Végétaliser son habitat, le concept qui séduit toujours plus

Les toitures plates bitumineuses se comptent par milliers dans une ville comme Bruxelles, par exemple. Ce sont des espaces bien souvent perdus et oubliés, des espaces a priori sans valeur. Mais, imaginez que toutes ces surfaces noires et désertiques soient recouvertes de végétation ! Le pari n’est pas si fou. Et cela pourrait peut-être même résoudre en partie la question du réchauffement climatique et pas seulement.

Zoom sur un phénomène aux multiples intérêts et en pleine croissance.

Des possibilités infinies

La végétalisation des toitures est un secteur en pleine croissance. Nous nous sommes rendus dans la pépinière de Floratoit, une entreprise wallonne qui a décidé d’en faire sa spécialité. La demande y est croissante et les possibilités toujours plus nombreuses.

En fonction de l’épaisseur que l’on va choisir, je dirais que la variété de plantes va pouvoir augmenter presque à l’infini.

Olivier Fernandez, cogérant de Floratoit, nous en livre les principales catégories : "La toiture la plus répandue, c’est la toiture extensive. C’est-à-dire sur environ six à huit centimètres de substrat, où on va retrouver principalement une famille sélectionnée de sédums, plante grasse qui se contente d’assez peu d’eau. On peut retrouver dans la même épaisseur de substrat aussi les sedums accompagnés de quelques vivaces. Mais, si on commence à augmenter l’épaisseur de substrat, dix, 15, 20 centimètres, on peut retrouver des lavandes, mais aussi quelques graminées, des pâquerettes, des rosiers… En fonction de l’épaisseur que l’on va choisir, je dirais que la variété de plantes va pouvoir augmenter presque à l’infini."

Les plantes qui poussent dans cette pépinière sont toutes destinées à poursuivre leur vie sur une toiture en Belgique ou même au Grand-Duché du Luxembourg où nous avons visité un des chantiers de la société Floratoit.

Nous avons d’abord sur l’étanchéité une toile anti-racine… Nous avons ensuite une membrane de drainage et de rétention d’eau… Et au-dessus du substrat, on met le tapis végétal.

Sur une toiture plate de 300 mètres carrés recouvrant un nouvel immeuble, l’une de ses équipes répand un substrat, de la matière organique mélangée à des granulés d’argile expansée (Argex), sur plusieurs centimètres d’épaisseur. Avant cela, il y avait déjà d’autres couches à installer, comme nous l’explique sur place Philippe Cambron, coordinateur de chantiers chez Floratoit : "Nous avons d’abord sur l’étanchéité une toile anti-racine pour empêcher la végétation de venir passer outre du drainant et de proliférer sur l’étanchéité. Nous avons ensuite une membrane de drainage et de rétention d’eau, sur laquelle on vient mettre sept centimètres de substrat. Et au-dessus du substrat, on met le tapis végétal."

Combien ça coûte, une toiture végétale ?

Une toiture végétale, on l’a compris, c’est bien plus que des plantes. Et tout cela a donc évidemment un certain coût, comme nous le détaille Philippe Cambron : "On peut tourner entre 55 et 95 euros du mètre carré pour une toiture végétale extensive, comme ici. En système intensif, où on est sur des toitures-jardins, et ça peut devenir beaucoup plus complexe, où on va retrouver des vraies plantations de graminées, d’arbustes et même des arbres. Là, le prix s’étudie au cas par cas, mais généralement, il est au-dessus de 100 euros le mètre carré."

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Une maison végétalisée © Getty Images

Enormément d’intérêts, mais toutes les toitures ne sont pas faites pour être végétalisées

Même à plus de 100 euros du mètre carré, l’investissement pourrait se révéler rentable, car les intérêts d’une toiture végétale sont très nombreux.

Olivier Fernandez, cogérant de Floratoit, nous en donne quelques-uns :

  • "Parmi les avantages souvent recherchés d’une toiture végétale, c’est le plaisir des yeux. On va transformer ce qui est bien souvent toiture, une grande surface noire en un jardin aux milles couleurs.
  • On peut dire aussi que la toiture végétale va rafraîchir l’atmosphère de la pièce qui se trouve juste en dessous de celle-ci. Donc, on a une espèce de climatiseur naturel.
  • On va aussi augmenter le confort acoustique puisque la végétalisation capte bien les sons 'basses fréquences'.
  • Mais on va aussi faire disparaître le bruit d’impact de la pluie."

Autre intérêt : le captage et la transformation du CO2 en oxygèneAlors si toute une ville verdit ses toitures, elle pourrait être neutre en carbone. Peut-être en théorie, mais en pratique, c’est plus compliqué. Car pour stocker du CO2, il faudrait surtout des toitures avec des arbustes et des arbres. Une question de solidité se pose alors.

En général, les toitures à Bruxelles ne sont pas faites pour être végétalisées.

Jean-François Gheysen, responsable de la cellule végétalisation urbaine de Saint-Gilles, a lui déjà tenté l’expérience d’installer des jardins potagers sur des toitures bruxelloises, mais il a arrêté depuis. Il nous explique pourquoi : "En fait, ces toitures, n’ont jamais été conçues pour supporter un poids qui excède un homme au travail avec une bouteille de gaz et un rouleau de roofing. Donc, ces toitures sont faites en bois, sont en intérieur d’îlot et généralement ont été conçues pour abriter un atelier. Donc, on n’a pas pensé à ce que ça doive supporter du poidsSi on veut le faire, on doit vraiment étudier la chose. Mettre des bacs sur les côtés, c’est un peu problématique parce que les maisons, elles sont les unes contre les autres, et on peut voir chez les gens. Donc, c’est un peu interdit aussi quand même. Le règlement régional d’urbanisme l’interdit tout à fait. Donc, il faut vraiment bien étudier son toit, sa toiture, voir que c’est bien en béton en dessous ou alors ne pas le faire. En général, les toitures à Bruxelles ne sont pas faites pour être végétalisées."​​​​​​​

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Friends enjoying sitting at terrace rooftop in city © Getty Images

L’heureuse alternative aux toitures plates : les façades

Peu de toitures plates existantes à Bruxelles, sont en effet exploitables : seules quelques pour cent peut-être. Mais à Saint-Gilles, on ne s’est pas pour autant découragé. Des centaines de citoyens se sont tournées vers d‘autres surfaces disponibles, verticales celles-là, et encore plus nombreuses : les façades.

Il en existe d’autres insoupçonnés, que nous révèle Jean-François Gheysen, responsable de la cellule végétalisation de Saint-Gilles. "Quand on a une plante grimpante, la cave s’assèche. Simplement, parce que la plante boit l’eau qui se trouve à proximité de ses racines. Pour la partie aérienne, on a une partie antipollution, parce que les feuilles captent les particules fines, les poussières, les pollens, etc. qui disparaissent avec les premières pluies."

Ça change la perspective de la ville aussi.

Retour des oiseaux, plus de fraîcheur en été, ce sont les avantages les plus connus. "Ça change la perspective de la ville aussi. On avait des rues qui étaient toutes droites, très monotones, assez fonctionnelles. On a maintenant des rues qui sont plus charmantes", se réjouit Jean-François Gheysen.

Bref, à Saint-Gilles et aux alentours des serres de "La Pousse qui Pousse", beaucoup de monde semble l’avoir compris. Cette pépinière urbaine propose des plantes grimpantes et elle est ouverte à tous. Elle accueille de plus en plus de citoyens intéressés par la végétalisation de leur façade.

Le rêve fou de vivre dans une ville débordante de végétation, beaucoup de Bruxellois le cultive aujourd’hui. Cela ne sauvera peut-être pas la planète, mais cela pourrait décupler le plaisir de vivre en ville.

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Une rangée de façades végétalisées © Getty Images

Deux liens utiles

  1. "Le Début des Haricots" et sa pépinière "La Pousse qui Pousse"
  2. - Floratoit, la société spécialisée en toitures végétales

Retrouvez "On n’est pas des pigeons" en replay sur Auvio.

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