Arlo Parks: La voix d’une génération, le son d’une époque

Nouveau visage de la pop anglaise, ambassadrice d’une génération désabusée – et désormais confinée –, Arlo Parks consigne néo-soul, folk, trip-hop et R&B sur un premier album remarquable. Entre questions existentielles et futur sans réponse, la chanteuse laisse parler son cœur. C’est doux et un peu effrayant, très juste et vraiment touchant.

Il y a deux ans, quand elle étudiait la biologie, l’histoire et la littérature dans un lycée de la banlieue londonienne, Anaïs Oluwatoyin Estelle Marinho se projetait dans l’avenir avec la boule au ventre. À 18 ans, elle planquait alors son anxiété dans les chansons folk-soul d’Arlo Parks, un blase classieux et militant sous lequel elle glissait ses interrogations sentimentales et existentielles. En 2021, elle est devenue la chanteuse préférée de Michelle Obama et Billie Eilish. Au-delà de ces personnalités, c’est le monde entier qui semble aujourd’hui succomber aux mélodies vaporeuses de "Collapsed In Sunbeams", un premier album enregistré entre Brexit et confinement, rêve éveillé et réalité cauchemardesque.

No Future ?

D’apparence innocentes, voire inoffensives, les chansons d’Arlo Parks attrapent pourtant le présent par la peau du cou. Toutes les questions de sa génération sont ici rassemblées sous une poésie urbaine et détachée, une musique baignée de soul, de folk et de réminiscences trip-hop. Les refrains de son premier album sonnent comme des câlins, les couplets comme autant de caresses. Mais si les douze morceaux enregistrés par Arlo Parks se veulent rassurants, le message sous-jacent, lui, est plutôt violent, lucide et terriblement évident : le monde d’avant s’écroule, les crises s’enchaînent, les perspectives s’assombrissent et personne ne semble prendre en compte le futur d’une population que l’on dit déjà sacrifiée... Du haut de ses 20 ans, Arlo Parks incarne à sa façon le No Future scandé, en d’autres temps, dans les rangs d’un mouvement punk bien plus frondeur et scandaleux. La proposition de la jeune anglaise se veut plus radiophonique, plus pop et passe-partout. Idéal pour s’inviter au dîner, dans la voiture ou le salon, au petit-déjeuner ou à l’heure du thé.

Un trait d’union

Entre instants volés dans les pages de son journal intime et scènes du quotidien arrachées dans les rues de la capitale anglaise, cette londonienne d’ascendance nigériane, tchadienne et française diffuse un message universel. C’est là sa force, son ADN. Inspirées par les poésies d’Allen Ginsberg et celles de Jim Morrison, influencées par des livres signés Sylvia Plath ou Haruki Murakami, les chansons d’Arlo Parks tirent des traits d’union entre Jorja Smith et Sufjan Stevens, entre King Krule et Kendrick Lamar, Lily Allen et Kate Tempest. Des noms que tout semble opposer sur le papier mais qui, le temps d’un disque, trouvent un consensus. Une voix à suivre.

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