Cancer du sein : la moitié des dépistages repoussés à cause du confinement

Cancer du sein : la moitié des dépistages repoussés à cause du confinement
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Cancer du sein : la moitié des dépistages repoussés à cause du confinement - © Tous droits réservés

Chaque année en octobre, la campagne de lutte contre le cancer du sein organisée par l'association " Ruban Rose " est l’occasion de mettre en lumière les femmes qui combattent cette maladie et de rappeler à toutes la nécessité de se faire dépister régulièrement en vue de prévenir cette affection qui touche encore une femme sur 9 avant l’âge de 75 ans. Or, cette année les professionnels de la santé sont particulièrement inquiets face aux chiffres du dépistage : en avril 2020 ceux-ci étaient en baisse de 48% par rapport à l’année précédente ! Une baisse drastique, due aux restrictions durant le confinement et à la peur du COVID.

Quand on me l’a annoncé, ça a été très dur. Ça a été un choc, j’ai commencé à pleurer " nous confie sans ambages Martine, 37 ans et hospitalisée à l’hôpital de Tivoli, dans le Hainaut, pour sa deuxième séance de chimiothérapie destinée à vaincre le cancer du sein qui la ronge de l’intérieur. " J’en avais parlé avec ma gynéco mais comme c’était le confinement mes rendez-vous avaient été annulés. Je pensais au début que c’était un kyste banal ou un truc dans le genre " continue la jeune femme. Finalement diagnostiquée en juillet, elle commence alors sa première chimiothérapie. Aujourd’hui, elle dit garder le moral grâce son compagnon et sa famille et espère être opérée " fin décembre - début janvier ". " Mais il n’y aurait pas eu toute cette histoire, je serais allée faire mes examens avant et on aurait pu le déceler plus tôt " regrette-t-elle tout de même.

L'impact du Covid-19

Le parcours de Martine illustre les difficultés auxquelles se sont heurtées de nombreuses femmes durant les semaines de confinement. Et pour les médecins, les conséquences de cette période se font encore sentir dans leur travail quotidien : " En fait, on est encore en train de rattraper les rendez-vous des mois de mars et d’avril qui ont été reportés. Et ces femmes s’ajoutent forcément à celles qui doivent faire leur contrôle maintenant donc six mois après nous avons encore du mal à résorber ce retard " reconnait le docteur Sophie Vandewalle, radiologue au CHU Tivoli. Cependant, ces retards limités ne sont pas ce qui inquiète le plus cette professionnelle de l’imagerie médicale : " Un retard d’un ou deux mois n’est pas très grave en soi. Ce qu’il se passe, c’est qu’il y a des gens qui ne sont pas venus en mars et qui ne vont pas venir avant le mois de mars de l’année prochaine. Elles vont se dire : tant pis pour cette année, je saute un an et je le fais après. Et ça c’est plus problématique ".

Un phénomène que confirment les chiffres de la fondation contre le cancer en matière de dépistage du cancer du sein : entre avril 2019 et avril de cette année, il y a eu 48% de contrôles en moins. Un chiffre qui monte même à 51% pour la tranche des 50-69 ans, pourtant la plus à risque. Ce nombre important de femmes qui ont renoncé à se faire ausculter cette année s’expliquerait aussi par la peur de certaines d’entre elles, et notamment des plus âgées, de contracter le coronavirus en milieu hospitalier. Des inquiétudes que comprend le docteur Véronique De Vos, radiothérapeute à la clinique du sein au CHU Tivoli, mais qui ne se justifient pas dans la pratique selon elle : " il faut remotiver les gens à revenir faire leur mammographie, à revenir faire leurs examens. Ils se disent : "je ne vais pas y aller parce que je préfère espérer que ça passe plutôt que de risquer d’attraper le COVID". Mais non, il faut revenir. Tout est fait pour que les patients soient pris en charge de manière sûre donc il ne faut vraiment pas hésiter à venir " insiste-t-elle.

En Europe, la Belgique est le pays proportionnellement le plus affecté par le cancer du sein. Chaque année, on y dénombre environ 9000 nouveaux cas, dont les trois-quarts surviennent après l’âge de 50 ans. La mortalité est malgré tout en baisse et 76 % des femmes guérissent de nos jours du cancer du sein. Des résultats encourageants rendus possibles par le dépistage massif des dernières années et la prise en charge précoce des patientes qu’il permet.

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