Les cannabidiol shops dans l'œil du cyclone

A Namur, quatre magasins vendant du cannabidiol ont reçu la visite de la police, de l'Afsca et de l'Agence fédérale des médicaments. Sur place, la plupart des produits ont été saisis. Ces magasins vendent du cannabis mais pas n'importe quel cannabis. Il ne contiendrait pas ou très peu de THC, de substance psychotrope. Mais le THC ne serait pas seul mis en cause... il y a aussi le cannabidiol, le CBD! Les commerçants veulent clarifier la situation.

Vous les avez vu fleurir un peu partout! Le cannabis gagne du terrain dans les rues de Bruxelles et de Wallonie. Dans ces magasins, on peut acheter des huiles, des crèmes, des infusions et aussi des fleurs de cannabis. Le taux de THC, la substance psychotrope de la plante, inférieur à 0,2%, est un argument de vente. Mais, l'Afsca contrôle et saisi des produits. Elle a déjà opéré des contrôles à Bruxelles et à Mont-sur-Marchienne. Comme l'explique Stéphanie Maquoi, porte-parole de l'Afsca, compétente pour les produits alimentaires, c'est clair, les produits à base de cannabis sont interdits, sauf dérogation : "Le fabricant a la possibilité de demander des dérogations pour des lots d'aliments. Cette dérogation doit être demandée au SPF Santé publique". La dérogation sera acceptée si la taux de THC est inférieur à 0,2%.

CBD interdit

Mais ces magasins se sont surtout spécialisés dans la vente de CBD, une autre substance contenue dans le chanvre. Le CBD, le cannabidiol, n'a pas d'effets euphorisants. Mais il est également frappé d'interdiction. Stéphanie Maquoi : "Le CBD est considéré comme un nouvel aliment au niveau européen et pour l'instant, il n'est pas autorisé dans une denrée alimentaire". Voilà certainement pourquoi, par exemple, le responsable du magasin "Marcel" à Namur, Maxime Carrot, dit ne pas vendre de produits alimentaires : "Ces produits sont interdits à la consommation. On ne peut pas les inhaler, les manger ou les fumer". Et ces commerçants s'organisent. Certains ont créé la Fédération du cannabis en Belgique. Ils veulent clarifier la situation. Comment? En déclarant les produits aux douanes. Ils sont déclarés, disent-ils, à la douane suisse où le produit est autorisé, puis ils passent au contrôle en France et ensuite en Belgique. Maxime Carrot explique : "Maintenant, c'est un risque parce qu'on est obligé de respecter les taux de 0,2% de THC. La douane belge nous confisque le produit pour le contrôler en laboratoire. Une fois contrôlé et que le taux est respecté, on peut récupérer notre marchandise". Mais toujours avec un risque de saisie par l'Afsca. Pourquoi? Parce qu'il n'y pas eu de demande dérogation et même s'il n'est pas vendu pour la consommation : "Il y une possibilité de mésusage du produit. On pourrait le mettre dans une infusion ou l'ingérer" précise Stéphanie Maquoi.

Cannabidiol, un effet relaxant?

Et pourtant... pourtant, pour Alfred Bernard, toxicologue à l'UCL cette situation est incompréhensible... Le CBD n'a rien à se reprocher : "C'est pas très compréhensible d'autant plus qu'il n'y a pas de normes. Vous devez interdire sur la base d'une norme. Comme pour le THC, il faut dire qu'au-delà d'un certain pourcentage... parce que toutes les formes de chanvre contiennent des traces de CBD. Et donc pour interdire, il faut une raison bien motivée d'interdire. Dans un pays où l'on accepte le tabac, l'alcool, pourquoi interdire une substance qui ne donne pas de dépendance et qui a des effets relaxants?". C'est d'ailleurs le cas pour Serge. A 57 ans, il a trouvé une solution pour calmer ses douleurs à la suite d'une nécrose à la hanche. Matin et soir, il prend quelques gouttes de CBD : "En fait, c'est le CBD qui lance des signaux décontractants qui enlèvent la douleur. Il y a des personnes qui ne sont pas malades et qui ont douleurs rien qu'à cause du stress. Eh bien, tout ça vous ne l'avez plus. C'est pas de la drogue. Je ne fume pas, je ne bois pas. Demain, je peux arrêter, je ne vais pas avoir de manque mais je vais retrouver mes douleurs et je vais devoir prendre à nouveaux des médicaments. Oui, vive le CBD. Pour moi, c'est une révolution !". Un révolution... pas pour tout le monde ! En Belgique en tout cas, on est encore un peu frileux : on attend une évaluation de ce "nouvel aliment" - c'est comme cela qu'on l'appelle - par les autorités européennes.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK