Neknomination … boire à en mourir ?

Drunk man slumped on bar asleep
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Drunk man slumped on bar asleep - © Image Source - Getty Images/Image Source

Depuis le 18 mars, la majorité des Belges sont cloîtrés à la maison. Les réseaux sociaux sont devenus le meilleur moyen pour garder des liens sociaux et s’extérioriser. Pour certains, le temps est long. Ils décident alors de le mettre à profit pour amuser la galerie. De nombreux ‘challenges’ voient ainsi le jour. Certains vertueux, d’autres très inquiétants, comme le "Neknomination". Un Carolorégien a relevé ce défi. Il est aujourd'hui dans le coma.

Isolés, on passe de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram ou encore Twitter sont de véritables échappatoires où beaucoup surfent quotidiennement à la recherche d’un peu de distraction. C’est alors que naissent de nombreux défis bienveillants et humoristiques. En voici quelques exemples...

Facebook

  • Le #stayhomechallenge

Ce challenge fait le buzz.

On y voit les footballeurs professionnels, mais aussi les amateurs jongler avec du papier toilette, une denrée rare !

  • Le Neknomination

Les défis vertueux se démultiplient. Mais, depuis quelques jours, un autre genre de défi a attiré notre attention. Il est bien plus inquiétant et dangereux : le " Neknomination ".

Ce défi est apparu pour la première fois sur les réseaux sociaux en 2014 et a fait au moins 5 morts … Aujourd’hui, il refait surface. 

Le principe est très simple mais pas sans risques ! Il s’agit de se filmer en train d’enfiler quatre shots d’alcool fort et ensuite de défier quatre amis. S’ils ne relèvent pas le défi dans les 24h, ils devront vous payer un resto une fois le confinement terminé.

Un Carolorégien a relève le défi. Mais au lieu de se limiter à une quantité d'alcool 'raisonnable', il a ingurgité cul sec un litre et demi d'une liqueur à 30 degrés. Il est actuellement dans le coma. Le personnel hospitalier a pointé un comportement incivique, surtout en période de crise sanitaire.

Neknomination et ses travers

Le délai court et les vidéos mises en ligne ajoutent une pression supplémentaire à relever le défi nous explique Dr. Thomas Orban, alcoologue.

C’est extrêmement pervers comme système. Si vous ne relevez pas le défi, que penseront vos amis de vous ?

Dans notre culture, l’alcool a toujours été un lubrifiant social. Et ce défi semble être une façon de lâcher prise dans un quotidien morose. Mais attention ! Cela n’est évidemment pas sans risques. Si pour la majorité d’entre, nous quatre shots ne représentent pas un réel danger, les conséquences peuvent être bien plus dramatiques quand on se laisse emporter ! " Les gens sont parfois nominés deux à trois fois sur la même journée. De quatre shots, on passe à 8 voire 12. Là, le danger naît ", s’inquiète le Dr. Thomas Orban.

Pour les citoyens isolés, la surconsommation représente un réel danger. " Si le nominé fait un coma éthylique, il n’y a personne autour de lui pour appeler les urgences. Il peut aussi chuter, se blesser. Sans parler des troubles neurocognitifs que cela peut avoir à long terme sur les jeunes, puisque notre cerveau se développe jusqu’à 25 ans… " explique Martin Deduve, responsable d’Univers Santé, avant d’ajouter :

Certains vont consommer plus qu’à leur habitude. Ils vont peut-être développer un rapport à risque avec l’alcool et plus tard une dépendance. 

Ce défi est extrêmement viral. Et au vu des dangers qu’il représente ne faudrait-il pas censurer ce genre de contenu sur les réseaux sociaux ? " Le cerveau humain est fabriqué d’une manière telle que dès qu’on lui interdit quelque chose, il a envie de le faire. Il ne faut pas interdire, ça ne sert à rien. Par contre, il faut éduquer les gens à la consommation ", préconise le Dr. Thomas Orban.

Alcool et autorités

En Belgique 90% des consommateurs n’ont aucun problème d’alcool. 10% ont par contre une consommation problématique, dont 600.000 sont alcoolodépendants. " Il y a un manque total d’accompagnement, c’est aberrant !  Sur base d’arguments économiques, la Belgique n’a aucune véritable politique pour lutter contre cette problématique " s’inquiète Martin Deduve. À commencer par l’interdiction des publicités.

C’est le seul psychotrope pour lequel la publicité est encore autorisée !

Un mauvais calcul, car l’alcool coûterait, selon lui, beaucoup plus cher à la Belgique qu’il ne rapporterait.Ça ne coûtera pas grand-chose en termes d’emplois et de ressources financières pour l’État par contre ça rapportera beaucoup pour la santé publique ! ", affirme Martin Deduve.

Si aujourd’hui, on observe tous les matins un décompte mortuaire du nombre de victimes du coronavirus, ce qui est tout à fait glaçant, qu’en est-il du nombre de victimes de l’alcool ? À travers le monde, chaque minute, 6 personnes meurent d’une consommation excessive d’alcool. Et cela depuis bien longtemps, mais tout le monde s’en moque… ", conclut Thomas Orban.

Alors, restons prudents. Et si vous vous laissez tout de même tenter par le "Neknomination", faites-le, mais faites-le avec modération.

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