Pourquoi trouver des fleurs bio est si compliqué

On ne pense pas quand on offre un beau bouquet de roses qu'on fait un cadeau empoisonné à la nature. Les fleurs sont bourrées de pesticides, de fongicides et de conservateurs. Transport en avion, culture en serre, occupation des terres agricoles, acheter des fleurs n'est décidément pas un acte anodin pour la planète. La solution? Des fleurs bio et locales. Mais trouver des fleuristes éco-responsables n’est vraiment pas facile.

"Des fleurs bio? Pourquoi? On ne les mange pas!", s’entend souvent dire Freddy Sparenberg quand il propose des plants de fleurs bio à repiquer à ses clients. Propriétaire de la plus grande pépinière bio du pays, il vend surtout des fruits, des légumes et des plantes aromatiques. Ses clients sont friands de bio mais juste quand ça touche à leur assiette. "Pour la nourriture, comme ça concerne leur santé, les gens veulent du bio. Mais pour la pelouse ou les fleurs, comme on ne les mange pas, ça a moins d’importance", déplore le propriétaire d'Ecoflora à Hal.

Les pesticides causent la "maladie des fleuristes"

Soyons clairs : la présence de pesticides dans les fleurs ne constitue pas un problème de santé publique. Tant qu'il y est exposé à faible dose, il n'y pas de risque pour le consommateur. Mais pour les fleuristes qui manipulent quotidiennement des fleurs, le risque est réel. On n’est pas des pigeons avait d'ailleurs mené une enquête il y a quelques années et les résultats étaient inquiétants. Les pesticides qui recouvrent les feuilles et les tiges se déposent sur les mains des fleuristes et pénètrent dans leur sang. Le risque? Des maladies chroniques, nerveuses et même des cancers.

Les pesticides ont aussi un impact sur la biodiversité et donc indirectement sur notre santé. "Les produits polluent et appauvrissent les sols, chassent les abeilles et les papillons qui ont besoin de butiner", explique Freddy Sparenberg de la pépinière bio.

Des fleurs sans pesticides, ça n’existe pas! Achetez des pralines!

Trouver des fleurs bio, c’est quasi mission impossible! On a poussé la porte de plusieurs fleuristes et on est à chaque fois sortis les mains vides. Les fleuristes ne semblent préoccupés ni par la provenance de leur marchandise, ni par la manière dont les fleurs sont produites. "Chez tous les fleuristes, ce sont des fleurs de serre avec des produits chimiques", nous lance une fleuriste. Beaucoup de produits? "Je ne peux pas vous dire, je ne suis pas sur place." Une autre nous conseille d’acheter des pralines car des fleurs bio "ça n’existe pas", dit-elle. En tout cas, elle n’en a jamais entendu parler.
 

Mes fleurs belges et bio ont un côté champêtre qui plaît beaucoup

Pour trouver des fleurs éco-responsables, c’est sur internet qu’il faut se rendre. Il y a un an, Amandine Maziers a créé Haut les cœurs, la première boutique en ligne belge de fleurs bio, locales et de saison. "Dans mes clients, j’ai des bio-convaincus mais aussi des gens qui sont séduits par le côté champêtre de mes bouquets", précise la fondatrice d’Haut les cœurs. "Mes fleurs ont quelque chose de très différent des fleurs qu’on trouve habituellement. Elles sont imparfaites avec la tête qui penche et la tige qui se tord. Elles ressemblent aux fleurs qu’on cueillait dans le jardin de notre grand-mère."

Ses bouquets à 35 euros sont livrés à vélo dans les dix-neuf communes de Bruxelles. Ils rencontrent un succès fou. D’ailleurs, d’autres initiatives du genre fleurissent sur la toile. C’est le cas de Veloofleur qui propose de jolis bouquets à partir de 20 euros. En Wallonie, Dansons la Capucine basée à Jamioulx proposera à partir de juin 2018 des bouquets de fleurs sauvages et locales. Originalité : certains bouquets seront même comestibles.

Pour ceux qui préfèrent acheter des fleurs en magasin, les fleuristes en ligne fournissent aussi des épiceries et ses supérettes bio.

Les fleurs bio, un marché appelé à se développer

Si peu de fleuristes proposent des fleurs bio, c'est aussi parce que rares sont les horticulteurs qui en produisent. Il y a un an, Jo De Beulle, productrice d’herbes aromatiques bio à Ternat a étendu son offre avec des fleurs à couper. Sur ses champs, au mois de mai, poussent tulipes, jonquilles et renoncules. "En Belgique, on est limités à cause du climat", déplore-t-elle. Mais pas question de se plaindre: ses fleurs cartonnent! "La demande est trois fois supérieure à ce que je peux produire. A Bruxelles, j’ai déjà quinze fleuristes sur liste d’attente." Face à ce succès, d’autres horticulteurs s’y mettent. Même si le marché des fleurs bio reste très embryonnaire pour le moment, il devrait connaître une belle croissance ces prochaines années.

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