fait divisé en deux grosses parties. L’une très électronique avec de la basse et des synthés, puis tous ces éléments retombent pour arriver à une partie plus douce au piano.

Du coup, comme le morceau est en deux temps, on voulait contraster deux univers très différents dans le clip. C’est pour cela que dans ce dernier il y a un côté très industriel et un autre côté plus axé vers la nature. Évidemment, le piano qui est un instrument plus classique fait référence à la nature et le côté électronique est relié à cette ambiance un peu boîte de nuit et sombre. Il n’y a pas de message dans le clip. Je ne suis pas quelqu’un qui cherche du sens à tout prix. Je fais une musique qui fait danser l’esprit et fait travailler l’imagination. Je ne veux pas mettre des mots sur des sentiments mais transmettre des émotions.

Je fais une musique qui fait danser l’esprit et fait travailler l’imagination.

Une dernière question pour la route, quelles sont tes prochaines actualités ?

Je travaille en secret sur de nouveaux morceaux dans un style un peu plus étoffé, un peu moins ambient. Des tracks un peu plus porteurs de sens au premier degré mais je ne peux pas en dévoiler trop. Je ne me force jamais et je ne sors pas des morceaux rapidement. Pour moi, c’est un processus de création qui mérite réflexion et beaucoup de recherche. Donc, je prends mon temps.

Au niveau des concerts, je suis toujours en stand-by même si j’espère bientôt pouvoir retrouver le public. Ma prochaine actualité importante est que nous allons sortir une version K7 de l’EP. Ce sera une édition ultra limitée. Je trouve que ce format permet une relecture de Lens Flare for the Dead Astronaut. Dans le sens, où les gens peuvent avoir une interaction avec l’objet. Ce dernier amène plus de bruit et on peut, par exemple, le jouer à une vitesse plus lente.

 

 

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