Retour vers le commerce local, bientôt la fin ?

Retour vers le commerce local, bientôt la fin ?
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Retour vers le commerce local, bientôt la fin ? - © Maskot - Getty Images/Maskot

A la suite du coronavirus, le consommateur s'est tourné vers le commerce local mais cet élan risque de ne pas durer. Explications.

Un boom de courte durée ?

La Ferme du Château à Boninne propose des produits bio. Elle produit des yaourts, du fromage, de la glace de brebis, mais aussi des fraises et de la farine. La ferme s’est également associée à des producteurs de légumes locaux pour la vente.  

A chaque crise sanitaire les consommateurs se tournent vers le local, mais par la suite, c’est le même scénario tout redevient normal.

Anne-France Couvreur, productrice, précise qu'avec la crise sanitaire du Covid-19, la production de la ferme a triplé, une expérience jamais vécue par le passé. De 40 paquets de froment en 1 kilo, la production est passée à 120 paquets par semaine. La vente de fromage a doublé, une progression jamais vécue jusqu’alors !

Anne-France poursuit : " Il y a un regain d’intérêt soudain mais une fois que tout rentre dans l’ordre, les gens n’ont à nouveau plus de temps. On n’a pas encore vu de changement, les gens sont là mais par expérience, je ne pense pas qu’ils vont rester. "

Laura Delfosse propose à Redu, une épicerie de proximité en ligne, "A la Source ". On peut y acheter des fruits, des légumes, des produits secs, du fromage, de la viande. "A la Source ", on y trouve de tout. Pour Laura, le signal est déjà clair. " Au début de la crise, le consommateur est venu alors que nous étions moins bien équipés que dans les grandes surfaces en matière de désinfectant ! "

Depuis le début du déconfinement, nos ventes ont chuté de 30%, après avoir connu dans la première semaine du confinement, une augmentation historique de 200%.

Comment expliquer ces comportements du consommateur ? Tentative de réponse avec Pierre-A Billiet, CEO du groupe Gondola, professeur invité de l'école de commerce Solvay, ambassadeur WWF-Belgique.

Comment pouvons-nous changer ?

Pour Pierre-Alexandre Billiet : " Le pas entre l'intention et la consommation alternative effective est grand. Cultiver de nouvelles habitudes, cela ne se fait pas tout seul. Selon Charles Duhigg, auteur du livre "The Power of Habit", il faut en moyenne 66 jours pour développer une nouvelle habitude. Le lockdown n'a pas pris autant de temps. Heureusement, diront beaucoup, sinon, des catastrophes se seraient produites. Dans le même temps, elle garantit que nous, en tant que consommateurs, ne tournons pas la roue. Si nous avions acheté des produits sains, durables et locaux pendant 66 jours, nous aurions changé le monde ! 

Non, la crise ne changera pas de manière substantielle notre consommation !

Qui risque de changer ses habitudes ?

Il y a 15% de la population belge qui vit en-dessous du seuil de pauvreté, ces personnes auront beaucoup de mal à changer en fonction de leur pouvoir d’achat.  Pour les 85% restants, les produits locaux se sont bien vendus, mais durant la crise tout s’est bien vendu en matière d’alimentation. Demain, le consommateur agira avec son pouvoir d’achat qui risque d’être sous pression.

Certes la grande distribution a bien vendu, un chiffre d’affaire supplémentaire d’1/2 milliard, mais avec des coûts logistiques, humains supérieurs, très lourds.

Pour Pierre-Alexandre Billiet, l’élément déterminant, ce sera la confiance du consommateur : " Quand un consommateur a peur, il ne va pas chercher une nouvelle manière de consommer, il va retourner vers ses anciennes habitudes. Aujourd’hui on fait plutôt peur au consommateur. Si on lui fait peur il ne changera pas. Il va se recroqueviller sur lui-même et se réfugier sur ses vieilles habitudes. Il faut qu’il ait confiance dans le fait qu’on peut changer."

Même s'il perd un peu de son pouvoir d’achat, s'il croît au nouveau système, il continuera de dépenser et peut-être, il changera ses habitudes.

En Belgique aujourd’hui, il y a 280 milliards sur les livrets d’épargne, c’est une moyenne. Ce pouvoir d’achat potentiel est plus que suffisant pour relancer l’économie en Belgique. Le Belge utilisera donc cet argent s’il croit en l’avenir.     


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