Réouverture des piscines : l'obstacle de trop

Réouverture des piscines : l'obstacle de trop
5 images
Réouverture des piscines : l'obstacle de trop - © Stanislaw Pytel - Getty Images

Le secteur nage encore en eaux troubles. Aucune date de réouverture n’est encore fixée ! Il a juste été dit que les piscines seraient fermées au moins jusqu’au 30 juin.

On ne sait pas encore quand on va pouvoir rouvrir ni dans quelles conditions. Par rapport aux autres secteurs sportifs, on est les oubliés.

Didier Leclercq, directeur de la Fédération Francophone Belge de Natation (FFBN) est, comme ses nombreux sportifs, impatient : " On espère une réouverture pour le 1er juillet. C’est d'ailleurs ce qu'a prédit la ministre. Par contre, actuellement, on ne connaît pas encore les conditions dans lesquelles on va pouvoir rouvrir. Ça devient long et on se sent un peu oubliés par rapport aux autres secteurs sportifs. "

Les acteurs du secteur de la natation attendent le prochain Conseil National de Sécurité pour être fixés, peut-être, sur leur sort.

Les mesures sanitaires à appliquer pour la réouverture ne sont pas encore non plus bétonnées, mais en voici un avant-goût qui démontre bien la complexité d’édicter des règles sanitaires pour des infrastructures aussi sensibles que le sont les piscines publiques.

Un nombre limité de nageurs

Pour pousser la réouverture, la Fédération francophone belge de natation a émis une série de propositions. Son directeur, Didier Leclercq, nous en cite quelques-unes. " On a préconisé de mettre moins de nageurs. Dans le cadre d’un club de natation, ce serait, par exemple, quatre nageurs par couloir sur une piscine de 25 m. " Il est question aussi de limiter le nombre de vestiaires, ou encore de désinfections après chaque passage.

Se pose dès lors la question de la rentabilité. Une piscine coûte déjà très cher à faire tourner en temps normal. Serge Mathonet, directeur de l’Association des Etablissements Sportifs (AES) émet quelques doutes : " Si je peux ouvrir, par exemple avec un nageur tous les sept mètres carrés, je vais devoir pratiquement diviser par deux mon nombre de baigneurs, et je vais certainement devoir mettre en place des procédures de nettoyage plus important, donc d’engager du personnel pour cela. " Ces frais supplémentaires, beaucoup ne pourront se les permettre.

Il faut voir le temps que cela va prendre et si on a les moyens de le faire. Certains bassins ne pourront pas y arriver.

A Namur, on attend d’en savoir plus pour se décider. " Comme la plupart des villes, on est prêt à rouvrir. La volonté est de rouvrir, mais tout dépendra de ce qu’il faudra mettre en place. " S’interroge Benoît Aerts, en charge de la gestion des piscines de Namur. " Certains bassins dans des conditions qui seraient très strictes, ne rouvriront pas parce qu’économiquement, ce serait insupportable. " conclut Serge Mathonet, de l’AES.

La pomme de douche de la discorde

Le plus gros obstacle, celui qui semble faire tout ralentir, ce n’est pourtant pas la piscine proprement dite. L’eau du bassin de natation ne poserait pas de problème, comme l’explique Serge Mathonet de l’AES : " Pour ce qui est de l’eau du bassin, en elle-même, elle est filtrée, elle est chlorée. Une étude française le démontre, on sait que le virus ne survit pas dans une eau chlorée. "

Le réel problème, c'est la douche pas l'eau. Le virus ne survit pas dans une eau chlorée.

Non, l’obstacle principal, il faut le chercher avant le bassin. Au niveau des douches, pendent des pommes de discorde qui pourraient aussi, comme celle de Blanche-Neige, empoisonner… l’environnement. " La pierre d’achoppement est vraiment la douche parce que la douche a été considérée par les experts comme très aérosolisante. Elle produit plein de microgouttelettes. " explique Serge Mathonet.

Venir et repartir en maillot

La Fédération francophone belge de natation a pourtant bien une petite idée pour éviter l’obstacle de la douche. Didier Leclercq, son directeur nous en fait part : " On préconise au nageur de mettre le maillot pour aller à la piscine. Et il repart, soit avec le maillot mouillé, soit il se change en bordure de piscine. Hygiéniquement, ce n’est pas très sain, mais bon… C’est ce que nous proposons. " C’est en effet une façon simple et rapide de permettre aux athlètes de reprendre leur entraînement.

Prendre une douche avant d'aller dans une piscine est une obligation légale parce qu'elle est nécessaire tant pour l'hygiène que pour la santé !

Pour les exploitants de piscine, c’est hors de question : " Ça, c’est niet ! " répète à plusieurs reprises Serge Mathonet de l’AES. " Pourquoi cette douche préalable est absolument obligatoire ? Parce que quand vous allez dans le bassin, que vous ne vous êtes pas lavé et que vous y allez avec votre bermuda que vous avez porté toute la journée, il y a des matières fécales, etc. Vous allez faire réagir encore plus de chlore. Donc, on va devoir ajouter du chlore et ça crée ces fameuses chloramines, qui font que ça pique aux yeux. Ce n’est pas bon pour les poumons non plus. " Cette douche préalable est d’ailleurs une obligation légale reprise dans des arrêtés régionaux.

Une réouverture incertaine

Les piscines sont des infrastructures qui ne redémarrent pas du jour au lendemain !

Serge Mathonet nous l’explique : " Pour refaire fonctionner une piscine, il faut réchauffer l’eau. Il faut faire des tests " légio " (ndlr : tests de dépistage de bactéries qui provoquent la légionellose) dans les douches, justement. Les eaux stagnantes, elle adore ça, la légio. Sa culture prend une dizaine de jours dans les labos. Vous n’avez vos résultats que dix jours après. Il y a toute une mécanique à remettre en route. "

Les aspects financiers, les mesures à appliquer et la lourdeur inhérente à la remise en route d’une piscine rendent très incertain l’avenir à court et moyen terme pour le secteur. En attendant, les vases communicant fonctionnent plutôt bien entre les piscines et les lieux de baignades extérieurs. Ils semblent depuis quelque temps pris d’assaut par les nageurs de tous bords.