S’équiper pour affronter le réchauffement climatique

Faut-il penser à s’équiper pour contrer les effets du réchauffement climatique dont certains se font déjà ressentir ?

Commençons par les faits scientifiques.

Nous avons demandé à Xavier Fettweis, climatologue à l’Université de Liège et chercheur qualifié FNRS, quelles allaient être les conséquences du réchauffement climatique dans les années à venir. "A l’échelle globale, l’Organisation météorologique mondiale (WMO) prévoit qu’il y a 90% de chance qu’au moins une année entre 2021 et 2025 devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée. Il y a 40% de chance d’atteindre le fameux seuil de + 1,5 °C d’ici 2030."

Outre l’augmentation d’environ 1 °C, si rien n’est fait pour le climat, il faut s’attendre à une augmentation du nombre de canicules. Ça, c’est pour les températures. Et pour les périodes d’ensoleillement, cela pourrait bouger aussi. Xavier Fettweis parle d’une "augmentation en été qui serait plus sec et moins nuageux. MAR (ndlr : le modèle régional du climat développé par l’Université de Liège) suggère ici une hausse d’environ 5% de l’ensoleillement."

Le boom de la climatisation

Plus de canicules, plus d’ensoleillement, nous vivrions déjà aujourd’hui ces changements et le monde de la construction l’a bien compris.

Aj-Air est une société basée à Houyet, spécialisée dans les installations de traitement de l’air. La climatisation n’est qu’une de leurs spécialités, mais elle remplit de plus en plus leur carnet de commandes. "C’est vraiment énorme. Quand on prend nos fournisseurs de matériel de climatisation, chaque année, ils doublent leur stock par rapport à l’année précédente" , témoigne Jérôme Rueda, gérant de Aj-Air.

Ici, on constate quand même des accumulations de journées successives où il fait fort chaud et donc, c’est un petit peu plus difficilement supportable.

"On a vraiment une croissance, je ne vais pas dire exponentielle, mais presque. C’est vraiment énorme.", observe-t-il.

La première raison qu’il avance pour expliquer cette croissance, c’est le réchauffement climatique : "Cela fait trois, quatre ans qu’on a vraiment un gros rush en climatisation, parce que les étés sont de plus en plus chauds et sur des périodes de plus en plus longues. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on a, chaque été, deux, trois semaines maintenant, où on a vraiment de fortes chaleurs. Là où, avant, on avait un jour à droite, un jour à gauche, où il faisait vraiment chaud, on le supportait encore bien. Ici, on constate quand même des accumulations de journées successives où il fait fort chaud et donc, c’est un petit peu plus difficilement supportable."

Le boom des protections solaires

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Pergola © Ziga Plahutar (Getty Images)

Screen, banne, pergola bioclimatique, ces noms ne vous disent peut-être pas grand-chose encore, mais ces protections solaires sont pourtant de plus en plus souvent demandées.

  • Le screen est un store extérieur qui arrête le soleil devant un vitrage.
  • Une banne solaire est un store oblique qui couvre une terrasse, mais il n’est généralement pas étanche à l’eau. 
  • Une pergola bioclimatique est reliée par satellite et elle s’ouvre ou se ferme automatiquement en fonction des conditions extérieures.

La SCID est une société qui vend au départ des fenêtres et des portes. Elle vient de lancer une toute nouvelle filiale spécialisée dans les protections solaires, son nom "Vivre Dehors". L’un de ses administrateurs, Laurent Brasseur, nous explique la raison de ce lancement. "On avait de plus en plus de demandes de la part de nos clients pour couvrir une terrasse, pour couvrir une fenêtre, se protéger du soleil, pour pouvoir vivre dehors de manière plus optimale. On a ouvert ce showroom parce qu’il y avait une réelle demande."

Ça fait vingt ans que je travaille dans la fenêtre; ça fait 5 ou 6 ans que ça a commencé, réellement maintenant, les maisons sont en réelle surchauffe.

Pour ces protections solaires aussi, le réchauffement climatique est avancé comme première cause, par Laurent Brasseur : "Au niveau climatique, personne ne peut nier que le monde change. Cela veut dire qu’il y a de plus en plus de canicules, de plus en plus de périodes extrêmement chaudes, de plus en plus de périodes d’ensoleillement très intense, donc, les gens ont besoin de se protéger parce que les maisons sont en surchauffe. On atteint les 35-40 degrés à l’intérieur, parce que les surfaces vitrées laissent rentrer du soleil de manière très intense, très longtemps. Ça fait vingt ans que je travaille dans la fenêtre; ça fait 5 ou 6 ans que ça a commencé, réellement maintenant, les maisons sont en réelle surchauffe."

Boostés par une autre crise, sanitaire celle-là

La crise climatique ne suffit pas à elle seule pour justifier les fortes croissances rencontrées dans les secteurs de la climatisation et des protections solaires. Une autre crise, celle du coronavirus, aurait donné elle aussi un fameux coup de pouce à ces secteurs d’activité. 

Les gens sont restés chez eux et donc, ils ont eu chaud chez eux. Avant, ils ont chaud dans des hôtels en vacances où il y a de la climatisation. Du coup, ils ont investi ce budget dans la climatisation.​​​​​​

Jérôme Rueda, gérant de Aj-Air en témoigne : "Le coronavirus a empêché tout le monde de partir en vacances et du coup, il y a eu deux phénomènes. Premièrement, les gens ne sont pas partis en vacances et ils avaient du coup du budget à allouer à autre chose, mais en plus, ils sont restés chez eux et donc, ils ont eu chaud chez eux. Avant, ils ont chaud dans des hôtels en vacances où il y a de la climatisation. Du coup, ils ont investi ce budget dans la climatisation. L’année dernière, on a vraiment vu un boom dans notre secteur d’activité au niveau de tout ce qui était climatisation et tout ce qui était piscine également."

Les gens sont de plus en plus prêts à consacrer beaucoup d’argent pour vivre mieux chez eux dans leur jardin. 

Pour Laurent Brasseur, administrateur de Vivre Dehors (SCID), le constat est le même : "Les gens sont de plus en plus prêts à consacrer beaucoup d’argent pour vivre mieux chez eux dans leur jardin et faire de leur jardin une pièce supplémentaire à la maison. Vu qu’ils n’ont pas pu dépenser leur argent en théâtre, en culture, ou en vacances, qu’est-ce qu’ils ont fait, ils ont économisé pas mal d’argent. Et maintenant, ils veulent le mettre dans l’économie réelle, c’est-à-dire dans l’économie du plaisir, des choses palpables qu’on ne peut pas leur prendre. Et ça passe par l’achat de pergolas bioclimatiques ou de protections solaires."

Des maisons thermos

Un autre facteur qui justifie le boom de l’attirail anti-réchauffement climatique, c’est l’évolution des modes, matériaux et techniques de construction. 

L’impact du vitrage sur l’habitabilité de la maison est gigantesque.

Laurent Brasseur, administrateur de Vivre Dehors (SCID) : "Il y a 20 ans, la surface de vitrage moyenne d’une habitation était de 27 m², aujourd’hui, elle est de 50 m². La surface vitrée est plus importante par habitat. Et la surface au sol a diminué. Les maisons de 200 m² n’existent plus. Elles font 100, 150 m² grand maximum. L’impact du vitrage sur l’habitabilité de la maison est gigantesque."

On a des maisons (thermos) qui ont tendance à surchauffer et à garder de la chaleur et donc la climatisation est un mal nécessaire pour ça.

En plus des surfaces vitrées qui augmentent, il y a l’isolation des maisons qui est de plus en plus performante. Cela peut avoir son revers, comme nous l’explique Jérôme Rueda, gérant de Aj-Air : "Les nouvelles constructions sont de plus en plus isolées. On fait des maisons, vraiment, ce que j’appelle des maisons "thermos". Et donc, c’est très très bien, parce que ça fait faire des économies d’énergie, en termes de chauffage, ce qui est quand même la plus grosse partie de l’année en Belgique. Mais l’inconvénient de cela, c’est qu’on a des maisons qui ont tendance à surchauffer et à garder de la chaleur et donc la climatisation est un mal nécessaire pour ça."

Cela peut sembler être un paradoxe de dépenser de l’énergie pour refroidir une maison censée être peu énergivore, car bien isolée. Les habitants en dépensent moins pour la chauffer, mais ils doivent du coup en dépenser pour la refroidir. Pour Jérôme Rueda, il faut relativiser : "Si on fait le bilan global énergétique annuel de la maison, on est largement gagnant, c’est pour cela que je parle d’un mal nécessaire."

Toujours plus exigeant

Pour terminer, un dernier facteur moins évident à chiffrer, pourrait expliquer le succès de la climatisation et des protections solaires. Jérôme Rueda, gérant de Aj-Air, parle d’une intolérance accrue à l’inconfort : "On a quand même des habitations qui sont plus confortables et plus équipées que ce qu’on faisait, il y a dix, quinze ans. Je pense que les gens sont de moins en moins tolérants à l’inconfort. Là où avant on supportait bien d’avoir un peu trop chaud en été, d’avoir un petit peu trop froid en hiver, maintenant, on veut toujours avoir une température confortable tout le temps."

Les installateurs et les architectes bien souvent n’hésitent plus à proposer aux maîtres d’ouvrage, dès la conception d’une maison, l’installation de la climatisation, par exemple : "Nous, en ce qui nous concerne, quand on a une demande pour une nouvelle construction, on pose systématiquement la question. On les met en garde parce qu’on a vu trop de projets où la chaleur va rentrer moins vite en été, c’est clair. Mais une fois qu’elle est dans la maison, elle va mettre aussi beaucoup plus de temps à ressortir derrière. Donc, pour nous la climatisation est nécessaire dans une nouvelle construction.", conclut Jérôme Rueda.

Intolérance à l’inconfort, budget plus important pour les aménagements, maison trop vitrée…

Avant de dépenser de l’argent et du carbone pour faire face aux effets, réels pour certains et supposés pour d’autres, du réchauffement climatique, on l’a compris, il y a d’autres facteurs à questionner.


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