Vacances : contrairement à la Côte, la Wallonie ne craint pas l'engorgement

Randonneur en Ardennes - Belgique
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Randonneur en Ardennes - Belgique - © 36clicks - Getty Images/iStockphoto

A quoi ressemblera notre été ? Si les frontières de certains pays européens nous restent fermées, serons-nous limités, pour des vacances qui nous permettront enfin de sortir de chez nous, aux séjours en Belgique ?

C’est ce que pense Bart Tommelein, le bourgmestre d’Ostende, qui craint que la Côte belge soit victime d’un raz-de-marée de touristes à tel point qu’il faudrait instituer un pass pour avoir accès à la plage.

La même crainte existe-t-elle en Wallonie ?

Il est encore trop tôt pour dire quelles seront les règles en vigueur cet été, explique Pierre Coenegrachts, le directeur général adjoint de Wallonie Belgique Tourisme. Mais, si la plupart des pays européens préfèrent confiner dans leur territoire, cela voudra dire que le tourisme en Wallonie ne devra pas compter sur les visiteurs étrangers. Dans ce cas, cela fera au moins 35% d’offres de logement supplémentaires pour les touristes de chez nous. "

Il faut savoir que, au total, le secteur wallon de l’hébergement dispose de quelque 70.000 lits, dont 23.000 rien que pour les gîtes. Autant dire que, à première vue, on ne risque pas la saturation, au contraire de ce qui pourrait se passer à la mer du Nord. " Si tous les Belges décident de venir en même temps en Wallonie, explique Pierre Coenegrachts, il est clair que les infrastructures pourraient ne pas répondre. Mais si les séjours s’étalent sur deux mois, il n’y aura pas de soucis… "

Et nos interlocuteurs insistent : les lieux de vacances seront aménagés dans le respect des normes sanitaires.

Encore temps de réserver ?

Est-ce pour autant le bon moment pour réserver ?

Il est probablement déjà un peu tard !

Pour les gîtes avec piscine capables d’accueillir les grands groupes, il est probablement déjà un peu tard. Mais il reste encore de la place dans les gîtes familiaux plus petits et plus traditionnels ", explique Michaël Deprez, des Gîtes de Wallonie.

Et les restaurants ?

Carlo De Pascale, notre chroniqueur, a essayé de réserver un séjour début juillet. Et il est un peu déçu : " J’ai écrit à trois ou quatre gîtes. Actuellement, je n’ai pas encore reçu de réponse. Mais une connaissance, qui cherche de quoi accueillir cet été un groupe d’une vingtaine de personnes, s’entend répondre partout que c’est complet ! "

Carlo a aussi essayé dans les hôtels, et là, la réponse est différente : " On me dit que, pour peu qu’ils puissent ouvrir, ils ont de la place. Encore faut-il que les restaurants soient aussi ouverts. Sinon, ça va être un peu compliqué… "

Confinés dans la chambre d’hôtel ?

Si, faute d’attractions ouvertes, les touristes sont confinés dans leur chambre d’hôtel, on ne voit pas pourquoi ils partiraient en vacances !

Même son de cloche chez Marc Buchet, qui exploite deux hôtels à Spa : " Il faut que tout le secteur rouvre, dans le respect des normes sanitaires. Sinon autant rester chez soi. D’ailleurs, on ne sait pas encore à partir de quand les Belges pourront à nouveau se déplacer. "

Pas de Francofolies, quid du Grand Prix ?

A Spa, le tourisme doit faire face à un défi de taille : Les Francofolies, elles, sont annulées et nul ne sait si le Grand Prix aura lieu.

Autant dire que les visiteurs habituels ne viendront pas, ou pas tous, ou pas cet été. Le secteur espère donc que des Belges viendront les remplacer. " Mais ces nouveaux venus sont encore hypothétiques. Pour l’instant, je n’ai pas encore beaucoup de réservations, reprend Marc Buchet. Je crois que, en Belgique, les gens auront besoin de sortir de chez eux. Mais il y aura aussi une partie du public qui aura trop peur pour bouger. Nous, on va faire le gros dos pour tenir jusqu’en 2021. "

Olivier Joachimiak gère le Tri Renard, un gîte qui peut accueillir 27 personnes : " Tout le mois de juillet est réservé par une société britannique qui travaille sur les courses. Ils n’ont pas encore annulé, ils attendent de voir ce qui sera faisable sur le circuit. Pour le reste, j’ai passé quelques jours à appeler des clients néerlandais ou allemands pour voir s’ils maintenaient leur réservation. Tous ont répondu qu’ils préféraient annuler. J’ai déjà un certain nombre de demandes en provenance de Belgique pour occuper les créneaux qui se libèrent. Mais je ne suis pas sûr d’avoir le même taux de remplissage. Sans compter que j’ai aussi perdu la clientèle des entreprises qui réservaient le gîte en septembre et octobre pour des incentives. "

Des prix exagérés ?

Bref, le secteur est dans l’expectative. Et, si, depuis une semaine, on constate une reprise des réservations par des Belges, il y a encore pas mal d’incertitudes :

  • Quelles attractions seront ouvertes ? A quelles conditions ?

Sans pouvoir se prononcer avec certitude faute de décisions formelles du CNS, Pierre Coenegrachts, de Wallonie Belgique Tourisme, pense qu’on pourrait se diriger vers un système de réservation : avant de vous rendre sur tel ou tel site touristique, vous devriez réserver par internet pour obtenir une tranche horaire d’arrivée, afin d’assurer qu’il n’y ait jamais trop de monde sur place. Comme pour les grandes expositions.

Michaël Deprez, des Gîtes de Wallonie, explique quant à lui qu’il conseille aux propriétaires de gîtes de faire le point chaque semaine sur ce qui est ouvert et ce qui ne l’est pas dans les environs, afin d’en informer les visiteurs avant leur arrivée.

  • Les hôtels ne vont-ils pas profiter de l’afflux possible des touristes belges pour demander le tarif maximum ?

Pierre Coenegrachts : " Nous encourageons nos partenaires à ne pas le faire. Ils doivent avoir conscience que nous sommes tous sur le même bateau. Surtout, ils doivent comprendre que, s’ils le font une année, ils risquent de ne plus avoir grand monde l’année suivante. "

  • A quoi bon réserver maintenant ? Si ça se trouve, cet été, on sera encore en confinement…

Michaël Deprez, des Gîtes de Wallonie : " Nous conseillons aux propriétaires de gîtes de proposer l’annulation gratuite jusqu’à 24 heures de l’arrivée ". Certains gîtes n’ont pas attendu cette proposition et l’appliquent déjà.

Respecter les normes sanitaires

Il est cependant un point sur lequel tous nos interlocuteurs tombent d’accord.

Contrairement à la côte belge, les sites touristiques wallons ne craignent pas une saturation.

Si, à la mer, tout le monde s’agglutine sur la plage, en Wallonie, on peut se disperser : entre les promenades dans la forêt ardennaise ou dans les Fagnes, l’Eau d’Heure, le Luxembourg belge, la botte du Hainaut, il y a de la place et de quoi respecter la distanciation sociale sans problème. En outre, ajoute Pierre Coenegrachts, " nous voulons rassurer les touristes : les sites seront aménagés, il y aura du gel hydroalcoolique… "

Viendront-ils ?

Dans le secteur du tourisme wallon, les plus optimistes espèrent que les réservations des compatriotes compenseront les annulations des étrangers.

Bon nombre de Belges se retrouvent dans une situation précaire. Ils risquent bien de ne pas partir du tout en vacances. 

Comme le rappelle Michaël Deprez, à cause de la crise du coronavirus, certains connaissent des difficultés financières. On se demande donc s’il y aura du monde ou pas cet été.


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