Asa Moto : “Notre musique actuelle convient moins aux dancefloors”

Après une dizaine d’années d’activité, quelques plaquettes sorties sur le label Deewee ainsi qu’un nombre très considérable de soirées en Belgique et ailleurs, le duo gantois s’apprête à sortir un nouvel EP, avant de passer le cap de l’album l’année prochaine. On a tapé la discute avec Olivier Geens et Gilles Noé.

Si vous êtes habitué·e des pistes de danse nationales (ou internationales), le nom d’Asa Moto doit certainement vous être familier. Constitué de l’Anversois Olivier Geens (également la moitié du duo Future Sound Of Antwerp) et du Gantois Gilles Noé, le groupe fête maintenant une bonne dizaine d’années d’activité à son compteur. “On s’est rencontrés il y a dix ans. Je jouais avec Mozes (Mosuse) à Gand et on connaissait déjà Gilles et son frère parce qu’on était amis sur Facebook. Il est venu nous parler et on a commencé à se fréquenter. J’ai commencé à venir à Gand régulièrement pour faire de la musique et à chaque fois, je prenais une machine de mon studio. À un moment, tout mon studio était dans son grenier, à Gand, donc je me suis dit que j’allais déménager”, raconte Olivier.

C’est ainsi qu’a commencé l’aventure Asa Moto. Même si à cette époque-là, le groupe ne se nommait pas encore de la sorte. “Asa Moto, ça vient d’un morceau que l’on a composé, Moto Asa Moto”, explique Gilles. "Ça vient du congolais, ça veut dire ‘un humain reste un humain’. Ça a une très mauvaise connotation puisque ça vient de la colonisation du Congo. On a essayé de le tourner de façon positive en enlevant le premier Moto”, enchaîne son homologue. Rien à voir donc avec une petite croyance populaire qui voudrait que le nom ait des origines japonaises. “En japonais, Moto Asa Moto signifie ‘plan de cannabis mâle’. Donc c’est aussi assez vulgaire (rires)”, rajoute Gilles.

Des influences multiples

Après s’être cherchés musicalement durant un moment, les deux Gantois ont finalement trouvé leur patte, aidés sans aucun doute par leur entrée au sein de Deewee. Leur musique est électronique, parfois avec un beat, parfois pas, mais elle est toujours mêlée à leur nuage d’influences toutes plus diverses les unes des autres. “On a d’abord commencé à produire autour de notre amour pour la musique africaine. On l’entend beaucoup dans notre musique, elle est très influencée par le groove et les instruments africains”, indique Gilles. “On est aussi fort influencés par ce qui vient du Compass Point, notamment Grace Jones. Mais aussi évidemment toute la scène kraut rock des 70’s. Ou encore la house des années 80 ou même le jazz, la musique brésilienne… On essaye de tout incorporer”, précise Olivier.

Évidemment, avec l’âge et les contextes, les goûts changent, évoluent. Actuellement, le changement est surtout engendré par le contexte et le manque de soirées qui les a poussés à réfléchir leur musique différemment. “Maintenant, on fait de la musique, mais on ne peut pas la tester le week-end, on n’a plus de vraie raison de produire. Enfin, il y a une raison, mais on n’a pas de feedbacks”, déplore Gilles avant d’être repris par Olivier : “Et ça a engendré notre nouvelle musique, moins club, car on est restés à la maison pendant un an et demi. Nos nouveaux morceaux sont donc moins orientés ‘dancefloors’, car on n’a plus foulé de dancefloors depuis tout ce temps”.

Deewee, dans leurs têtes depuis le début

Quand on a commencé à faire de la musique, l’idée dans le fond de notre tête a toujours été de la sortir sur Deewee. Mais à ce moment-là, Deewee n’existait pas encore. Quand tout a été construit, notre rêve s’est accompli” se ravit Gilles. Les deux producteurs peuvent aujourd’hui se targuer de travailler avec probablement deux des plus grands noms de la musique électronique belge que sont Stephen et David Dewaele. Si Olivier les a rencontrés via Mozes Mosuse (Movulango, son compatriote de Future Sound Of Antwerp), Gilles les connaît quant à lui depuis toujours. "Ils venaient souvent au restaurant de ma famille. J’y travaillais et c’est comme ça que j’ai appris à les connaître. Je les ai connus toute ma vie.”

Leur entrée dans le label Deewee était forcément facilitée, mais rien ne laissait présager qu’elle se déroulerait aussi rapidement. “On a créé des morceaux et on a envoyé un SMS à Stephen et David en se disant qu’ils seront peut-être intéressés”, se souvient Olivier, ” Ils nous ont directement dit de venir le soir même. On y est allés, on leur a montré 10 démos. Ils ont dit : ‘On va prendre les deux dernières et on veut que vous les finissiez pour le mois prochain’. Ça a été très rapide.

Il y a toujours quelque chose qui s’y passe, c’est toujours inspirant.

Prolifique dans la maison Deewee depuis fin 2015 et leur EP Stay Awake, le duo bénit le studio construit par la fratrie de Soulwax. “L’endroit est un peu comme la combinaison de tous les artistes. Ça donne beaucoup d’énergie et d’idées”, se réjouit Gilles, rejoint dans ses propos par Olivier : “Il y a toujours quelque chose qui s’y passe, c’est toujours inspirant.

Même si cet été ne sera pas majeur en termes de lives ou de dj sets, les Gantois ouvriront notre appétit avec leur prochain EP, terminé depuis 2019 et prévu pour juillet. Pour le plat de résistance, il faudra attendre début 2022, moment où ils sortiront leur premier album. Si ce dernier les a tenus occupés depuis maintenant un an et demi, ils ont tout de même pris le temps de produire d’autres plaquettes sur le côté, comme notamment le dernier album d’Altin Gün, Yol. “On essaye vraiment de se tenir occupés tant qu’il n’y a pas de soirées”, conclut Olivier.

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