Vous avez aimé le bruit des avions ? Vous allez adorer celui des trains !

De sa terrasse, Jean de Ghellinck a une vue splendide sur la vallée de la Meuse et sur le centre de Dinant, juste en face. Il aurait tout pour être heureux s'il n'y avait un tout petit problème : la voie de chemin de fer qui passe juste en-dessous de chez lui. Le jour, ça ne pose pas de problème : les trains de voyageurs sont modernes et silencieux. Mais la nuit, comme il l'explique : " On a des trains de marchandises qui sont beaucoup plus bruyants. Combinez ça avec un aiguillage défectueux, et vous obtenez des pics sonores qui empêchent de dormir ou vous réveillent."

Plus c'est long ...

La Région a installé un sonomètre un peu plus loin sur la voie. Et a constaté des pics de plus de 100 décibels. Problème : non seulement ces trains sont bruyants. Mais en plus, ils sont longs : leur passage dure souvent plus de deux minutes, contre une trentaine de secondes pour un train de passagers.

Drôle de norme

Le drame des riverains des lignes empruntées par des trains nocturnes de marchandises, c'est que la norme européenne est calculée en lissant le bruit. Explications de Jean de Ghellinck : " La norme européenne prévoit de prendre la moyenne des bruits la nuit. Donc, vous prenez les bruits de train, très élevés, vous les additionnez aux moments de silence et vous obtenez une moyenne forcément très basse." En clair : comme par magie, les crêtes sonores disparaissent. Et tant pis pour les voisins qui sont réveillés plusieurs fois par nuit.

Réveils nocturnes

Tout cela rappelle des souvenirs à Jean-Paul, un riverain : il a l'impression de revivre le cauchemar de ses nuits quand, jeune papa, il était réveillé quatre fois par nuit par ses enfants qui réclamaient leur biberon : " Quand on est réveillé vers minuit, ça va, on peut encore se rendormir. Quand on est réveillé vers 4 heures et qu'on sait qu'on doit se lever deux heures plus tard, retrouver le sommeil est plus difficile. "

Et ne venez pas faire remarquer à ceux qui habitent en face de la ligne que, quand ils se sont installés là, ils ne pouvaient pas ignorer la présence des trains. Parce que Magali, qui vit là depuis six ans, est formelle : le trafic des trains de nuit a augmenté depuis deux ans.

200.000 victimes ?

La nuit tombe. Les convois de marchandises se font plus nombreux. Et plus bruyants. Pour les riverains, la différence de volume sonore entre les trains de passagers et de marchandises tiendrait au fait que les wagons de marchandises sont vétustes. N'allez pas croire que ce problème ne touche que quelques habitants de Dinant. Jean de Ghellinck a extrapolé les chiffres d'une étude européenne et arrive à la conclusion que, rien que pour la Belgique, on devrait compter dans les 200 000 personnes potentiellement affectées par ces convois nocturnes.

Juge et partie

Avec un tel chiffre, on ne peut que penser aux autres victimes du bruit : celui des avions. Mais comment se fait-il que, dans ce cas-ci, la mobilisation se fasse si difficilement? Jean croit connaître la réponse : " Parce que toutes les plaintes relatives aux nuisances sonores causées par les chemins de fer sont renvoyées directement à Infrabel. Il y a un manque d'impartialité dans ce dossier, il manque un organisme indépendant qui pourrait assurer un arbitrage."

Alors, en attendant des convois moins bruyants, Jean passe ses nuits à compter, non pas les moutons, mais les wagons.

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