Regain d'intérêt pour l'Espagne: 4000 ménages belges y sont devenus propriétaires l'an dernier

Le Belge a une brique dans le ventre et depuis la crise financière qui a secoué l'Espagne, en 2008, ils étaient nombreux à s'y précipiter pour devenir propriétaires, à moindre coût, dans la péninsule ibérique.

Seulement voilà. Durant les premières années qui ont suivi la crise, beaucoup ont déchanté une fois sur place. Certes, la récession avait provoqué la chute de la bulle immobilière et le prix des biens avait dégringolé, mais les maisons et les appartements mis en vente à des tarifs plancher se situaient bien souvent dans des zones laissées à l'abandon, peuplées de chantiers à l'arrêt, donnant l'apparence de villes fantômes. Pas très glamour pour y passer des vacances! Depuis lors, les choses ont changé. L'économie espagnole a repris des couleurs. Les projets abandonnés ont été repris par des promoteurs aux reins solides. Du coup, les prix des biens immobiliers remontent peu à peu. Pendant la crise, on pouvait acheter un appartement deux chambres, deux salles de bain, en front de mer pour 60 mille euros, alors qu'il en valait 200 mille. Aujourd'hui, ce type de bien se négocie entre 100 et 150 mille euros. Toujours une bonne affaire, mais combien de temps cela va-t-il durer? Enquête dans la province de Malaga, dans le sud de l'Espagne, sur la Costa del Sol...

Les indicateurs sont au vert

Il n'est pas trop tard, mais il est temps! Si vous voulez acheter, c'est maintenant ", voilà ce que nous dit d'emblée David Zapico, de la société Zapinvest, une agence liégeoise, spécialisée dans la vente de biens espagnols à des acquéreurs belges. " Les prix sont en train de remonter, nous dit David Zapico, c'est encore le moment d'acheter et de faire une belle plus-value plus tard." L'agent immobilier nous donne ces explications en présence de Marc et Vanessa, un couple de verviétois en prospection sur la côte, dans la province de Malaga. Nous les rencontrons lors de la visite d'un appartement deux chambres, deux salles de bain, avec garage, terrasse et vue sur mer, mis en vente pour 110 mille euros, tout juste un peu au-dessus de leur budget. Malgré la route passante toute proche, ils sont séduits. " Il est neuf, propre, on peut y entrer sans rien faire ", nous dit Vanessa.

Pour son mari, Marc, l'achat de cet appartement est motivé par une envie de se faire plaisir et le besoin de placer ses économies. " L'argent placé en banque ne rapporte plus rien, nous dit Marc, la bourse nous fait peur, alors on a opté pour ce type d'investissement. Notre maison en Belgique est payée, nous pouvons emprunter à environ 500 euros/mois pour cet achat, en espérant que l'appartement prendra de la valeur au fil du temps." Ça, David Zapico en est persuadé. " Ce bien, acheté 110 mille euros aujourd'hui vaudra, à coup sûr, explique-t-il, 130 à 150 mille dans un an. " De quoi tenter plus d'un acquéreur qui dispose d'un peu d'économies. Et comme une récente étude de la banque ING, l'épargne belge ne cesse d'augmenter, on imagine que le marché est porteur. Il est même tellement prospère que pas moins de quatre agences immobilières belges ont établi leur quartier dans le sud de l'Espagne, à l'affût de tous les biens mis en vente, le plus souvent, via des saisies bancaires.

Une bonne affaire?

L'an dernier, chaque jour, onze ménages belges ont acheté un bien en Espagne. Un record! Parmi tous ces acquéreurs, il y a Christine et Damien, la trentaine, originaires de la région liégeoise. Nous les avons rencontrés un peu à l'écart de la côté, dans un 100 mètres moderne et design, acheté pour 200 mille euros. Damien est certain d'avoir flairé la bonne affaire. " La zone ne cesse de se développer, nous dit-il, nous louons ce bien entre 800 et 1 000 euros la semaine selon les saisons et, cela, pendant cinq mois de l'année. C'est rentable. "

Rentable, vraiment? Selon Secundo, une autre agence belge sur place, le rendement espéré peut atteindre entre 3 et 5%, beaucoup plus donc que le compte d'épargne belge. Mais attention! Les locations peuvent, certes, couvrir les frais divers (taxes, frais de copropriété,...) mais si vous visez l'autofinancement, il va falloir la jouer serré afin de dénicher des locataires le plus souvent possible. Si votre investissement n'est pas trop élevé à la base, vous pouvez espérer couvrir un éventuel emprunt en louant au moins trente semaines par an. Ce n'est pas rien. Pour cela, il faudra aussi choisir la localisation la plus rentable, souvent, en front de mer. Mais encore faut-il pouvoir louer... Un peu plus loin sur la côte, à deux pas de Gibraltar, nous avons eu rendez-vous avec Nicole et Jean-Paul. Ils sont devenus, l'an dernier, les heureux propriétaires d'un coquet deux chambres, deux salles de bain, donnant sur un golf, pour 137 mille euros. " Une aubaine, nous dit Jean-Paul, jamais nous n'aurions pu avoir un bien pareil à ce prix sur la côte belge. Mais jusqu'à présent, nous ne parvenons pas vraiment à le louer. Il faut dire que nous ne sommes pas très proactifs, notamment, sur les réseaux sociaux. "

En dépit des frais et des risque éventuels d'une non-location, ne faut-il pas craindre que l'Espagne ne retombe dans une sorte de surchauffe qui a entraîné, il y a dix ans, l'éclatement de la bulle immobilière? Pour Dominique Binet, responsable du département "Espagne" pour l'agence belge "Capsud", ce n'est pas impossible. " Surtout dans les zones où les Anglais sont très présents, explique-t-il, leur monnaie, la livre-sterling, a été fortement dévaluée à cause du Brexit, alors quand ils revendent leurs biens, ici, en Espagne, ils en demandent des prix très élevés en euros, en espérant en retirer un prix convenable en livre. Cela risque de faire pression sur l'immobilier espagnol et de provoquer une nouvelle surchauffe. " Mais selon Sandra Romo-Alvarez, une conseillère espagnole en droit immobilier, ce risque est aujourd'hui limité. " L'Espagne a tiré les leçons de sa grave crise financière, assure-t-elle, les banques sont surveillées, elles ne financent plus des tas de projets immobiliers à n'importe quelles conditions et, désormais, les taux variables n'existent plus. Plus de danger que des gens achètent pour finir par ne plus pouvoir rembourser en cas d'envol des taux d'intérêt ".

Alors, placer son argent dans un bien immobilier en Espagne, bon plan ou pas? Selon la plupart des agents que nous avons rencontrés, ce choix peut s'avérer être un bon investissement à la condition de le considérer avant tout comme un "placement-plaisir"...

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