Naturopathie : médecine douce ou escroquerie ? 

Les naturopathes ont le vent en poupe. Appelés aussi coach en hygiène de vie ou coach bien-être, ils seraient environ des milliers en France, une petite centaine en Belgique. Cet engouement, côté client comme côté professionnel, reflète notre époque. Tous ceux qui s’engagent dans cette discipline ont envie d’être bien et de faire du bien. Nous avons eu envie de mieux comprendre cette pratique qui n'est pas reconnue en Belgique. Nous sommes rendus chez trois naturopathes, qui avaient trois formations différentes. Nous l'avons fait en caméra cachée afin que leurs conseils et leurs attitudes soient "naturels". 

Officiellement reconnue en Suisse, en Allemagne en Autriche et dans certains pays nordiques, la profession de naturopathe n’est reconnue ni en France ni en Belgique malgré de nombreuses demandes d’agréments de la part de l'Union des naturopathes de Belgique. Les techniques utilisées par les naturopathes sont issues de différents courants et n'ont pour la plupart, pas été scientifiquement validées. La pratique n'est encadrée chez nous par aucune autorité, et n'importe qui peut se proclamer "naturopathe" du jour au lendemain sans aucune formation. La Ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, refuse toujours la reconnaissance des naturopathes.

Les scandales médicaux, la défiance envers certains médicaments, la malbouffe, mais aussi l’intérêt croissant du grand public pour les produits naturels profitent à ces conseillers santé. Mais qu’est-ce, au juste, que la naturopathie? "Un ensemble de méthodes de soins visant à renforcer les défenses de l’organisme par des moyens considérés comme naturels et biologiques", définit l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui la classe parmi les médecines traditionnelles mondiales. Mais plus concrètement?  

Sans a priori, nous nous sommes demandés comment se déroulait une séance chez un naturopathe. Nous avons choisi trois praticiens qui ont trois formations différentes. Systématiquement, j'ai expliqué mon mal être: "Habituellement en bonne santé, voici environ une semaine que j'ai des douleurs au niveau du coude droit et de façon inconstante et moins intense aussi à gauche. Je rénove un appartement en ce moment. Mais de temps en temps, j'ai aussi mal au talon d'Achille. J'ai deux kystes aux reins et pour les soigner, je prends un antibiotique mais j'hésite: vais-je continuer à prendre ce médicament?". 

Lors de ma première consultation avec une conseillère en hygiène vitale, celle-ci me dit tout de suite de recontacter mon médecin et de regarder la notice de la boite des antibiotiques qu'elle ne connait pas bien: "C'est votre médecin qui doit le dire. Je ne peux pas conseiller un arrêt de médicament car c'est vraiment du ressort du médecin." Heureusement car il est vrai que si je continue ces antibiotiques, je pourrai perdre mon tendon droit. Ensuite, elle me propose un bilan médical afin de voir: "s'il y a un terrain avec une tendance à avoir parfois une acidose tissulaire qui pourrait alors, solliciter tout ce qui est tissus conjonctifs."   

Notre iris explique notre santé? 

Son bilan médical va durer deux heures et coûtera 50 euros. Elle me proposera une deuxième séance aussi à 50 euros. Ensuite, ce sera à moi de décider si j'ai envie de continuer ou pas. Elle fait le tour de mon alimentation, de mes soucis de santé et de ceux de ma famille. Elle analyse ma morphologie générale, mes mains, mes ongles. Elle va aussi longuement analyser mes yeux, cela s'appelle l'iridologie: "Et donc nous, on regarde au niveau de l'iris: Tiens est-ce qu'il y a des signes majeurs? La collerette représente le système nerveux. Ici, on voit que ce n'est pas régulier non plus. Est-ce que parfois au niveau du système nerveux, vous avez des hauts et des bas? Ici, au niveau de tout ce qui est péritoine, paroi abdominale, bassin? Mais parfois, il n'y a rien car on hérite cela de nos ancêtres. C'est comme des autres paramètres physiques. Il ne faut pas se prendre la tête." 
 
Nous avons demandé à Guy Beuken, Professeur de médecine générale à l'UCL de nous dire ce qu'il pense des conseils de cette première thérapeute: "L'iridologie ne repose absolument pas sur des bases scientifiques médicales et donc, pour un médecin, c'est déconcertant qu'elle parte dans un délire à propos de votre santé. C'est même très inquiétant, je trouve. Son message est assez creux et cette thérapeute ne se prononce pas vraiment".

Spectrophotométrie? Mieux qu'une prise de sang? 

Notre deuxième naturopathe a une autre vision de l'origine des douleurs: "L'inflammation des tendons vient parce que vous êtes fragile de ce côté-là et que peut-être dans votre alimentation, il y a quelque chose à corriger. Voilà, c'est ma vision des choses. Tout, quasi tout, vient de l'alimentation." Elle propose ensuite de faire une "spectrophotométrie"Elle scanne avec cet appareil la peau de mes mains. Et en quelques minutes, un bilan des minéraux et des métaux lourds contenus dans mon corps est établi. Elle y décèle des excès et des carences: "Ici, elles sont légères. Effectivement, c'est une carence et un excès de magnésium. Vous avez aussi des excès de métaux lourds, cela bloque aussi l'assimilation des minéraux. Et donc des déséquilibres acido-basique." 

Pour soigner mes maux, ici, on me propose un programme où je testerai à un peu de tout et qui va durer huit séances. Son coût: 1 000 euros, mais cette dame me fera une ristourne, cela me coûtera 947 euros à payer en une fois pour être certaine du suivi. En sortant de son cabinet après m'avoir fait un massage DIP pour débloquer mes énergies et qui s'apparente à de l'acupuncture chinoise mais sans aiguille et qui ne me fera aucun effet, j'apprends que j'ai peut-être un problème à la thyroïde... Bref, j'ai plus de souci à me faire au niveau de ma santé en sortant de ce cabinet qu'avant d'y entrer. 
 
Que pense Guy Beukenle professeur de médecine générale à l'UCL de cette technique de spectrophotométrie? "Cela n'a aucun sens. Il est évident que si cela avait du sens, on ferait comme cela, on ne ferait pas de prises de sang aux gens. Cela irait beaucoup plus vite et cela coûterait moins cher d'utiliser cette technique-. C'est tout à fait insensé. Son vocabulaire est pseudo-scientifique et réducteur." 


Les causes des maladies? 

Notre troisième naturopathe ne nous parlera pas de nutrition car il préfère nous vendre son livre à 22 euros mais il aborde très vite sa méthode de guérison qui se base aussi sur un livre intitulé "les causes probables des maladies". Ici une séance coûte 60 euros pour une heure. Il ouvre le livre et nous trouve très vite une cause à nos maux tout en n'étant pas vraiment certain: "Les reins, ils ne le disent pas ici dedans, mais le rein, c'est l'organe de la peur ou de la colère… Cela, il faudrait que je vérifie. Mais donc ce sont des émotions, quoi qu'il en soit, ce sont des émotions du passé qui n'ont pas exprimées, qui n'ont pas été écoutées. Est-ce qu'il y a des attentes pas comblées vis-à-vis de… De la peine, du chagrin accumulés depuis longtemps? L'argent empoisonne ta vie?". Un interrogatoire sur mon passé, mon présent, mes proches, ma situation financière et conjugale. Dès que je lui parle de mes douleurs aux coudes, il esquive: "cela ne me parle pas mais je veux bien regarder. Parce que dans mon métier, l'intuition est essentielle évidemment."

Déprogrammation

"Une des pistes serait de travailler le divorce, le pourquoi. C'est aussi une manière de faire en sorte que cela n'arrive plus, hein, c'est comme un cancer, c'est la même chose. Tu peux remercier aussi. Merci à ton corps de te faire mal au bras puisque sans cela tu ne serais pas ici. Quand on aura touché la cause de la cause, on va la déprogrammer." Et lorsque je demande une explication précise sur le comment on déprogramme, la réponse est évasive: "C'est l'énergie qui vient déprogrammer cela. C'est un peu comme tu travailles par intuition et ressenti et j'ajoute mon intuition à la tienne. Et déprogrammer, cela prend entre une séance et 1 520. C'est rarement plus long? Ce n'est pas comme un psychothérapeute qui te tient pendant vingt ans...".
 
Guy Beuken, Professeur médecine générale à l'UCL est outré: "Ce n'est absolument pas du tout le cas. La majorité des psychothérapeutes, c'est bien moins que quinze - vingt séances. Donc pour moi, c'est scandaleux d'avancer des choses pareilles. Ce thérapeute fait une introspection sauvage et ne semble pas se soucier des dégâts psychologiques qu'il pourrait causer. Il culpabilise, il déstabilise. C'est vraiment inquiétant, des gens qui se disent thérapeutes et qui fonctionnent comme cela".

 
Plus de soucis de santé après qu'avant... 

Trois naturopathes, trois approches différentes, des prix très variables... Mais surtout, des conclusions divergentes quant à l'origine de mes douleurs qui sont toujours présentes et je vous avoue qu'en sortant de ces trois cabinets, j'avais plus de quoi m'inquiéter après, qu'avant ma visite chez eux 

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