Nouvelle surchauffe en perspective dans le photovoltaïque

En Wallonie, les détenteurs de panneaux photovoltaïques ne savent plus sur quel pied danser. Après avoir annoncé l’arrivée d’un nouveau tarif, puis le gel de ce tarif par le nouveau gouvernement, voilà que le régulateur affiche sa volonté d’appliquer cette tarification envers et contre tout. Pour les particuliers qui ont investi dans le photovoltaïque, le message est plus que jamais brouillé…

Pour Baudouin Dussart, cela devient du chinois. Ce retraité de la région namuroise a fait installer ses panneaux, il y a 9 ans. Il a certes fait une bonne affaire car il ne paye pratiquement plus d’électricité, mais au fil du temps, il a bien du mal à s’y retrouver dans le changement des règles.

Depuis 9 ans, il ne paye plus l’utilisation du réseau. Cela faisait partie du package d’incitants visant à encourager les particuliers à investir dans le photovoltaïque. C’est aussi une sorte de compensation. Car pendant les 6 mois les plus ensoleillés de l’année, les détenteurs de panneaux produisent plus qu’ils ne consomment. " Cet excédent part sur le réseau, nous explique Baudouin Dussart, les voisins en profitent. Dans ces périodes-là, je deviens un peu fournisseur d’électricité. ".

Un beau bras de fer en perspective

Malgré cela, la Cwape, le régulateur wallon, avait prévu de modifier les règles et d’appliquer, dès 2020, un tarif prosumer, en clair, demander aux détenteurs de panneaux de payer pour l’utilisation du réseau. Coût : environ 30 euros par panneau. Lors de la formation du nouveau gouvernement, coup de théâtre : la majorité PS-MR-Ecolo annonce vouloir geler ce tarif jusqu’en 2025… Bonne nouvelle pour les détenteurs de panneaux, pensez-vous ? Et bien, pas forcément.

Parce qu’à la Cwape, on s’accroche à l’application de ce tarif dès 2020. On en fait une affaire d’équité. Stéphane Renier, le président, nous explique qu’il n’est pas juste que les non-propriétaires de panneaux soient les seuls à payer l’entretien du réseau alors que les détenteurs l’utilisent aussi en hiver ou pendant la nuit. Et la Cwape entend bien avoir le dernier mot. " Notre organisme de régulation est tout-à-fait autonome en matière de tarification, explique Stéphane Renier, c’est reconnu par l’autorité européenne. ". Autrement dit, la Cwape estime que le Gouvernement wallon n’a pas autorité en la matière. Un beau bras de fer en perspective…

Le secteur du photovoltaïque a besoin de stabilité. À force de changer les règles en cours de route, il finit par y avoir rupture de confiance

Du côté des détenteurs de panneaux, on veille au grain… Pour l’asbl " Touche pas à mes certificats verts ", c’est une injustice. " Ce n’est pas ce qui était prévu à la base, nous dit le président, Régis François. Et puis, les tout gros producteurs d’énergie renouvelable, éoliennes, biomasse, …eux, ne sont pas soumis aux mêmes règles alors qu’ils font beaucoup plus de profits "…

Alors, qu’en pensent les experts ? Nous avons posé la question à Damien Ernst, spécialiste en énergie à l’Université de Liège. Selon lui, les deux points de vue se défendent, à la fois celui de la Cwape et celui des détenteurs de panneaux. " Mais, précise-t-il, il y a clairement une remise en question des règles du jeu. Or, le secteur du photovoltaïque a besoin de stabilité. A force de changer les règles en cours de route, il finit par y avoir rupture de confiance ". Et si la confiance est rompue, les particuliers pourraient bien faire une croix sur des investissements futurs dans l’énergie renouvelable.

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