Les travailleurs du sexe, les victimes oubliées du coronavirus

Les travailleurs du sexe, les victimes oubliées du coronavirus
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Les travailleurs du sexe, les victimes oubliées du coronavirus - © George Pachantouris - Getty Images

Rares sont les articles de presse qui en parlent. Rares sont les personnes qui se préoccupent de leur sort. Pourtant les travailleurs du sexe sont nombreux et nombreuses à s’être retrouvés du jour au lendemain sans plus aucune source de revenus au début du confinement.

Comment vivent-ils cette période particulière ? Tentative de réponse avec les associations qui leur viennent en aide.

Toujours en activité ?

Certains continuent leur activité malgré l’interdiction. C’est pour beaucoup une question de survie ! 

Sans aucune autre source de revenus, ils préfèrent continuer même s'ils risquent une amende ou une contamination.

Martine Di Marino, coordinatrice de l’Asbl, Entre 2 Wallonie, témoigne : " Je suis convaincue que pas mal continuent avec leurs clients habituels mais nous n'en avons aucune preuve car cela se fait dans la clandestinité. Dans la rue, en tout cas, en apparence, il ne se passe rien. " L’asbl d’ailleurs poursuit ses activités. A côté des préservatifs et du gel lubrifiant, c’est du gel désinfectant qu’elle distribue.

Une autre association, Espace P, présente dans toutes les grandes villes francophones du pays, aide également les travailleurs du sexe au niveau psycho-médicosocial. Elle aussi n’est pas dupe à ce sujet et préfère délivrer sur son site une série de conseils à celles et ceux qui continuent de travailler :" ... le travail n’est pas autorisé. Cependant si vous deviez recevoir des clients, voici quelques règles à respecter : Refuser les clients qui toussent, ont le nez qui coule, ont de la fièvre ; Recevoir un seul client à la fois (relations à plusieurs interdites) ; Demander au client de se laver les mains avant d’entrer avec du savon pendant 60 secondes / du gel hydroalcoolique et en sortant ; Nettoyer au désinfectant les choses qu’il/elle aurait touchées (clenches de porte, bord de lit…). Le faire après chaque client ; Limiter les contacts intimes > ne jamais l’embrasser ; Se laver tout le corps au savon après chaque client ; Favoriser le travail via webcam. " Ces conseils paraissent surréalistes et dérisoires, mais peut-être en sauveront-ils quelques-un(e) s.

Chez Alias, une autre association qui vient en aide à environ 450 hommes et transgenres prostitués, les échos reçus sont tout autres : " Ce qu’on constate, c’est que la toute grande majorité a arrêté leur activité et se retrouve dans des situations que moi personnellement, en vingt-cinq ans de travail psychosocial en région bruxelloise, je n’ai jamais vues de manière aussi extrême. " Nous avoue Laurent van Hoorebeke, le coordinateur d’Alias.

Toujours plus dans la misère

Dès la première semaine de crise, on a eu un nombre important de cas critiques comme ne plus pourvoir s'acheter à manger ou payer son loyer.

Laurent Van Hoorebeke poursuit : " Bien sûr, on a toujours eu des gens qui avaient des soucis à s’alimenter ou à couvrir des besoins vitaux. On a toujours eu cela, mais autant de demandes, concentrées… Immédiatement, dès la première semaine de crise déjà, on a eu un nombre beaucoup plus important de demandes et des situations extrêmes, c’est " Je n’ai plus de quoi manger ! " ou encore " Mon loyer, je ne sais pas comment je vais le payer et je ne vois pas de solution. "

Madame Martine Di Marino, coordinatrice de l’Asbl " Entre 2 Wallonie " vient en aide essentiellement à des femmes sur la région de Charleroi. Pour elle, la plongée dans la misère, c’est devenu une généralité : " Toutes les filles que l’on accompagne sont en difficulté financière. "

Toujours plus de clandestinité

On comprend mieux pourquoi certains n’ont pas d’autre choix que de poursuivre leur activité parfois.

C’est marche ou crève !

La peste, le choléra ou le covid, certaines et certains en ont vu d’autres dans ce milieu ! Alors ils continuent. Mais pour quand même éviter les ennuis avec la Police, ils pratiquent clandestinement avec tous les risques supplémentaires que cela représente. Martine Di Marino, coordinatrice de l’Asbl " Entre 2 Wallonie " nous donne quelques exemples : " Plus de risque de clandestinité, c’est plus de risque de violence, de se retrouver seule, de tomber sur un type qui vous prenne sous sa coupe… "

Une aide peu probable

Et pour celles et ceux qui respectent l’interdiction de pratiquer ? Seront-ils aidés comme le seront les indépendants ?

Laurent Van Hoorebeke, de l’Asbl Alias n’est guère optimiste : " Le premier jour, au début de la crise, on a dit, il y aura des aides qui seront débloquées. Evidemment, on n’a pas entendu qu’il y aurait des aides spécifiques pour les travailleurs du sexe ou des choses comme ça. " Cette difficulté de se faire entendre par les autorités et de se faire aider, plus d’une catégorie de personnes vont la connaître " Ce n’est pas propre à notre public. Il y a plein de travailleurs (sans statut) dans le bâtiment, par exemple ou dans l’horeca, qui se retrouvent dans des situations similaires. "

Martine Di Marino, coordinatrice de l’Asbl " Entre 2 Wallonie " n’a pas beaucoup d’espoir non plus : " Elles pourraient réclamer une indemnisation, mais dans la grande majorité des cas, elles ne sont pas propriétaire. L’aide reviendrait au propriétaire. En toute logique les indépendantes comme certaines le sont pourraient prétendre à une aide mais, c’est toujours flou et nébuleux dans le domaine de la prostitution, et de toute façon, d’après ce que je sais, il n’y a pas beaucoup d’indépendantes. Parmi celles à qui nous venons en aide, il y a des étrangères, des toxicomanes… Les situations sont tellement variées qu’on ne peut tenir une revendication unique. "

Ils sont souvent les derniers à qui l’on pense.

La clandestinité pour certain(e) s, la misère pour d’autres, devant ce choix qui s’offre à la plupart des travailleurs du sexe, ils pourraient espérer pouvoir reprendre au plus vite leurs activités comme avant le coronavirus, mais dans le milieu, on ne se fait pas beaucoup d’illusion. Leur déconfinement n’est pas pour bientôt.La distanciation sociale est impossible avec ce type d’activité, donc l’interdiction de l’ouverture risque de se prolonger. " Conclut Martine Di Marino. Au vu de leur activité en effet, et cela semble évident pour tous, les travailleurs du sexe seront très probablement les derniers à pouvoir reprendre leurs activités.