Peut-on acheter la voie publique qui passe devant sa propriété?

Vous habitez un joli coin de paradis, mais vous en avez assez des promeneurs qui passent sur le chemin public près de chez vous. Vous faites quoi ? Vous offrez à votre commune une somme colossale pour acheter tous ces sentiers publics touristiques. Et fini les promeneurs ! Votre bourgmestre dit quoi ? Il dit oui. C’est de la fiction ? Dans la commune de Manhay, non…

Cap sur la province du Luxembourg, la commune de Manhay et plus précisément le village de Deux-Rys, qui tremble en ce moment. Pas question de secousses sismiques, rassurez-vous, mais un litige oppose depuis des années les riverains à l’administration communale. Le problème ? La commune de Manhay a accepté de vendre quatre chemins de promenades qui existent depuis des siècles à un riche propriétaire, châtelain de son état. La raison ? Le châtelain en question en a assez des promeneurs qui passent à proximité de son château. Le propriétaire a donc mis le paquet en proposant 600 000 euros à la commune pour racheter ces chemins publics, afin de les les privatiser. Éloigner les promeneurs de son champ de vision est pour lui une nécessité. Mais voilà, peut-on tout acheter, même des chemins publics qui datent de centaines d'années ?

La commune accepte l'offre : les habitants grondent

Les habitants du coin ne sont pas d'accord, mais alors pas du tout. "On se croirait revenu au Moyen-âge", explique Franca, habitante du village. "Monsieur est riche, et il achète la voie publique, à notre détriment, tel un seigneur ! Le plus beau chemin de promenade de la région en plus. Non, ce n’est pas possible. Le pire de tout, c’est que la commune de Manhay accepte de vendre ces 6 km de sentiers ancestraux que nous sommes nombreux à fréquenter tous les jours ! Je n’en reviens pas".  

Exaspération, pétition et pression populaire : quel effet sur le bourgmestre ?

Franca Etienne est exaspérée, et ce n’est pas la seule. Avec quelques amis, ils ont lancé une pétition sur Facebook pour sauver leurs beaux chemins de promenade. 2500 personnes ont soutenu leur démarche. Mais la commune va accepter de vendre. Malgré la pression populaire. Manhay ne peut refuser les 600 000 euros en jeu, nous explique son bourgmestre, Robert Wuidar : "Ces 600 000 euros, nous allons les consacrer à des projets pour les seniors et les jeunes. C’est une somme très importante, bien au-dessus de la valeur réelle de ces chemins. Et puis le propriétaire acheteur va nous offrir un chemin de remplacement, pour compenser la perte que doivent subir les promeneurs".

Un chemin de substitution

Un chemin de remplacement, OK. Mais les opposants ne l’entendent pas de cette oreille. "Ce chemin de substitution longe en grande partie une route de promenade déjà existante. Il ne sert donc à rien et n’offre pas les mêmes connexions avec les villages alentours. C’est une réelle perte pour les touristes et pour nous. Et puis les chemins vendus sont les plus beaux de la région. Ils datent pour certains de l’an 1200. Ils ont une valeur historique. C’est intolérable de les privatiser parce qu’un propriétaire ne veut voir aucun promeneur dans sa zone. C’est anti-démocratique".

Un patrimoine local et sentimental pour les habitants

Elle y va cash, Franca Etienne. Elle n’a peur de rien. Son acolyte, Freddy Bonmariage partage son combat : "Je me sens volé. Je me promène ici tous les jours depuis mon enfance. A cheval, à vélo, à pied. Et j’ai 80 ans. On m’arrache une partie de moi-même en me privant de mes endroits de balade. Cela va changer ma vie, cette vente".

La faute aux sans-gênes...

Chaleur, chaleur à Manhay. Mais le bourgmestre n’en démord pas, il veut vendre. "Moi, je comprends le propriétaire qui est gêné par les promeneur. Il habite au milieu des bois et les gens pénètrent parfois sur ses parcelles. Ce n’est pas agréable pour lui. Donc, on lui cède ces chemins. C’est un homme respectable, qui doit être respecté".

L’acte de vente devrait donc être rédigé prochainement, et les 600 000 euros versés. On suppose alors que les riverains contesteront cette privatisation du domaine public par voie judiciaire. Ils ont décidé de lutter jusqu’au bout. Cependant, il n’est pas interdit à une commune de vendre des chemins communaux. Si cela ne nuit pas à l’intérêt général et au maillage entre les villages. Est-ce le cas ici?

C’est tout l’enjeu de ce duel de l’Ardenne…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK