Phtalates, parabènes, bisphénol A: les enfants soumis à un cocktail de perturbateurs endocriniens

Phtalates, parabènes, bisphénol A: les enfants soumis à un cocktail de perturbateurs endocriniens
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Phtalates, parabènes, bisphénol A: les enfants soumis à un cocktail de perturbateurs endocriniens - © JOEL SAGET - AFP

Ils sont partout : de la cuisine jusque dans la chambre en passant par la salle-de-bain, les perturbateurs endocriniens sont omniprésents. On en parle beaucoup, mais, dans le grand public, peu connaissent réellement le sujet.

Pourtant, les perturbateurs endocriniens constituent un vrai problème de santé publique. Ils portent les doux noms de phtalates, parabènes, bisphénol A, triclosan, benzophénone 3, pesticides. Ils sont accusés de déréguler le système hormonal.

Avec quelles conséquences? Au niveau neurologique: des phénomènes autistiques, des problèmes d'hyperactivité chez l'enfant; au niveau métabolique: hypofertilité chez l'homme, puberté précoce chez les filles et surtout une explosion de cas de diabète de type 2 et d'obésité. Ce n'est pas rien. D'autant que les perturbateurs agissent à très faible dose.

Contamination dès l'enfance

Nous sommes quotidiennement soumis à un véritable cocktail de perturbateurs endocriniens. A travers la nourriture, des savons, des dentifrices, des shampoings, des crèmes solaires, des plastiques, des boîtes de conserve... La liste des produits qui nous contaminent est longue. Nous sommes tous exposés dès l'enfance.

C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par le magazine français "60 millions de consommateurs". L'analyse des cheveux de 40 enfants a révélé, chez tous les sujets, la présence de dizaines de perturbateurs endocriniens.

Et chez nous ? Pas de raison que cela soit bien différent. C'est pourquoi nous avons décidé de procéder à une étude similaire. Nous avons choisi deux écoles, une école primaire, située à Jehay, dans la campagne hesbignone et un athénée, situé à Evere, en pleine ville. Au total, nous avons demandé à 20  enfants âgés de 10 à 15 ans de nous fournir un échantillon de leur urine. Nous avons fait analyser ces échantillons au laboratoire de toxicologie clinique du CHU de Liège, l'un des deux seuls labos, en Belgique, habilités pour ce type d'analyses.

Des résultats interpellants

Le résultats de nos analyses interpellent. En effet, tous les enfants, sans exception, sont contaminés aux phtalates et au bisphénol A.

Chez presque tous les sujets, on a aussi retrouvé du benzophénone 3, présent dans des crèmes solaires, des parabènes et du triclosan que l'on retrouve dans des dentifrices. Même si cela peut surprendre, ces résultats sont conformes à ce que l'on retrouve dans la population en général. CQFD. Les perturbateurs sont partout. Un peu plus présents encore chez les ados de la ville, choisis dans notre panel que chez les enfants de la campagne. Sans doute, parce que les ados consomment davantage de cosmétiques et de cannettes, par exemple.

Comment éviter les perturbateurs endocriniens?

L'idéal est de limiter la consommation de produits contenant des perturbateurs endocriniens. Mais comment les repérer? A moins de posséder un master en chimie, pas simple de décrypter les étiquettes. Le mieux encore est de privilégier les produits "sans", ceux qui s'affichent sans parabènes et autres.

Le must: privilégier le bio, en principe, fiable. L'idéal serait de bannir purement et simplement les perturbateurs. Mais, au niveau de l'Europe, les discussions à ce sujet s'enlisent. On attend depuis 2012 une liste des perturbateurs endocriniens.

Problème: les états membres ne sont pas encore parvenus à s'accorder sur une définition. Autrement dit, en attendant, l'industrie chimique continue d'utiliser les perturbateurs endocriniens impunément. Au mépris de la santé des consommateurs.