Pollution : des citoyens se mobilisent

De plus en plus souvent, les citoyens prennent les choses en mains. Ils se défendent, proposent et sensibilisent. Ils cherchent aussi des solutions. En matière de pollution, ils ont été touchés par l'étude de Greenpeace "Mon air, mon école". L'association environnementale avait pointé, il y a quelques mois, la mauvaise qualité de l'air aux abords des écoles. Le résultat était alarmant : selon Greenpeace, dans 61% des cas, la qualité de l'air à l'entrée des écoles était préoccupante ou carrément mauvaise. Face à ce constat, des parents ont réagi.

Un café offert à l'entrée de la rue de l'école

Les parents des enfants de l'école Maria Boodschap, à Bruxelles, ont initié le mouvement. Tous les vendredis matins, il offrent le café à l'entrée de la rue de l'école... fermée aux voitures. L'association a pris le nom bilingue de "Filter-Café-Filtré".

Objectif : réduire la pollution de l'air dans les endroits les plus sensibles, comme le rappelle AnnKatrien Verdickt, du mouvement "Filter-Café-Filtré" : "On fait tout pour nos enfants. On veut qu'ils mangent bien, qu'ils fassent du sport, qu'ils aillent à la meilleure école mais "respirer", c'est un problème. C'est la voiture qui règne à Bruxelles et c'est ça qu'il faut changer. Ça doit être les gens qui comptent et pas les voitures. La seule chose que nous pouvons faire c'est de dire aux hommes politiques ce qui nous interpelle et ce sont eux qui doivent faire quelque chose".

L'action s'est propagée depuis mars dernier dans plus d'une centaine d'écoles, surtout en Flandre. A Bruxelles, à Saint Josse, d'autre parents vont même plus loin. A l'école Sint-Joos-an-zee, ils sont également parvenus à fermer la rue de l'établissement scolaire tous les matins. Le projet durera au moins jusque fin octobre. En plus, ils se relaient pour mesurer la qualité de l'air avec un petit appareil, un "airbeam" - c'est son nom - qui permet de mesurer la concentration de particules fines.

Pour eux, les mesures officielles ne sont pas suffisantes : "Si on regarde sur les sites officiels de mesure à Bruxelles, on respecte les normes mais si nous, en tant que citoyen, on mesure vraiment dans les rues de Bruxelles, on se rend compte qu'on les respecte beaucoup moins que les chiffres qu'on nous donne de manière officielle", explique Patricia Palacios. Et les résultats pris par les parents sont édifiants : plus de particules avant et moins juste après la fermeture de la rue... voilà qui rassure les parents.

Méfiance ... pourquoi?

Mais pourquoi cette méfiance ? Pour le savoir, nous avons rendu visite au BRAL, un organisme bruxellois qui soutient les initiatives citoyennes. Ici, on prête gratuitement des appareils portatifs de mesure de qualité de l'air à différentes associations. Alors quoi, le citoyen ne veut plus être "pigeon" ? Réponse de Liévin Chemin : " Oui dans, un sens, ils veulent dire au politique : on ne peut plus rester dans le déni ou on ne peut plus nous rassurer en nous baignant de chiffres et de normes européennes. On sent que c'est toxique et maintenant, on le sait ! ".

On a mesuré 

Nous aussi, nous avons voulu mesurer la concentration de particules fines dans l'air. Les valeurs dépassent-elles les normes ? La norme européenne est de 25 microgrammes par m3 d'air. L'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, elle, préconise de ne pas dépasser 10 microgrammes. A Bruxelles, un jour de beau temps, nous avons mesuré 7 microgrammes de particules fines 2,5 par M3 d'air. Nous avons aussi testé l'air de quelques villes en Wallonie là où le mouvement citoyen est beaucoup moins répandu.

A Mons : 7 microgrammes également. La météo était toujours au beau fixe. A Namur, nous avons poussé le test à l'extrême, à la sortie d'un pot d’échappement d'un autobus : 35 microgrammes. Vous l'avez compris, une mesure ponctuelle n'est pas représentative. Elle doit s'effectuer sur la durée. Nous sommes aussi allé à Marchienne-au-pont : 10 microgrammes de particules fines pour cette ville à la réputation de ville très polluée. C'est en tout cas la conclusion que l’on peut tirer du site "Celine" qui reprend les données officielles de pollution des trois Régions : 13 microgrammes de particules fines 2,5 en moyenne, l'année dernière, à Marchienne-au-Pont. C'est la ville la plus polluée de Wallonie !

Ces données sont récoltées par des stations télémétriques. Il y en a partout ? Pas vraiment. Nous avons cherché à Namur : nous n'en avons pas trouvé... parce qu'il n'y en pas! Voilà certainement pourquoi Greenpeace a décidé de faire appel à des citoyens pour mesurer les taux de dioxydes d'azote, une autre indicateur de pollution. Carolina Quintero Pacanchique s'est portée volontaire pour apposer ce dispositif sur sa façade : deux tubes qui récoltent les polluants : "En tant que maman de deux enfants, j'ai envie d'être sûre que tout va bien. Et si ce n'est pas le cas, de voir avec nos politiques ce qu'il faut faire".

Que fait la Région wallonne?

Mais, que fait la Région wallonne ? Á Namur, des mesures semblables sont prises depuis plusieurs années par l'Agence Wallonne de l'Air et du Climat (AWAC). Une cinquantaine de tubes a été placée sur le territoire de la ville pour mesurer les concentrations en dioxyde d'azote. Mais l'agence ne nous donnera pas les résultats. Seule indication : en cinq ans, on remarque une diminution de la pollution sur la place de la gare. Explication de Pascal Théate, conseiller à l’AWAC : "On a une pénétration de plus en plus importante de véhicules moins émetteurs d'oxydes d'azote dans le parc de véhicules. C'est certainement le cas pour les bus du TEC qui utilisent de plus en plus de bus hybrides".

Il y a des avancées mais le citoyen veut être au plus près des mesures de pollution. La Cour des comptes européenne vient d'ailleurs de lui donner raison. Elle estime qu'en Région bruxelloise, les stations de mesure ne sont pas toujours placées aux endroits les plus exposés.

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