Pourquoi Zipcar quitte-t-il Bruxelles?

Les voitures marquée d'un Z vont disparaître à partir de février, Zipcar quitte Bruxelles
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Les voitures marquée d'un Z vont disparaître à partir de février, Zipcar quitte Bruxelles - © THIERRY ROGE - BELGA

Les voitures partagées Zipcar quittent Bruxelles le mois prochain et laissent derrière elles un goût d’inachevé. Mais quelles sont les raisons de cet échec ? Et qu'en est-il de la voiture partagée ?

Dans un mail envoyé à ses utilisateurs français, espagnols et belges, le service de voiture partagée Zipcar a averti mardi après-midi ses membres de la fin de ses activités. Le service en "free-floating", qui permettait de déverrouiller une voiture via son smartphone et de la déposer n’importe où dans une zone géographique, quitte trois grosses villes européennes: Bruxelles, Paris et Barcelone.

Dans un communiqué, Zipcar explique avoir pris cette décision "suite à une analyse régulière des opérations par la société mère". Mais sur Twitter, l’un des usagers a reçu quelques éléments de réponse de la part du service client : "Le démarrage du covoiturage dans certaines villes à un niveau industriel s’est avéré difficile (…) Comme pour tous les produits, le démarrage et la prestation du service peuvent varier entre les marchés".

Une question de marché donc ? Dans la suite de ce mail, on apprend que Zipcar continue de se développer au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et que la marque est toujours présente dans près de 500 villes.

Une belle croissance en 2018…

Et pourtant, rien ne prédestinait ce service à disparaître de la capitale. Les derniers chiffres parut au début du mois montraient même une belle croissance dans l’utilisation des 250 véhicules à Bruxelles. Dans son bilan 2018, Zipcar expliquait par exemple que le nombre de trajets avait augmenté de 75% par rapport à 2017 mais aussi que la base de clients avait doublé en 2018.

…Mais une activité peu rentable

Le vrai problème, c’est la rentabilité. Et il semble bien que pour les trois villes concernées, le service n’est jamais parvenu à rembourser les investissements consentis au départ pour mettre en place la flotte de véhicule mais aussi pour la maintenance de ceux-ci. Pour Quentin Lestavel, directeur de Drivy, un service de voitures partagées de particulier à particulier, c’est principalement le fait d’avoir dû investir dans une flotte de véhicule qui a posé problème à Zipcar. "Posséder sa propre flotte crée une tension sur le modèle économique, puisque s’ils ne remplissent pas ces voitures suffisamment, ces voitures font perdre de l’argent".

Un groupe ABG en perte de vitesse

Mais d’autres éléments expliquent également cette décision soudaine. Si l’on regarde encore un peu plus haut, l’action d’Avis Budget group - qui détient Zipcar - au NASDAQ, l’une des grandes bourses américaines, a perdu près de 40% de sa valeur en à peine six mois, de 40 à 25 dollars le titre environ. La chute de ce géant de la location de véhicule en bourse explique aussi que l’acteur quitte un marché belge qui n’a jamais porté ses fruits.

La demande pour des voitures partagées toujours plus forte

L’échec de Zipcar à Bruxelles n’est donc pas à mettre sur le compte d’une baisse de la demande de voitures partagées. Les autres acteurs de ce marché en témoignent d’ailleurs : le nombre de leurs utilisateurs ne cesse de croître. Sandrine Vokaer, chargée de projet chez Taxistop s’occupe du service Cozycar - qui fait le lien entre des particuliers et leur propose une assurance partagée. Elle explique : "On voit ces dernières années qu’il y a une recrudescence du nombre de personne qui s’inscrit (…) donc on voit que les gens ont un intérêt à ne plus posséder un véhicule mais avoir tout les avantages d’un véhicule, sans tous les inconvénients". Pour Quentin Lestavel de Drivy, "il y a une demande très forte dans les grandes villes ou les enjeux de congestion et de pollution sont très importants". Selon le directeur de ce service installé depuis plus de deux ans à Bruxelles, une voiture coûte près de 6000 euros par an en moyenne et reste immobile près de 95% du temps. Et ce paradoxe est bien présent dans l’esprit des citoyens.

"Round trip" plutôt que "free-floating" pour la voiture partagée

Du côté de Cambio, un autre service de voiture partagée, on tient à distinguer deux marché très différents au sein de l’"auto-partage" : "Il y a ce qu’on appelle le free-floating qui privilégie les trajets très courts en centre ville, là il n’y a pas vraiment encore de ‘business model’ viable au niveau mondial (…) et puis il y a les solutions ‘round-trip’, la voiture des voisins disponible dans le quartier". D’un côté, de courtes distances à l’intérieur de la ville, et de l’autre, des déplacements en dehors de la ville, sur des durées plus longues. Quentin Lestavel donne un élément de réponse à cette tendance aux trajets plus longs : "pour aller d’un point A à un point B en ville, le transport en commun et les solutions de mobilité douce sont plus efficaces que la voiture". Un modèle "free-floating" qui fonctionne donc mieux pour la mobilité douce, en ville.

Cambio, Drivy, Cozycar, Zen Car… Quésaco ?

Ce seraient donc les acteurs qui ont "vu juste" avec leur offre de "car-sharing" pour des distances et des trajets plus longs. Mais qui sont-ils exactement ? Le plus vieux des trois, c’est Cambio, une société belge née au début des années 2000 et qui propose des véhicules garés à des emplacements fixes en ville moyennant une inscription et une participation financière. Avec Drivy, il s’agit d’une application qui rassemble des particuliers désireux de louer leurs voitures, avec la possibilité pour une partie de la flotte de les déverrouiller via son smartphone. Enfin pour Cozycar, ASBL issue de Taxistop – tout comme Cambio -, il s’agit d’une plate-forme qui connecte des habitants d’un même quartier et leur fournit une assurance partagée. Enfin, dans les véhicules partagés à Bruxelles, il y a également une offre électrique: c'est Zen Car. Installée depuis 8 années sur Bruxelles, cette flotte électrique située à des bornes fixes s'oriente vers les particuliers, mais surtout vers les entreprises. Un service qui fonctionne plutôt bien, et qui permet à ses investisseurs d'atteindre la rentabilité, au contraire des autres voitures en auto-partage ayant investi dans une flotte propre. 

 

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