Matinée surréaliste au tribunal des impayés à Verviers: aucune des personnes citées à comparaître n'est venue

Jeudi, 9 heures du matin, justice de paix de Verviers 2. Le juge Luc Lerho s'apprête à ouvrir l'audience consacrée aux dossiers des dettes impayées à l'hôpital de Verviers. Le juge est là. La greffière est là. L'avocate de l'hôpital est là. Mais, pour le reste, la salle est vide : aucune des 52 personnes citées à comparaître n'est venue.

Le juge explique : "C'est malheureusement souvent le cas, les personnes ne se présentent pas. Et se retrouvent donc condamnées par défaut." C'est que, si vous ne venez pas vous expliquer ou demander un plan d'apurement de la dette, le juge n'a, en théorie, pas d'autre choix que de vous condamner à payer l'ensemble des montants dus, frais de rappel et d'huissier inclus. Et ça peut très vite faire très mal. "Ici, par exemple, c'est 11,23 euros qu'on réclame à la personne. Et ces 11,23 euros sont devenus à peu près 250 euros!"

Quand on reçoit un courrier désagréable, on ne l'ouvre pas

L'avocate présente poursuit : "Il y a un mécanisme de déni qui fait que, quand on reçoit un courrier désagréable, on ne l'ouvre pas.On le met dans un coin et on veut l'oublier. C'est quand on arrive vraiment à la dernière extrémité qu'on essaie de trouver un arrangement. Il arrive régulièrement qu'on téléphone chez moi en disant : 'J'ai reçu un jugement, je ne me suis pas présenté à l'audience, est-ce que je peux payer ?' Les gens se réveillent vraiment à la toute fin."
Pour le juge Lerho comme pour ses collègues, le nombre des dossiers d'impayés est en croissance exponentielle. Principaux secteurs touchés : télécoms et énergie. Mais toutes les condamnations ne mènent pas à des remboursements des sommes dues. Loin de là.

"Je sais que, en matière de téléphone, il y a 30 % de gens qui paient. Et 70% de dossiers qui tombent parce que les personnes ne paient pas ou n'ont pas les moyens de payer. Et on ne peut pas toujours saisir chez eux : s'il n'y a rien à saisir, on ferme le dossier et c'est fini", conclut l'avocate.

9h30, l'audience est levée

Une cinquantaine de personnes recevront, d'ici quelques semaines, des condamnations à payer des sommes sans commune mesure avec les montants qu'elles devaient au départ. Pour certains, ce sera un papier d'huissier qui rejoindra tous ceux qu'ils ont ont déjà accumulés. Pour d'autres, ce sera peut-être le premier pas vers le surendettement.

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