Les centres commerciaux tuent-ils les petits commerces de centre-ville?

La projection en 3D du futur centre commercial La Couvinoise.
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La projection en 3D du futur centre commercial La Couvinoise. - © Tous droits réservés

Les centre commerciaux, certains disent qu'il y en a trop. On en voit pourtant fleurir encore par-ci par-là. Sont-ils à craindre pour le commerce local existant? Ou au contraire peuvent-ils être une bonne vitrine pour une ville, et par voie de conséquence faire revivre une localité commercialement moribonde? Etude de cas et avis d'expert.

Une menace planerait au dessus de Couvin et de ses commerces. Un centre commercial va voir le jour à l'entrée de la ville. Certains commerçants craignent le pire, comme le témoigne Catherine Minette, gérante d'un magasin de chaussures dans le centre-ville de Couvin : "Le projet, à la base, était plus petit. Maintenant, il grandit, donc, on a tous peur pour nos petits commerces. C'est vrai que le commerce dans les centres-villes, apparemment, ne fonctionne plus très bien et donc, voilà! Moi, je suis quand-même la troisième génération du magasin que je tiens, donc, moi sentimentalement, déjà, ça me prend beaucoup et donc, je serais vraiment triste de devoir fermer ma boutique, tout ça pour ça." Le promoteur du futur centre commercial, Ulrich Bartolas, nous dévoile son projet. De la verdure, des places de parking, une connexion avec les transports en commun, etc... ce complexe a plus d'un atout pour séduire la clientèle. Du coup, les commerces couvinois existants ne risquent-ils pas d'être délaissés, voire oubliés? Le promoteur Ulrich Bartolas se veut rassurant. "Ma vision, ce n'est pas du tout de tuer ce qui existe, c'est d'être absolument, je le dis toujours, complémentaire." Sur un chancre industriel, situé aux portes de la ville, s'installeront d'ici deux ans, vingt-quatre magasins. Certaines enseignes qui feraient trop d'ombre aux commerces existants ont été refusées. D'autres par contre, seront bien en concurrence avec des boutiques du centre ville. Pour ces cas-là, peu nombreux semble-t-il, le promoteur certifie qu'il y a de la place pour deux. "Quatre-vingt-sept pour cent des achats se font à l'extérieur de la ville, donc, tout ce qui touche l'équipement pour être précis, tout ce qui touche à l'équipement de la personne, chaussures, textile, sport, petit ameublement, tous ces secteurs-là, le loisir, tout ça, quatre-vingt-sept pour cent des achats se font en dehors Couvin."

Fosses-la-Ville, un exemple d'entente parfaite

A Fosses-la-Ville, une entité semblable à Couvin, un centre commercial a vu le jour, il y a quatre ans. Vincent Viaene, son directeur nous reçoit et témoigne : "Le commerce dans le centre ville, en général, souffre énormément. Et Fosses n'a pas échappé à ce phénomène, donc, on a vu vraiment qu'il y avait une demande pour laquelle, il n'y avait plus de réponse au niveau des commerçants de Fosses-la-Ville et on n'a fait que de répondre. On savait exactement la situation du marché. On connaissait très bien les attentes de la population et voilà! C'est une complémentarité qui s'est installée et ça s'est d'ailleurs confirmé par le succès commercial immédiat du centre commercial." A Fosses-la-Ville aussi, certains commerçants locaux craignaient pour leur survie. Pour trois d'entre eux, ce centre commercial aura été, au contraire, une aubaine. Ils y ont ouvert une seconde boutique. C'est le cas de Chantale Florent, chocolatière : "Ma clientèle a plus que doublé depuis que je suis ici sur le centre commercial mais, c'est une tout autre clientèle, donc, mes clients de l'ancienne boutique, on va dire comme ça, qui est toujours d'actualité, viennent toujours là-bas et puis on a drainé toute une sorte d'autre clientèle qui vient du nord de Namur. Vraiment, c'est super génial!"

Se spécialiser, se différencier pour survivre

Eurydice Van Goietsenoven, coiffeuse indépendante à Fosses-la-Ville, elle, n'a pas rejoint le centre commercial. Une enseigne de salons de coiffure bien connue s'y est installée, par contre. Malgré cette nouvelle concurrence, son chiffre d'affaire, avoue-t-elle, a augmenté. "On appréhende, mais, avec le recul, je me rends compte en fait, que ce n'est que bénéfique. Il y a plus de passage. Ça donne du mouvement dans la région, donc, pour un commerce, c'est l'idéal." Le centre commercial de Fosses-la-Ville serait donc un succès, en terme d'intégration et de complémentarité. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Pour affronter l'arrivée d'un centre commercial, les centres-villes doivent jouer sur leurs différences, comme nous l'explique Gwénaël Devillet, expert en géographie économique à l'Université de Liège : "Une des forces des centres-villes, c'est la diversité, en fait, des commerces et notamment des indépendants et on voit qu'en périphérie, ce sont toujours les mêmes enseignes que l'on retrouve et donc, il y a une banalisation qui s'installe, une homogénéisation qui s'installe des périphéries, et donc, là, on est complètement à saturation et donc, les centres-villes, et on le voit dans certains, notamment Eupen, par exemple, qui a résisté au centre commercial qui essaye de le concurrencer dans sa proche périphérie, avec des commerces indépendants, dynamiques qui proposent une offre diversifiée. Et là, dans les centres-villes qui ont réussi à persister, on voit qu'il y a certaines relances." A Couvin, comme ailleurs, le commerce de centre-ville traverse une crise. Avec un centre commercial, certains commerçants couvinois devront davantage se distinguer pour survivre. L'embellissement de leur ville devrait aussi les aider à trouver un nouveau souffle. Sur ce point, tout le monde est d'accord à Couvin.

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