On n'est pas des pigeons a testé les chewing-gums énergisants

Ils ruminent, ils mâchent. Les sportifs ont leurs habitudes. Les chewing-gums énergisants font désormais partie de la vie de nombreux footballeurs pro. Kylian Mbappé, Neymar, le PSG, l’AS Monaco ou encore l’équipe de France en sont des adeptes. Les diables rouges ne sont pas en reste. Pour certains, ça favorise la concentration et pour d’autres, ça donnerait un coup de boost instantané. Ils sont bien plus efficaces que les boissons énergisantes.

C’est d’ailleurs l’argument de vente des producteurs. La caféine contenue dans ces gommes passerait beaucoup plus vite dans le sang car elle est absorbée par les muqueuses buccales. Après 5 minutes, le boost serait déjà là. Comptez 4 à 6 fois plus de temps pour les boissons qui donnent des ailes. La caféine entre alors dans le corps par les intestins. C’est beaucoup plus lent.

L’armée américaine est à l’origine de cette invention. Elle voulait trouver un moyen efficace de réveiller ses troupes en toutes circonstances. Faciles à transporter, les gommes ont plus d’un atout.

Des rugbymen au service d’une expérience

Nous avons mis à l’épreuve cette promesse marketing. Le Dr Marc Francaux des facultés des sciences de la motricité de l’UCL va mener une expérience sur les Wolves, l’équipe de rugby universitaire. Ce test ponctuel n’a pas de valeur scientifique.

12 rugbymen vont réaliser 6x30m en sprint avec 20 secondes de récupération entre chaque répétition. 8 minutes avant le test, les joueurs reçoivent un chewing-gum. Une partie du groupe absorbe effectivement 200 mg de caféine soit l’équivalent de 3 bonnes tasses de café. L’autre se voit remettre un placebo.

Trois jours plus tard, les joueurs refont le même test en changeant de produits. Le Dr Francaux reproduit en réalité une expérience menée par des chercheurs de l’Université de Sheffield Hallam en Angleterre. Cette étude avait démontré qu’une faible dose de caféine (200 mg) améliorait la performance. "On y voit clairement que ceux qui ont pris la caféine mettent moins de temps. Ils ont couru plus vite pour parcourir leurs 30m. Il faut noter que l’effet n’est pas très important. De l’ordre d’un dixième de seconde", souligne Marc Francaux.

Un test non concluant

Pourtant, les résultats de notre test ne correspondent en rien à ceux de l’expérience anglaise. "Les points se superposent et donc, on a absolument aucun effet de la caféine par rapport au chewing-gum standard", s’étonne le Professeur de l’UCL. Après vérification au laboratoire de chimie générale de l’Agro-Bio Tech de Gembloux (ULiège), les chewing-gums contiennent bien la dose indiquée de caféine. Comment expliquer alors cette différence ?

La réponse vient sans doute de la méthodologie. Les rugbymen ont évolué en extérieur et les conditions météo n’étaient pas identiques lors des deux jours : "On a vu que le deuxième jour où il pleuvait un peu et sans doute que le sol était un peu plus glissant, les sujets ont systématiquement couru moins vite. Ce qui nous a empêchés de voir l’effet potentiel de la caféine".

Goût plus dégueulasse

Les Wolves n’ont pas ressenti l’effet de boost annoncé. "Je n’ai pas senti de différence. À part le goût plus amer, plus dégueulasse", nous explique un rugbyman. "J’ai l’impression que j’aurais eu plus de coup de boost avec le café qu’avec le chewing-gum", enchaîne un autre.

On rappellera enfin que la caféine ne fait pas partie de la liste des produits dopants de l’AMA (Agence mondiale antidopage). Cela reviendrait à interdire une tasse de café avant une compétition. Ça n’aurait pas beaucoup de sens. Au-delà d’une certaine dose, l’effet devient même contre-productif. Trop de caféine peut accélérer le rythme cardiaque. Ce qui dans les sports d’endurance peut devenir néfaste. Ces chewing-gums sont aussi à déconseiller aux enfants et aux femmes enceintes. Pensez-y avant de ruminer comme vos idoles.

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