Plage ou pas cet été en Belgique? Le goût amer de la saga de la mer…

Et une petite glace avec ça ? (Image : copyright Westtoer APB)
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Et une petite glace avec ça ? (Image : copyright Westtoer APB) - © Tous droits réservés

On commence à s’en douter : ce n’est pas parce que le confinement touchera à sa fin d’ici quelques semaines que la vie reprendra immédiatement son cours normal. Pour cause de voyages en avion compromis et de frontières fermées, les Belges risquent bien de devoir passer leurs vacances au pays. La côte pourrait donc connaître un afflux sans précédent.

Or, si, cet été, la distanciation sociale est encore de règle, les questions à résoudre seront, elles aussi, sans précédent. Comment garder 1m50 de distance entre chaque estivant sur la plage ? Faudra-t-il, comme dans les grandes surfaces, prévoir un touriste tous les 15 mètres carrés ? Et comment répartir les vacanciers quand la plage perd de sa surface à marée haute ?

As-tu ton pass ?

Le 16 avril, Bart Tommelein le bourgmestre d’Ostende (Open VLD) a lancé une idée qui n’est pas passée inaperçue : instaurer un " strandpas ", un pass pour la plage, qui serait réservé prioritairement et dans cet ordre aux Ostendaises et Ostendais, à celles ceux qui ont une seconde résidence dans la ville et enfin aux touristes séjournant dans un hôtel de la station.

Les réactions ont commencé à fuser. A commencer par celles des bourgmestres des communes de la côte. Pour la bourgmestre de Blankenberge, Daphné Dumery (N-VA), interrogée par VTM, cette suggestion pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses : " Va-t-on devoir mettre des portiques à l’entrée des plages ? Si un train rempli de vacanciers arrive, vais-je devoir les renvoyer chez eux ? Dois-je engager de nouveaux policiers pour régler tout ça ? "

Knokke pas OK

Il n’est pas question de créer des plages à deux vitesses !

Même le bourgmestre de Knokke, Léopold Lippens (Gemeentebelangen) ne veut pas limiter l’accès aux plages : " Soit les plages sont ouvertes, soit elles sont fermées. Dans les deux cas, la règle vaudra pour tout le monde. Je reçois des coups de fil inquiets, les gens me demandent si les Wallons sont encore les bienvenus. Mais oui ! Moi, à 30 mètres, je ne fais pas la différence entre les Flamands, les Wallons, les Bruxellois, les Allemands… "

De l’harmonie avant toute chose

Bref, il fallait un peu harmoniser toutes ces positions, histoire d’éviter que les estivants refoulés dans une station balnéaire ne se précipitent sur celle d’à côté, en y provoquant une saturation. C’est pourquoi, vendredi 17 avril, une vidéoconférence a réuni les bourgmestres des dix communes côtières ainsi que des représentants de Westtoerisme, l’office provincial du tourisme et le gouverneur de la province de Flandre occidentale, Carl Decaluwé (CD&V)Et n’est arrivée à aucune décision. La raison invoquée à ce désaccord par une personne proche du dossier est que " quand onze personnes parlent en même temps dans une vidéoconférence, personne ne se comprend ". Mais les bourgmestres ont promis de venir avec une série de propositions de mesures. Des mesures dont ils discuteront lors d’une réunion, le 29 avril. Une réunion en chair et en os, pour éviter les malentendus.

Tous à Middelkerke ?

Quelles propositions ? Strandpas ou pas ? Accès réservé à celles et ceux qui paient les taxes locales ou pas ? A l’heure actuelle, c’est la bouteille à encre. Pour la simple raison que ces mesures devront tenir compte des décisions du Conseil National de Sécurité. Impossible, par exemple, de savoir quelle disposition du lockdown sera assouplie quand. Impossible également, dans l’habituelle lasagne institutionnelle belge, de dire quel niveau de pouvoir (communal, provincial, régional ou fédéral) sera en charge de quel dispositif.

Mais une commune a d’ores et déjà annoncé qu’elle était prête à accueillir tous les touristes qui voudraient venir. Mieux même : elle les attend, elle les espère ! Middelkerke est dirigée par Jean-Marie Dedecker (LDD), l’ex-entraîneur de l’équipe nationale de judo et, surtout, un personnage haut en couleur :

Le tourisme, c’est notre seule industrie. On en a besoin pour vivre !

" L’an passé, quand on a décidé de construire une nouvelle digue, on a fait nos calculs : nos 12 zones de baignade surveillées peuvent accueillir 65.000 personnes. Qui auront toutes une surface de plage de 36 m2. C’est parfois plus que chez eux ! Et s’ils se mettent à deux, on peut accueillir encore plus de monde… Si ça ne suffit pas, nous avons encore des plages qui ne sont utilisées qu’au tiers de leurs capacités, aussi bien vers Ostende que vers Nieuport. Il suffira d’y prévoir des maîtres-nageurs et des marchands de glace. On pourra encore accueillir 100.000 visiteurs supplémentaires. On n’a jamais eu autant de monde chez nous ! "

Mais comment allez-vous faire pour surveiller que les gens s’installent bien à la distance réglementaire ? Vous allez engager une armée de nouveaux policiers ?

" Mais non, nos policiers ont déjà beaucoup à faire en été. On va plutôt faire confiance au bon sens des gens. La période actuelle prouve qu’ils sont conscients des règles à respecter. "

Ça ne va pas être difficile de trouver un terrain d’entente avec votre homologue ostendais ?

" Chaque commune a une situation différente. Ostende, c’est une ville très compacte. Les plages risquent vite d’y arriver à saturation. Chez nous, on a toute la place qu’on veut. Dites à vos lecteurs francophones qu’ils sont les bienvenus. En plus, ce matin j’ai parlé à un docteur, il m’a assuré que l’iode marin, c’était excellent contre le coronavirus ! "

Retour à Knokke…

Knokke dont le bourgmestre pose une série de questions : est-ce que, outre la plage, les infrastructures de la côte auront la possibilité d’accueillir tous ces nouveaux venus ? La côte, c’est 6000 chambres d’hôtel. On arrivera vite à saturation. Donc, la plupart des nouveaux visiteurs seront des touristes d’un jour. Comment va-t-on gérer la mobilité ? Et s’ils viennent en train, comment assurer la distance sociale dans les wagons ? Les restaurants et les cafés seront-ils ouverts ? Que faire s’ils doivent réduire leur capacité de 50 ou 60% ? On devra accueillir plus de monde avec une capacité d’accueil diminuée… En fin de compte, c’est le Fédéral qui va décider des mesures générales, les communes seront juste là pour tenter de les faire appliquer… "

Autant dire que Léopold Lippens se sent assez peu concerné par ce que racontent ses collègues des autres communes : " Tommelein croit qu’il parle au nom de tous les bourgmestres de la côte ! Il peut dire ce qu’il veut, je ne l’écoute pas… Si je compte venir à la réunion de concertation avec les autres bourgmestres ? Bien sûr que non ! Avec le confinement, je ne sors pas de chez moi. "

La côte, un luxe inabordable ?

On est donc loin d’une position commune sur la question.

Actuellement, la seule certitude, c’est que les grandes vacances démarrent dans une dizaine de semaines. Que personne ne sait comment organiser le raz de marée possible. Et que, loi de l’offre et de la demande aidant, personne, surtout, ne sait si louer une chambre d’hôtel ou un appartement à la mer ne sera pas devenu, cet été, un luxe inabordable pour le commun des mortels.

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