Selon Sciensano, les grandes chaînes de supermarchés font beaucoup plus la promotion de produits moins sains

Une étude de l’Institut de Santé Sciensano a analysé, durant un an, le contenu des brochures promotionnelles de cinq chaînes de supermarchés en Belgique.

Constat : sur plus de 15 000 promotions de Colruyt, Delhaize, Carrefour, Aldi et Lidl, plus de la moitié concernent des aliments ultra-transformés, moins sains pour la santé. En fait, 52% de ces aliments sont mis en avant dans les différents dépliants des distributeurs contre … 10% seulement pour des produits plus sains, comme les fruits et légumes.

Promouvoir des aliments ultra-transformés incite à consommer davantage

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Sciensano avance qu’en Belgique, les régimes alimentaires néfastes représentent la 3ème charge de morbidité la plus importante après le tabac et l’hypertension. L’Institut insiste sur le fait que promouvoir des aliments ultra-transformés incite les citoyens à consommer davantage.

L'explication réside dans la rentabilité de ces produits.​​​​​​

" Certains supermarchés mettent plus en avant les produits frais que d’autres, qui priorisent les promotions sur les produits ultra-transformés, qui contiennent beaucoup de sucre et/ou de sel" , explique Stefanie Vandevijvere, chercheuse chez Sciensano. " Alors que les mauvais régimes alimentaires, le surpoids et l’obésité représentent un facteur de risque pour le développement de maladies cardiovasculaires, le diabète et de nombreux cancers. "

Comment expliquer une telle politique ? Stefanie Vandevijvere développe: " L'explication réside dans la rentabilité de ces produits. Ils ont une durée de conservation plus longue, donc les consommateurs en achètent davantage. En même temps, ce sont souvent des produits attrayants, qui sont "faciles" à manger. "

Réponses des supermarchés

Nous avons aussi posé la même question aux 5 chaînes de supermarchés.

Colruyt et Delhaize y ont répondu directement.

Lidl, Aldi et Carrefour se sont contentés d’avancer certains points positifs de leur politique commerciale.

Alors, pourquoi plus de promotion pour les produits ultra-transformés ?

Différentes initiatives sont entreprises afin de promouvoir une alimentation saine. 

Chez Colruyt, on fait la différence entre faire la promotion d’un produit et proposer des promotions, c’est-à-dire, des réductions de prix et dans ce domaine : " Au niveau des promotions, les remises peuvent être accordées par le détaillant ou par le producteur. Les producteurs de produits frais ne disposent pas de budgets marketing nationaux comme le font les grandes marques. Ainsi, pour la plupart des produits frais, il n'y a pas de calendrier des promotions mis en place et soutenu par les marques nationales. ". Quant à la promotion, la " mise en avant " des produits : " Le dépliant n’est pas le seul point de contact que nous avons avec nos clients. Différentes initiatives sont entreprises afin de promouvoir une alimentation saine " . 

Nos folders ne sont pas la seule source de promotions.

Même argument chez Delhaize : " Nos folders ne sont pas la seule source de promotions. Nos clients reçoivent également des promotions via e-mails, sur le site e-commerce, via l’application Delhaize. Nous avons aussi les promotions avec notre programme de fidélité. ".

Disparité Colruyt - Lidl

L’étude de Sciensano met également en avant une disparité entre deux distributeurs. Chez Colruyt, 62% des promotions des folders concernaient des aliments ultra-transformés alors que chez Lidl, ce pourcentage n’était que de 42%.

Réaction de Colruyt : " La majorité de nos promotions concernent des marques nationales, nous proposons proportionnellement plus de marques nationales que les magasins Lidl ".

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A la "Une", des produits sains

Sciensano a également analysé le contenu de la " Une ", de la première page des brochures publicitaires. L’Institut de Santé a remarqué que, pour la plupart des chaînes de supermarchés, la proportion de promotions alimentaires pour les fruits et légumes frais est plus élevée sur la première page que celle des produits alimentaires ultra-transformés.

Alors, la grande distribution voudrait-elle se donner une " belle image Nature " sur la couverture ?

Stefanie Vandevijvere de Sciensano confirme : " Oui, c’est ça que je pense … ".

Aldi s’en défend : " Les promotions sur les fruits et légumes frais sont bien présentes à travers nos folders. Ceci aussi bien en première page (40,8 %) que dans l’ensemble de nos folders (17,5 %). Pour Aldi, l'accent est mis sur les produits frais depuis un certain temps déjà. " Il faut savoir que chaque semaine, nous avons plusieurs promos spécifiquement axées sur les fruits et légumes frais. Dans la plupart des cas, nous les communiquons en première page (parfois jusqu’à deux-tiers de page) et en 2ème et 3ème page. Si vous nous comparez au secteur, cela se traduit amplement dans notre folder ".

Delhaize avance une autre position qui fait référence à la liberté du consommateur : " Nous devons trouver un juste milieu en terme de promotions sur tous les types de produits. Nous sommes là pour informer, inspirer et motiver, pas pour forcer la main du consommateur. Il est parfaitement possible d’avoir un régime alimentaire équilibré en consommant des produits transformés, en limitant évidemment la fréquence de consommation de ces derniers par rapport aux produits plus équilibrés ".

Nutri-Score ou pas ?

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Sciensano est clairement pour l’utilisation du Nutri-Score. En 5 lettres, de A à E, le Nutri-Score permet de se faire une idée, en un clin d’œil, de la valeur nutritionnelle d’un aliment, du meilleur (A) au moins bon (E). Cette échelle a été introduite en 2018 sur base volontaire, d’abord chez Delhaize puis chez Colruyt. Il n’est pas encore très répandu chez Aldi et est inexistant chez Lidl. Il est également présent chez Carrefour qui préfère pourtant, dans ses réponses, mettre en avant ses propres engagements comme " Act for food " et " Prix sains ".

Néanmoins, l’étude de Sciensano remarque que, dans les folders, pour l’ensemble des distributeurs, moins de 2% des promotions indiquaient le Nutri-Score des aliments.

Stefanie Vandevijvere ne s’explique pas cette contre-performance.

La réponse vient peut-être de Delhaize : " Les promotions dans nos folders concernent régulièrement différents produits d’un même assortiment (ex : 1+1 sur les yaourts de telle marque " à combiner "). Ces produits n’ont donc pas forcément le même Nutri-Score. Par conséquent, indiquer chaque produit de la gamme avec son Nutri-Score encombrerait le document et compliquerait la lecture. Faire le choix de n’en indiquer que certains et ne pas tous les mentionner pourrait être perçu comme trompeur. Le choix est donc fait de ne le mentionner que quand il s’agit d’une communication spécifique sur le sujet avec des promotions qui le permettent ".

Objectif ? Des engagements plus fermes !

Pour Sciensano, il faudrait réduire la promotion de produits ultra-transformés, moins sains pour la santé. L’Institut de Santé plaide pour des engagements plus fermes de la part des détaillants ou des politiques gouvernementales.

Il faudrait, comme au Royaume-Uni, réduire les promotions pour les produits malsains.

Stefanie Vandevijvere : " Il faudrait, comme au Royaume-Uni, réduire les promotions pour les produits malsains. Dès l’année prochaine, cet état introduira des restrictions strictes pour les promotions sur les produits alimentaires à forte teneur en graisse, en sel ou en sucre. A partir d’avril 2022, les distributeurs ne seront plus autorisés à proposer des promotions " multibuy " de type " 1+1 gratuit " ou " 3 pour le prix de 2 " pour ces produits. En outre, ils ne pourront plus exposer ces produits dans les endroits les plus visibles des magasins, comme à proximité des caisses ou sur les têtes de gondole. "

"Convention alimentaire équilibrée"

Pourtant, en Belgique, une " Convention alimentaire équilibrée " a été mise en place, il y a une dizaine d’années. Entre 2012 et 2017, la ministre de la Santé de l’époque, Fevia - la Fédération de l’industrie alimentaire - , et Comeos - qui représente notamment les distributeurs - s’étaient fixé pour objectif de diminuer de 5%, la consommation énergétique en réduisant sel, sucres et graisses.

Il faut des interventions par les gouvernements pour stimuler la reformulation des produits par l’industrie.

Ce n’est pas assez, avance Stefanie de Vandevijvere : " … même avec cette Convention, l’impact est trop limité. Il faut des interventions par les gouvernements pour stimuler la reformulation des produits par l’industrie ".

 

Alors, " promo " ou " pas promo ", lorsque vous faites les courses, choisissez le plus souvent des aliments non transformés. Finalement, n’y a-t-il rien de meilleur que de les transformer soi-même …. avec tous les bons ingrédients que vous préférez ?


Retrouvez "On n'est pas des pigeons" en replay sur Auvio.

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