Une dizaine de métaux lourds dans chaque bouteille de vin

Le Belge est un grand amateur de pinard. En moyenne, il en boit 100l par an selon les derniers chiffres de l'OCDE publiés en avril 2018. C'est presque culturel. Le reportage commence dans un bar à vins de la région namuroise, les clients évoquent: "une émotion, un plaisir, un moment de convivialité partagé".

Mais, derrière le plaisir, il y a d'autres réalités : l'utilisation de pesticides ou de métaux lourds. Y pense-t-on quand on déguste un vin? "J'ai entendu dire que c'était un des produits les plus traités au monde", nous lance un consommateur. "Il y a vraiment moyen de combattre les maladies sans produits chimiques", surenchérit Benoît Lafontaine. Le patron d'Autrement dit vins est un convaincu. Il propose essentiellement des vins bio voire en biodynamie, tous deux certifiés sans engrais chimiques ou pesticides.

L'idée de cette enquête vient de Pol Bouviez, un scientifique du laboratoire Hainaut Vigilance Sanitaire. En visite dans une exploitation viticole champenoise, son côté chimiste reprend le dessus. Il pose une question sur la présence de métaux lourds dans les vins et la façon dont on les contrôle. Les réponses sont très évasives. Cela éveille sa curiosité.

Un test à l'échelle mondiale

Nous avons donc sélectionné 16 bouteilles vendues en grandes surfaces ou sur le web. Nous sommes partis de régions très connues en France (Bourgogne, Bordeaux, Alsace, Côte du Rhône) pour étendre notre panel au monde entier. Voici l'ensemble des pays testés:

  1. France
  2. Italie
  3. Espagne
  4. Hongrie
  5. Ukraine
  6. Géorgie
  7. Chili
  8. Californie
  9. Australie
  10. Afrique du Sud
  11. Chine

But du test : analyser la présence de métaux lourds. Les 16 bouteilles sont envoyées chez Hainaut Vigilance Sanitaire, un laboratoire de service public. Combien retrouve-t-on de métaux et à quelle dose? "Dans chaque échantillon, on retrouve une dizaine de métaux lourds. Evidemment, ce sont des concentrations très faibles. Mais, il est assez étonnant d'en retrouver une dizaine. L'origine peut être différente. L'absorption peut provenir du sol. C'est le cas du Fer, du Manganèse et de l'Aluminium. D'autres comme le cuivre pourrait émaner de pulvérisation de sels de cuivre pour éliminer certains champignons", commente Pol Bouviez, Responsable du département de chimie environnementale chez Hainaut Vigilance Sanitaire.

Une absence de normes

C'est un adage connu chez les scientifiques: "c'est la dose qui fait le poison". Ici, les concentrations sont faibles. Pour en être sûr, il faut pouvoir se référer aux normes en vigueur. En Europe, il existe une réglementation pour le plomb. On ne peut pas dépasser 0,15mg/l de plomb pour les vins issus de vendanges après 2015. Dans le test, 15 vins sur 16 contenaient du plomb. La dose la plus forte restait trois fois moins élevée que le seuil européen. C'est donc rassurant.

De l'arsenic dans du vin chinois

Par contre, il n'existe aucune norme pour les autres métaux lourds. Plutôt étonnant. Dans la bouteille de vin blanc Perle de Chine, nous avons trouvé une trace d'arsenic, un composé qui peut être toxique sous forme inorganique. Sur son site web, l'organisation mondiale de la santé met en garde:"L’exposition prolongée à l’arsenic dans l’eau de boisson et les aliments peut provoquer des cancers". La dose du vin chinois (0,031 mg/l) est trois fois supérieure à ce qui est autorisé dans l'eau de consommation. Le scientifique tempère: "On ne peut pas comparer des pommes et des poires. En eau potable, on peut absorber l'équivalent d'un litre et demi à deux litres par jour. Et donc, il faut absolument abaisser la norme des métaux lourds afin de limiter la dose journalière admissible. En ce qui concerne le vin, j'ose supposer que la quantité absorbée par jour est beaucoup plus faible".

Comme toujours, une seule devise reste de mise: "À consommer avec modération".

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