Anderson .Paak, itinéraire d'un talent brut

Repéré par Dr Dre, l'artiste issu de la scène jazz a collaboré avec la crème de la crème du hip-hop américain et compte déjà quatre albums à son actif. De sans domicile fixe à la tête des charts, retour sur un parcours hors du commun.

De l'aplomb, du groove à revendre et un large sourire à faire pâlir d'envie les publicitaires de Colgate. Anderson .Paak – déjà quatre albums à son actif (cinq si on compte le collaboratif Yes Lawd!) - est un artiste emblématique de sa génération. Il multiplie les talents et les projets, insatiable face à un succès qui l'a (très) longtemps boudé. Ce natif d'Oxnard en Californie a enchaîné les coups durs avant d'être repéré en 2015 par le saint-patron de la West Coast, Dr Dre, pour l'album " Compton ", où il figure sur six morceaux.

Jusque-là, son job le plus lucratif avait été dans une ferme qui faisait pousser de la marijuana, de laquelle il se fait virer du jour au lendemain. Brandon Paak Anderson de son vrai nom se retrouve du jour au lendemain à la rue, avec sa femme et son fils. Quand il choisit de le mettre en avant sur la B.O. du film " Compton ", le producteur californien le sauve littéralement, en révélant son talent à la face du monde et en accélérant son ascension. À l'époque, l'artiste a 28 ans et triture déjà le funk en y ajoutant des nuances de hip-hop, des basses rebondissantes et des boucles vaporeuses pour produire le son caractéristique qu'il développe aujourd'hui. Seule ombre au tableau, le pseudonyme qu'il s'est choisi : Breezy Lovejoy. Un titre pour le moins ridicule qu'il laisse heureusement tomber à la sortie de " Venice ", son tout premier album.

Ses trois projets suivants portent également le nom d'une plage de la West Coast : Malibu, Oxnard et Ventura. Une jolie cartographie des côtes qui l'ont vu grandir, où s'enchaînent des thématiques parfois très engagées, comme sur le morceau King James où il aborde le mouvement Black Lives Matter, ou encore sur le très réussi The Bird, et plus légères à l'image de Luh You. Un répertoire qui lui aura permis de remporter un Grammy, où se multiplient des collaborations aussi éclectiques que jouissives. Schoolboy Q, Brandy, Kendrick Lamar, Pusha T, Snoop Dogg, Bj The Chicago Kid, Andre 3000, Smokey Robinson, The Game,... Sans compter ses apparitions sur les morceaux d'autres artistes, comme le très remarqué Dang ! de Mac Miller ou encore Bubblin' de Busta Rhymes. Un sacré répertoire.

Mais c'est en live que le talent du chanteur prend toute son ampleur. Aussi doué derrière une batterie qu'un micro à la main, comme il l'a prouvé à deux reprises à l'Ancienne Belgique, Anderson .Paak illumine les foules grâce à une joie de vivre communicative, un regard malicieux et un sens du rythme à toute épreuve. En appuyant sur le bouton de l'optimisme (et parfois de la nostalgie), l'artiste de 33 ans s'est donné pour mission d'apporter un peu d'allégresse dans ce bas monde. Et jusqu'ici, Cheeky Andy a réussi.