Amapiano : Des townships sud-africains à Spotify

Bien que ce genre musical existe depuis le début des années 2010, l’amapiano s’invite de plus en plus dans nos playlists et nos soirées. Encore inconnu pour beaucoup, le genre a pourtant rencontré une audience croissante en dehors du continent africain en 2020.

L’amapiano est un style musical originaire des townships d’Afrique du Sud. Souvent agrémenté d’accords de piano, l’amapiano propose un univers musical afrohouse teinté de kwaito, de deep house, de jazz et de soul. Ce courant musical signifie en langue zoulou " les pianos ". Le genre est notamment reconnaissable à ses synthés aigus, ses lignes de basse, ses percussions appelées log drum, son tempo lent et les coups de sifflet qui apparaissent sur certains morceaux. Ces productions musicales sont portées par des voix féminines ou masculines qui rappent, scandent, ou chantent.

Alors que certains apparentent l’amapiano à une phase musicale temporaire, il s’est avéré être un genre musical à part entière, avec sa propre histoire et ses propres codes culturels. Cet univers musical s’est développé principalement dans un microcosme underground. Pour écouter de l’amapiano à ses débuts, il ne fallait pas compter sur les radios dominant le paysage médiatique sud-africain. Méprisés par les radios et médias mainstream, les producteurs d’amapiano misaient plutôt sur les soirées dans les townships, les clubs, et les taxis pour atteindre et titiller l’oreille de l’auditeur.

Parce que l’amapiano est à l’image des townships qui l’ont vu naître, parce qu’il parle du peuple et qu’il est fait par le peuple, le concept rencontre un succès instantané en Afrique du Sud. Les labels vont alors surfer sur cette vague s’arrachant les artistes du genre. Très vite, les artistes vont réaliser que leur manière de concevoir la musique n’est pas compatible d’un point de vue financier avec celle des majors. Ils ne s’y retrouvent pas.

Ce constat va faire naître chez ces derniers la volonté de diffuser leur musique par leurs propres moyens. Les producteurs passent de plus en plus par leurs réseaux sociaux pour diffuser leur musique à un plus large public. DJ Da Kruk, originaire de Johannesburg, lance une émission hebdomadaire dédiant une heure aux nouveaux morceaux du genre. Longtemps snobé par les radios, c’est la première fois que de l’amapiano est joué sur les ondes nationales. Quelques mois plus tard, Da Kruk crée une émission au Royaume-Uni sur la même thématique.

Depuis la programmation majoritairement amapiano du festival Afropunk de Johannesburg en 2019, les productions du genre se sont imposées commercialement. C’est la même année que les amateurs d’afrohouse de cette partie du globe ont, pour la plupart, découvert ce son particulier originaire des townships d’Afrique du Sud. Les playlists Spotify dédiées au style voient leur nombre d’auditeurs exploser. 2019 est également une année charnière pour ce courant musical puisqu’elle marque les prémisses d’une crise sanitaire mondiale et sociale ainsi qu’une nouvelle manière de consommer les œuvres musicales.

Plusieurs facteurs liés à l’essence et à l’ADN même de l’amapiano expliquent également ce succès. La remise en question de l’industrie musicale que le genre a opérée a permis de faire de l’amapiano une porte de sortie pour une jeunesse désœuvrée.

La force de l’amapiano réside dans le fait que sa musique va faire émerger d’autres espaces de création et d’inspiration. La rupture avec l’industrie musicale va permettre à de nouveaux modes de distribution sud-africains de voir le jour. En plus des soirées et des festivals, Whats App, TikTok, Fakaza et DataFileHost sont devenus les principaux canaux de diffusion du style musical.

L’amapiano étant la bande-son de la vie nocturne des fêtards sud-africains, une culture de danses propres à ce courant se développe. Des nouveaux styles de danses vont voir le jour. Pour les diffuser à une plus large audience, des tutoriels de danse et des clips musicaux chorégraphiés vont être propagés sur les plateformes d’hébergement vidéos. De plus en plus de vidéos de ces soirées déferlent sur le net et deviennent virales. On y voit plusieurs nouveaux pas de danse et autres jeux de jambes et/ou mouvements de mains.

Cette pandémie a su être bénéfique pour l’amapiano. Les streams ont continué de s’accroître en Afrique du Sud et ailleurs. Le monde tend de plus en plus l’oreille. Peu à peu, d’autres pays du continent vont s’accaparer ce son futuriste. C’est ainsi que des collaborations entre de gros producteurs d’afrobeat et d’amapiano vont voir le jour et atteignent rapidement une notoriété internationale.

De plus en plus d’artistes occidentaux proposent une atmosphère amapiano sur leurs titres. Aujourd’hui, le genre est de plus en plus imité et utilisé sans l’intervention de producteurs de Soweto et d’Alexandra. Il s’agit là d’un pari risqué puisque sans la touche sud-africaine propre à ce style, cet amapiano perd toute sa flamboyance.

Pourtant, les chanteurs et producteurs originels d’amapiano ne manquent pas. Parmi les pionniers, qui se disputent la paternité du genre, on peut citer : les collectifs de DJ JazziDisciples, MFR Souls, et les DJ Maphorisa et Kabza de Small. Les noms de chanteuses et chanteurs comme Sha Sha, Cassper Nyovest et Samthing Soweto sont aussi à retenir et à suivre.

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