Sommes-nous entrés dans l'ère du " masketing " ?

Sommes-nous entrés dans l'ère du " masketing " ?
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Sommes-nous entrés dans l'ère du " masketing " ? - © Tous droits réservés

Néologisme inventé par notre confrère Frédéric Brébant dans les décodeurs sur la Première le 15 mai dernier, le " masketing " est la contraction de " masque " et de " marketing ". Comprenez-donc : le masque à l’origine sanitaire deviendrait un objet marketing.

11 millions de citoyens masqués, c’est 11 millions de nouveaux espaces publicitaires potentiels ! Quoi de plus direct et efficace qu’un logo ou un slogan flanqué sur chaque visage ?

Déjà les supporters de Bruges, du Standard, et d’Anderlecht peuvent afficher fièrement les couleurs de leur équipe préférée en achetant un masque sur les sites des clubs de football. Les magasins JBC proposent une collection de masques à l’effigie de Mickey, Winnie l’ourson, bébé Yoda. Le géant Disney, grand spécialiste du branding, a vu là une opportunité de diffuser ses produits à large échelle. 

Depuis que le port du masque a été conseillé par le Conseil National de Sécurité, l’agence belge de communication Artizz a déjà vendu plus de 3000 masques personnalisés. Les clients sont des sociétés ou des indépendants qui souhaitent offrir des masques à leurs salariés ou leurs clients " constate Hicham Adnane, le gérant.

Une mode éphémère ?

Sans aucun doute pour Hicham Adnane : " les ventes commencent déjà à diminuer. Il est clair que pour les gens, travailler avec un masque n’est pas évident. On constate en revanche plus de commande pour des visières, plus faciles à porter ". 

En trois semaines, on passe de l’interdiction légale de se couvrir le visage dans l’espace public, au port du masque vivement conseillé. Les normes culturelles subissent donc un changement énorme !

Culturellement, le port du masque est bien ancré en Asie, mais la pratique est totalement nouvelle en Belgique précise Nicolas Kervyn de Meerendré, professeur à la Louvain School of Management de l'UCLouvain : " Est-ce que culturellement le Belge va l’adopter ? Difficile à dire, mais dans la mesure où le masque est un accessoire relativement bon marché, il pourrait avoir un certain succès commercial. Acheter un sac Louis Vuitton n’est pas à la portée de toutes les bourses. En revanche, un masque aux couleurs de la même marque sera probablement plus abordable ". 

Nul ne sait si le port du masque entrera dans les habitudes, mais pour Gordy Pleyers, spécialiste en psychologie du consommateur à l’UCLouvain, " le concept fonctionnera je pense puisque les masques ont un certain coût. Il est donc appréciés d’en recevoir gratuitement, qu’il y ait un logo importe peu. Les marques plus renommées ont par contre tout intérêt à exploiter ce créneau, et jouer sur l’attachement à la marque : le sens que les utilisateurs peuvent accorder au fait d’afficher un logo, une marque particulière, avec ce que ça implique en terme d’image sociale ".

La crédibilité, principal frein au « masketing » ?

Selon les deux spécialistes, le sujet du " masketing " doit probablement être abordé par bon nombre d’entreprises actuellement, mais un aspect délicat subsiste : " il y a la question de la crédibilité. Si c’est le logo d’une entreprise pharmaceutique, d’accord, mais si une chaîne de fast-food offre des masques, on pourra légitimement se poser la question de la qualité du produit dont la fonction première est tout de même de limiter la propagation du virus " rappelle Nicolas Kervyn de Meerendré.

Et Gordy Pleyers d’ajouter : " les marques s’exposent peut-être aussi à une levée de bouclier des médias et des citoyens, susceptibles de critiquer un certain opportunisme ! "

Certains pourraient penser que les marques profitent du malheur des gens. Une réaction négative qui serait contre productive.


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