Chaque jour, l'incivisme provoque trente heures de retard sur le rail

Le 2 janvier dernier, un train fauchait trois jeunes promeneuses dans un tunnel à Leernes, dans l'entité de Fontaine-l'Evêque. Pour un pareil événement, l'autorité judiciaire applique obligatoirement une procédure légale. Laquelle prévoit bien entendu la fermeture de la ligne, en l'occurrence la 130a, (Charleroi-Erquelinnes) le temps des secours, des constats et de l'enquête. Au-delà du drame humain, l'accident porta à conséquence sur le trafic ferroviaire. Pendant plusieurs heures, sur une partie de l'itinéraire, les voyageurs empruntèrent des bus, navettes assurées par la SNCB.

Des interdictions strictes et répétées

Pour l'année 2016, Infrabel, le gestionnaire du réseau, a enregistré 679 intrusions de personnes dans le domaine ferroviaire. La présence imprudente et illicite de personnes sur les voies ou à leur proximité aura ralenti ou immobilisé des convois. L'an passé, les retards liés à ces seules présences intempestives se sont élevés à 118.872 minutes, soit 5h30 par jour. Une augmentation de 84% par rapport à la moyenne des années 2013 à 2015!

"Ces personnes présentes dans ces zones-là violent les interdictions pourtant strictes et répétées", commente Frédéric Sacré, l'un des porte-paroles d'Infrabel. "Tout conducteur qui en repère lance une alerte sur le réseau GSM ferroviaire. Et dans un périmètre donné, les autres convois doivent aussi s'arrêter. Les conséquences sont minimes le week-end, mais à la jonction Nord-Midi de Bruxelles, à l'heure de pointe, c'est un enchaînement de retards!" Dans ses derniers relevés, Infrabel souligne d'autres phénomènes sociétaux inquiétants, dont nous avons livré un premier écho le 24 janvier dernier. En voici quelques précisions complémentaires.

Moins de vols de câbles

Les alertes à la bombe, objets suspects inclus: quarante faits recensés l'an dernier, contre dix-huit en 2015. Une conséquence des attentats du 22 mars qui se ressent au surplus dans l'intervention des forces de l'ordre dans les zones ferroviaires, notamment pour y traquer des individus suspects: 127 poursuites contre 89 en 2015 ont perturbé le trafic.

Les heurts de personnes (suicides ou accidents involontaires, quelquefois même par jeu): augmentation annuelle de l'ensemble des retards de 28% par rapport à la moyenne des trois années précédentes (Infrabel ne livre pas le nombre de suicides).

Les actes de malveillance (vandalisme, sabotage d'installations électriques ou de câbles): augmentation annuelle de 166% par rapport à la moyenne des trois années précédentes: "des faits peu fréquents, commente Infrabel, mais les conséquences sont souvent très lourdes".

Les conditions climatiques exceptionnelles, comme les pluies torrentielles en juin 2016, ont provoqué des coulées de boue sur les voies ou des inondations. Augmentation annuelle des minutes de retard de 75% par rapport à la moyenne des trois années précédentes.

L'augmentation des retards provenant des réseaux étrangers (+40% de minutes concédées), les accidents aux passages à niveau (plus 45% de minutes concédées) contrastent avec les rares diminutions, comme les vols de câbles (70 constats l'an dernier contre 118 en 2015) et la ponctualité partiellement retrouvée des sous-traitants travaillant sur les infrastructures. Afin de corriger ces multiples effets indésirables, Infrabel déploie un éventail de mesures, du moins dans les domaines qui lui sont réservés. Comme la pose de clôtures ("hotspots") ou l'installation de lumière apaisante ("bluelights") aux abords d'endroits sensibles pour éviter des heurts de personne.

Les 90% difficiles à atteindre

Ces responsabilités diverses de tierces personnes représentent 42,8% de retards cumulés de 665.496 minutes: plus de trente heures par jour! Une augmentation de 58% par rapport à la moyenne des trois années précédentes. Comment est composé le solde (57,2% des retards)? Une partie à partager entre les deux opérateurs, une partie pour la SNCB (30% environ, problèmes de personnel, de matériel), une partie pour Infrabel (22%, avaries de signalisation, d'aiguillage...)

Sur l'ensemble du réseau, tous opérateurs et responsables confondus, l'an dernier, la ponctualité a diminué d'1,7%, pour se fixer à 89,2%. Depuis 2008, les 90% alors réclamés dans le contrat de gestion n'ont plus été atteints qu'en 2015. Un train est déclaré en retard lorsqu'il arrive à sa destination finale avec plus de six minutes de retard.

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