Lutte contre la pauvreté : les maisons médicales sous pression

Ce mardi 17 octobre, c'est la journée mondiale du refus de la misère. Sur le terrain, le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté est très actif. Des actions se sont déroulées à Bruxelles et Wallonie. "On n'est pas des pigeons" a eu l'attention attirée par une mesure de la ministre de la Santé publique qui pourrait avoir des conséquences sur les patients les plus défavorisés des maisons médicales. Maggy de Block a instauré un moratoire depuis plus d'un an déjà sur le forfait pratiqué par la majorité de ces maisons médicales. Un forfait qui vient très souvent en aide aux patients les plus défavorisés.

Deux fois par semaine, Sandra Belgacem rend visite au couple Vukasinovic pour des soins infirmiers. Sandra travaille pour la maison médicale d'Ottignies. Francine Vukasinovic a été séduite par le fonctionnement de cette maison médicale, un lieu, près de chez elle qui offre - à domicile si nécessaire - des soins médicaux dans différentes disciplines : médecine, kiné, soins infirmiers ... "...j'ai eu deux années de suite de sérieux problèmes. On est venu m'aider à domicile, ce qui m'a permis de ne pas aller dans un centre qui coûterait quand même beaucoup plus cher et, je suis chez moi! Maintenant, mon mari a de problèmes depuis le mois de décembre. Il a fait une chute. Il s'est cassé le bassin etc... Heureusement qu'on a eu la maison médicale.". Avec l'âge le montant des frais médicaux augmente. Particularité des maisons médicales : la plupart fonctionnent au forfait, avec un avantage évident pour le patient, comme l'explique Sandra Belgacem, infirmière à la maison médicale d'Ottignies : "Il y a une entente avec les mutuelles, l'INAMI et les soignants. Ça permet aux patients de ne pas payer quand on vient faire des soins de kiné, d'infirmière ou de médecine généraliste".

Des soins gratuits

Les soins sont donc gratuits pour le patients ... tout ça grâce au forfait. Comment ça fonctionne ? En fait, la maison médicale reçoit de la mutuelle, un FORFAIT par patient, cela représente un montant mensuel moyen de 15,03€ pour la médecine générale, 6,93€ pour la kinésithérapie et 14,88€ pour les soins infirmiers. Ce système permet un plus grande solidarité entre patients. Mais voilà il est supendu depuis plus d'un an par un moratoire décidé par Maggy De Block. La présence de la ministre fédérale de la Santé plane sur les maisons médicales. La ministre veut évaluer et améliorer leur fonctionnement. Ce moratoire a des conséquences pour tous les patients qui veulent bénéficier du forfait et qui n'y ont pas accès. Le docteur Thierry Wathelet, medecin généraliste à la maison médicale d'Ottignies, précise : "L'impact c'est que pour la population précarisée, les patients vont sans doute retarder - et c'est prouvé par différentes études - la prise en charge de leur état de santé et il y a donc un risque d'aggravation de leur état de santé et donc à long terme, il y a un coût supérieur pour le budget de la Santé. Ce qui pourrait être économisé actuellement".

Listes d'attente

Marie Couder, elle, apprécierait accéder au forfait à la maison médicale d'Ottignies. Pour l'instant elle doit patienter sur une liste d'attente. La mesure de la ministre n'a pas très bonne presse : "Ça ne m'étonne pas de madame De Block, dit-elle, elle ne fait pas fort attention aux personnes, je trouve. Ce sont apparemment des idées politiques qui la guident et des économies puisque ça c'est la grosse affaire de maintenant : faire des économies à tout prix!". Le moratoire empêche aussi l'ouverture de nouvelles maisons médicales, comme par exemple celle qui pourrait être créée à Louvain-la-Neuve et ainsi rendre les soins encore plus accessibles dans la région d'Ottignies. A l'annonce du moratoire, la psychologue Chantal Van Oudenhove et Sophie Damien, assistante sociale, et leur équipe ont dû déchanter : "Ça nous ralentit et ça nous met en difficulté sur les valeurs qu'on voulait mettre en place et sur la manière dont on souhaitait fonctionner. On a pas encore de réponses à toute nos questions pour l'instant et on espère qu'en étant créatif, qu'on va tout de même pouvoir ouvrir une maison médicale". En attendant, le secteur des maisons médicales est mis sous pression et les patients attendent ... depuis plus d'un an.

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